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En plus des 8 films qui composent sa filmographie, Paul Thomas Anderson a également réalisé de nombreux courts métrages (de fiction et documentaires), des vidéoclips d’artistes comme Radiohead et Fiona Apple, ainsi qu’un sketch pour l’émission humoristique populaire Saturday Night Live. Ce texte se veut moins une critique de ces projets alternatifs et davantage une occasion de regrouper en un tout l’ensemble de son oeuvre qu’on ne connait que peu ou pas à l’extérieur de ses films. Nous y livrons donc nos impressions sommaires ici, en plus de dresser quelques liens ou parallèles avec sa carrière. Bon visionnement!

The Dirk Diggler Story (1988)

Tirant profit du succès de This Is Spinal Tap, le premier court métrage de Paul Thomas Anderson est ce documenteur (mockumentary) que l’on reconnait comme étant la prémisse de Boogie Nights. Le film aborde la carrière de l’acteur porno/musicien Dirk Diggler (Michael Stein) alias Stephen Samuel Adams à la façon de toutes ces biographies de personnes célèbres diffusées à la télévision. Anderson y établit dès lors plusieurs personnages qui se retrouveront dans son film une décennie plus tard, notamment le réalisateur Jack Horner (Robert Ridgely) et Candy (Rusty Schwimmer). Il reprendra également certaines scènes marquantes présentes ici dans Boogie Nights, dont la fausse introduction d’une émission de télévision policière.

Le court métrage, lorsqu’on outrepasse sa piètre qualité visuelle (à demi intentionnelle), fonctionne sur plusieurs niveaux. Son but est d’abord parodique, et l’humour est efficace tant dans les situations illustrées que dans les personnages passés en entrevue. Du lot, c’est Reed Rothchild (Eddie Delcore), ce bodybuildeur qui fait de la porno gaie, qui est le plus mémorable. Mais déjà avec ce concept on peut observer la vision juste et authentique d’Anderson. Les scènes trainent toujours un peu en longueur, le montage n’est pas totalement au point, mais tous ces éléments sont voulus puisque ces types de documentaires tentent souvent de nous rapprocher davantage de son sujet en présentant des tranches de vie inutiles qui nous donnent une fausse impression de proximité d’avec ces personnes. La narration d’Ernie Anderson (le père du réalisateur qui fut la voix de nombreuses émissions de télévision) est également exemplaire et ajoute au réalisme du court.

The Dirk Diggler Story est un premier projet fort intéressant qui laissait déjà présager de belles choses pour Paul Thomas Anderson. Pour un jeune homme de 18 ans, il fait un excellent travail de rendre son court métrage intéressant et crédible, malgré les « moyens du bord » utilisés. Il a fallu plusieurs années avant qu’il fasse le saut au grand écran, mais on se console en constatant qu’il a pu pousser le personnage beaucoup plus loin par la suite dans Boogie Nights, à notre grand plaisir.

Cigarettes & Coffee (1993)

Son second court métrage sera également l’occasion pour Anderson de cogiter sur son premier long métrage à venir. Cigarettes & Coffee raconte l’histoire de cinq personnes reliées par un billet de 20 dollars. Si la prémisse est relativement différente de celle de Sydney, on y retrouve le même décor, soit ce diner perdu au milieu du désert du Nevada, et une conversation sur les problèmes de jeu entre Douglas (Kirk Baltz) et Sydney (Philip Baker Hall). On y ajoute une histoire d’adultère entre la femme de Douglas et son ami, ainsi qu’un tueur à gages (Miguel Ferrer) mandaté de les tuer.

La qualité visuelle du court métrage laisse évidemment à désirer, mais c’est le premier véritable essai d’Anderson à la fiction (The Dirk Diggler Story en était aussi, bien que tourné en faux documentaire) et à l’écriture d’un scénario bien bouclé. Il laisse entrevoir le même style d’écriture que celui de son premier film, ainsi que les films mosaïques caractéristiques des Boogie Nights et Magnolia à venir. Le court métrage est ce qui permettra à Anderson d’obtenir un stage au prestigieux Sundance Institute et, éventuellement, de financer son premier film. En plus, c’est l’occasion d’observer la toute première collaboration entre le réalisateur et Hall, l’un de ses acteurs fétiches!

