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Après de nombreuses rumeurs et spéculations à son sujet, voilà que la Warner et HBO s’unissent pour finalement donner l’occasion au public de voir le concept original de Zack Snyder quant à Justice League. Le réalisateur, qui avait dû quitter la production suite au suicide de l’une de ses filles, obtient finalement l’opportunité de présenter au public la hauteur de ses ambitions. Malgré quelques défauts incorrigibles et assumés, cette nouvelle version fait honneur aux super-héros qui constituent cette Ligue et donne raison à tous les militants qui revendiquaient depuis plusieurs années sa sortie. Le résultat est un film épique cohérent et crédible qui nous fait nous fait nous questionner sur ce qu’aurait pu devenir le DC Extended Universe (DCEU) si c’était cette version, et non celle de 2017, qui avait été distribuée.

La prémisse de base est sensiblement la même que dans la version de 2017. Bruce Wayne (Ben Affleck), qui a en tête de former une alliance de super-héros pour protéger les humains face à une éventuelle menace, obtient l’occasion idéale de concrétiser son plan lorsque Steppenwolf (Ciarán Hinds) arrive sur Terre pour y subtiliser les trois « Boîtes-mères », qui, une fois réunies, éradiqueraient toute espèce vivante. La principale addition réside dans le fait que ce vilain travaille du même coup au retour de DeSaad (Peter Guinness) et Darkesid (Ray Porter). Wayne devra donc unir Wonder Woman (Gal Gadot), Aquaman (Jason Momoa), Flash (Ezra Miller) et Cyborg (Ray Fisher), en plus de ramener d’outre-tombe Superman (Henry Cavill), pour former la Justice League.

Je crois qu’il ne convient pas de débattre sur la pertinence ou non de cette nouvelle version. Justice League a déçu par son intrigue bâclée et précipitée (le film ne dure que deux heures), ce que la présente version vient évidemment corriger avec ses 240 minutes. On prend tout le temps nécessaire pour établir chacun des personnages, qui, dans le cas d’Aquaman, Flash et Cyborg, n’avaient jamais été présentés jusqu’à présent (si on se replace en 2017). Environ la moitié du film d’origine était dédié à cet effet, ce qui reléguait malheureusement la trame principale à l’arrière-plan. Si le ratio est similaire ici (moitié-moitié entre la formation de la Ligue et le déroulement de l’intrigue), on double le temps à l’écran des vilains, ce qui est évidemment bénéfique, d’autant plus qu’on y ajoute deux antagonistes majeurs. Oui, l’introduction des Boîtes-mères dans le DCEU semble toujours aussi soudaine, mais au moins on a le temps de suffisamment construire la mythologie les entourant pour ne se sentir trop déstabilisés.

Le film possède évidemment son lot de longueurs. Ce sont les fans qui ont le plus travaillé à ce que la Warner rende publique cette version, il est donc normal qu’on leur en ait donné pour leur argent. En fait, j’ai davantage eu l’impression de visionner la version longue d’un film de trois heures que l’un qui possède suffisamment d’arcs narratifs pour en justifier sa durée. Pour les amateurs, cette expérience est évidemment bénéfique (jamais je n’écouterais la version « courte » de Lord of the Rings: The Return of the King, maintenant que j’ai goûté à l’expérience de 4h20), mais les néophytes pourraient trouver que certaines scènes traînent et que plusieurs éléments sont superflus. Qu’importe, je salue le désir et la volonté d’être resté fidèle à l’idée de base et de ne pas être tombé dans le « piège » de la mini-série, car le résultat donne véritablement un film épique tant dans son fond que sa forme. Certes, on a séparé l’histoire en 6 chapitres (et un épilogue), mais je crois que c’est davantage pour donner une chance au public de prendre une pause, car chacune des sections est imbriquée dans l’histoire, et ne tiennent pas par elles-mêmes.

Objectivement parlant, il est difficile de ne pas voir en Zack Snyder’s Justice League une meilleure version en tout point du film de 2017. Les personnages sont mieux travaillés (et certains, notamment Cyborg et Flash, ont droit à un arc narratif complètement différent de celui de Justice League), l’intrigue principale possède une ampleur qui justifie la formation de la Ligue, tout en restant fidèle au visuel de la franchise jusqu’à présent. Cela étant, il serait surprenant que les cinéphiles qui n’adhéraient pas au DCEU voient en cette version le film qui les fera aimer cette franchise. Le film est en parfaite continuité avec Dawn of Justice et Wonder Woman, dont la réception a été passablement mitigée. Le visuel cartoonesque est toujours présent, tout comme les ralentis, qui semblent s’être multipliés ici. On retourne également à une histoire qui ne resent pas le besoin d’être drôle, donc ceux qui reprochent la lourdeur de la franchise n’y trouveront pas leur compte. Pour ma part, j’ai aimé qu’on diminue le nombre de blagues qu’on avait déléguées à Flash, qui a maintenant droit à son importance propre, bien qu’il ajoute tout de même ici et là quelques touches d’humour.

On pourrait entrer dans les nombreuses différences entre les deux versions, mais, par souci de conservation des quelques éléments de surprise, je me contenterai de dire que Zach Snyder’s Justice League règle de nombreux problèmes créés par Joss Whedon, tout en en créant quelques nouveaux, bien moins majeurs toutefois, ce qui donne un résultat beaucoup plus intéressant pour les fans et les critiques. Un entre-deux de trois heures aurait probablement été plus convenable, mais on comprend que, tant qu’à militer pour la sortie d’un film qui n’aurait jamais dû exister, aussi bien en donner le plus possible à un public friand et dévoué à la franchise. Comme quoi, parfois, les studios peuvent être à l’écoute de leur auditoire. Parfois…

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