Michael Penn : Try (1997)

Tourné pendant la post-production de Boogie Nights, le premier vidéoclip de la carrière d’Anderson fait tout ce dont on s’attend d’un tel projet. Il est intéressant visuellement parlant (tourné en plan-séquence dans le plus long corridor des États-Unis), son concept est somme toute mémorable et la musique colle bien aux images. Le projet est probablement un échange de service, puisque Michael Penn (le frère de Sean et de Chris) co-signe également la trame sonore des deux premiers films d’Anderson. Le résultat est un très bon vidéoclip, simple mais efficace.

Flagpole Special (1998)

Ce troisième court métrage n’est malheureusement pas accessible, mais il serait la prémisse de l’arc narratif du personnage de Frank TJ Mackie dans Magnolia. Deux hommes (Chris Penn & John C. Reilly) discutent d’un séminaire donné par Mackie auquel ils ont assisté. On ne voit jamais le visage des intervenants, qui dont seul le bas du corps est filmé. Même lors de sa seule projection, le court métrage a connu des problèmes de son, ce qui fait que très peu de personnes ont au final vu Flagpole Special. On espère qu’un jour le court métrage soit rendu disponible au grand public!

Fiona Apple : Across the Universe (1998)

Anderson et Fiona Apple ont eu une relation amoureuse tumultueuse entre 1997 et 2002. En 1998, le réalisateur propose son premier de cinq vidéoclips qu’il tournera avec la musicienne. Reprise de la chanson des Beatles, ‘Across the Universe’ est utilisée pour le film Pleasantville, il est donc normal qu’Anderson ait voulu faire le clip sur le plateau même du film. Le résultat est un vidéoclip original et très stylé visuellement, qui nous fait nous demander comment Fiona Apple a pu garder sa concentration alors qu’un véritable carnage se déroule autour d’elle!

Fiona Apple : Fast as You Can (1999)

Anderson joue une fois de plus sur la forme de ce vidéoclip, cette fois en utilisant une caméra à manivelle comme celle des films muets des années 1920. Le résultat est une image saccadée typique de cette période, mais parfois tournée en couleur. Le réalisateur alterne aussi entre les objectifs montés sur ces caméras, alliant plans éloignés et rapprochés. Ce n’est peut-être pas le vidéoclip le plus dynamique, mais il laisse l’opportunité à Anderson de pouvoir travailler avec un outil devenu désuet avec le temps.

Aimee Mann : Save Me (1999)

Tourné sur le plateau de Magnolia, ce vidéoclip d’Aimee Mann est définitivement le plus statique de ceux d’Anderson jusqu’à présent. On y voit la musicienne, aux côtés de la distribution dans chacun des arcs narratifs, qui y chante la pièce composée spécifiquement pour le film. De pus, il s’agit du seul crédit de la carrière de Tom Cruise qui ne soit pas un film! Sinon, rien d’exceptionnel ici (malgré les nominations aux VMA), si ce n’est de l’excellente chanson, également nommée aux Oscars.

Fiona Apple : Limp (2000)

Beaucoup plus simple tant dans le concept que l’esthétisme, ce court métrage n’est pas particulièrement singulier, si ce n’est du montage photo rapide vers la fin, qui donne une impression de stop-motion. Il demeure toutefois sympathique à visionner!

SNL Fanatic (2000)

Ce sketch met en vedette Ben Affleck, Jimmy Fallon et Molly Shannon. Le concept se veut une parodie de l’émission FANatic sur MTV à l’époque, qui donnait l’occasion aux fans d’une célébrité de la rencontrer. Le segment n’est pas hilarant, mais on a l’occasion d’y voir trois acteurs qui deviendront très connus par la suite (même si Affleck avait déjà gagné son Oscar pour Good Will Hunting). Intéressant, mais pas particulièrement mémorable.

Fiona Apple : Paper Bag (2000)

Ce pénulptième vidéoclip réalisé pour Fiona Apple est coloré est charmant. Il se veut un hommage aux comédies musicales des années 1940, mais avec des danseurs enfants. Les chorégraphies sont bien exécutés, mais il y manque une fois de plus un aspect mémorable.

Jon Brion : Here We Go (2002)

Le clip est composé d’extraits et de séquences alternatives du film Punch-Drunk Love. Il s’insère en fait dans le court métrage Blossoms & Blood dont nous parlerons un peu plus tard. Brion est le compositeur du film (et des trois précédents d’Anderson), donc le clip est en quelque sorte un retour de faveur envers le musicien.

Couch (2003)

Probablement tourné au même moment que Punch-Drunk Love, le court métrage met en vedette Adam Sandler, qui magasine pour un nouveau divant. Le tout est tourné comme un film muet, avec des effets sonores disproportionnés. Ridicule et quelque peu amusant!

Blossoms & Blood (2003)

Ce court métrage s’apprécie davantage comme un complément à Punch-Drunk Love et non comme une histoire à part entière. Constitué de segments alternatifs du film, Blossoms & Blood est davantage une occasion de présenter l’art de Jeremy Blake, cet artiste visuel qui a conçu quelques oeuvres pour le film. En prime, on peut y entendre quelques chansons du film, dont Here We Go par Jon Brion.

Paul Thomas Anderson Production Assistant 1992 (2012)

Ce « court métrage » est en fait une vidéo comique d’Anderson qui, alors qu’il travaillait sur la production d’un téléfilm, fait le tour de quelques départements pour sonder les gens à savoir ce qui est le plus utile dans un film, selon eux. Rendu public en 2012, le court a été tourné en 1992. Il est donc sympathique d’avoir accès à la personnalité loufoque et sarcastique d’Anderson, même si le résultat est au final peu mémorable.

Fiona Apple : Hot Knife (2013)

Dix ans après son dernier vidéoclip, Anderson revient à ses anciens amours avec Fiona Apple. Le clip est intéressant visuellement, alliant split screens et alternance entre noir et blanc et couleur. Le tout fonctionne bien avec l’amalgame de voix de la chanson, rythmées au son des percussions.

Joanna Newson : Sapokanikan (2015)

Vidéoclip plus traditionnel que ses précédents, ‘Sapokanikan’ de Joanna Newson est une marche stylée au coeur de New York. Il y a peu à se mettre sous la dent ici outre le chant particulier de la musicienne, qui a d’ailleurs joué dans Inherent Vice l’année précédente.

Junun (2015)

Ce court métrage documentaire est de loin le plus long du lot, à plus de 50 minutes. Anderson y suit Jonny Greenwood, membre du groupe Radiohead et compositeur de tous les films du réalisateur depuis There Will Be Blood. Le documentaire s’intéresse à l’enregistrement de l’album du même nom de Greewood, Shye Ben Tzur et du Rajasthan Express, à l’impressionnant Fort Mehrangarh à Jodhpur, en Inde. Le tout semble réalisé comme une vidéo de voyage amatrice, et c’est en partie le cas, alors que tout l’équipement technique d’Anderson a été retenu aux douanes. C’est pourquoi l’entièreté du court métrage est tourné avec une caméra vidéo ainsi qu’un drone, ce qui marque par le fait même le premier projet du réalisateur à être complètement digital. Mais c’est surtout pour la musique qu’on visionne Junun, et elle est excellente à cet égard. Les décors sont presque aussi envoûtant que la trame sonore, qui inclue par ailleurs un harmonium, l’instrument au coeur de Punch-Drunk Love.

Joanna Newsom : Divers (2015)

Deuxième et dernier vidéoclip réalisé pour Joanna Newsom, ‘Divers’ fait écho au titre de la pièce et met de l’avant la chanteuse, vue à travers des aquariums de tout genre. La conception visuelle est de Kim Keever, mais le tout est assez statique, ce qui fait du clip l’un des moins intéressants d’Anderson, malheureusement.

Radiohead : Daydreaming (2016)

La proximité d’Anderson avec l’entourage de Radiohead s’affirme une nouvelle fois ici, cette fois pour la promotion de l’album A Moon Shaped Pool. Cette fois, Thom Yorke est au coeur du projet, alors qu’on le voit déambuler de lieux en lieux dans une succession frénétique aussi originale qu’épuisante. On se demande combien de temps a bien pu durer le tournage du clip!

Radiohead : Present Tense, Jonny, Thom & a CR78 (2016)

Pour cette première de deux vidéoclips « live », on y voit Yorke, Greenwood et un beatmaker (le fameux CR78) assis autour d’un feu pour y interpréter la chanson ‘Present Tense’. Peu de choses à signaler ici si ce n »est qu’il s’agit de la première de plusieurs captations à venir pour Anderson.

Radiohead : The Numbers (2016)

Similaire au clip précédent, mais tourné durant le jour, cette fois!

Haim : Right Now (2017)

Le vidéoclip est une autre captation « live », cette fois du trio Haim, composé des soeurs Alana, Danielle et Este. ‘Right Now’ fait partie d’une captation de trois chansons du groupe, réalisée dans un studio d’enregistrement et colligé sous la bannière ‘Valentine’. Il s’agit de la première de huit collaborations entre Anderson et Haim.

Haim : Valentine (2017)

Cette vidéo est une captation des chansons ‘Right Now’, ‘Something to Tell You’ et ‘Nothing’s Wrong’. Le montage est intéressant, tout comme les chansons par ailleurs, bien qu’il n’y ait pas beaucoup à dire sur la vidéo.

Haim : Little of Your Love (2017)

Cette fois, c’est un vrai vidéoclip qu’Anderson propose au groupe. On y retrouve les trois soeurs ainsi qu’un regroupement de danseurs en ligne dans un bar de Los Angeles. Pour la petite histoire, la chanson a à l’origine été composée pour le film Trainwreck, mais n’a finalement jamais été utilisée. De même, ce clip ainsi que celui de la chanson ‘Want You Back’ propose le même concept, bien qu’on n’y retrouve que le trio, sans l’accompagnement des danseurs.

Haim : Night So Long – Live at the Greek (2018)

Dernière captation en direct d’Anderson (pour le moment), ce vidéoclip présente Haim qui interprètent leur chanson au célèbre Greek. La transition entre le jour et la nuit, la salle vide et pleine, est assurément le moment fort de la vidéo.

Anima (2019)

Ce court métrage est en fait un vidéoclip concept de trois chansons de l’album solo de Thom Yorke, Anima. Il met en vedette Yorke ainsi qu’une troupe de danseurs, qui nous offrent des chorégraphies travaillées et impressionnantes. Le film alterne beaucoup dans les lieux représentés et crée beaucoup d’effets de perspectives intéressants. Il est de plus disponible sur Netflix, allez y jeter un coup d’oeil!

Haim : Summer Girl (2019)

Ce vidéoclip suit le trio de jeunes femmes alors qu’elles se promènent sur le Hollywood Boulevard en retirant peu à peu leurs vêtements. Elles présentent ainsi la transition entre l’hiver et l’été ici, bien qu’on adhère pas complètement au concept de l’hiver en Californie…

Haim : Now I’m in It (2019)

Peu à dire sur ce vidéoclip, encore une fois classique mais efficace.

Haim : The Steps (2020)

Bien que le vidéoclip soit somme toute intéressant, on sent qu’ils perdent quelque peu leur valeur artistique. Anderson serait-il moins inspiré, à tout hasard?

Haim : Man from the Magazine (2020)

Il semblerait bien que oui…

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