One Night in Miami

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Basé sur la pièce du même nom de Kemp Powers (qui signe également l’adaptation cinématographique), One Night in Miami est le récit d’une rencontre fictive entre quatre icônes afro-américaines lors d’une soirée en Floride. L’histoire débute environ un an avant cette fameuse rencontre, ce qui nous permet d’établir rapidement les enjeux que ces personnages vivent au quotidien. Le boxeur Cassius Clay (Eli Goree), lors d’un combat au mythique Wembley Stadium, est hué par les partisans après sa victoire contre Henry Cooper. Sam Cooke (Leslie Odom Jr.), l’un des chanteurs soul les plus populaires du moment, livre une performance désastreuse à l’hôtel Copacabana de New York devant un auditoire constitué de bourgeois blancs. Malcolm X (Kingsley Ben-Adir) songe à quitter la Nation de l’Islam (une organisation religieuse fondée aux États-Unis dans les années 1930) et discute de cette possibilité avec sa femme Betty (Joaquina Kalukango). La légende de la NFL Jim Brown (Aldis Hodge) retourne dans sa Géorgie natale et rend visite à un ami de la famille nommé Carlton (Beau Bridges), qui vante ses exploits, mais qui l’empêche d’entrer chez lui puisqu’il interdit les Noirs (un autre mot en « N » est utilisé ici) dans sa maison.

Après ces brèves introductions, on retrouve le quatuor le 25 février 1964, jour où Clay doit se battre pour le titre de champion du monde contre Sonny Liston. Les quatre amis de longue date décident de fêter la victoire du boxeur le soir-même dans leur chambre de motel. Cette rencontre donnera lieu à de nombreuses discussions inhibées où chacun des personnages confrontera sa vision du monde et ses moyen d’action dans la lutte pour les droits civiques.

Décidément, 2020 a été une année particulièrement faste au niveau des adaptations cinématographiques de huis clos théâtraux. Après The Father et Ma Rainey’s Black Bottom, voilà que l’actrice Regina King, qui fait le saut à la réalisation, nous propose un projet qui est assuré de plaire à un vaste auditoire. La prémisse de base, bien que fictive, a effectivement de quoi séduire. On connait tous, du moins vaguement, l’impact que ces quatre personnalités ont eu sur l’histoire récente des États-Unis, mais cette fois, plutôt que d’exposer leurs idées au sein d’un film biographique, on nous offre la chance de les observer sans filtre, entre amis, pour en quelque sorte humaniser ces figures emblématiques. Ainsi, les quatre discutent bien évidemment de politique, mais aussi de sujets plus légers, ce qui nous rappelle qu’avant tout, ces icônes sont des personnes comme vous et moi, qui peuvent avoir du plaisir lorsque les projecteurs ne sont pas tournés vers eux.

Bien que le film ne puisse jamais vraiment se départir de ses influences théâtrales qui teintent inévitablement sa construction narrative, Regina King parvient à insuffler suffisamment de dynamisme pour compenser le huis clos au centre du récit. Ainsi, en plus des scènes introductives, on assiste à quelques retours en arrière qui permettent de décloisonner le récit et d’alléger la tension inhérente que l’on ressent. Car il ne faut pas se leurrer, l’histoire se déroule au cours d’une période éprouvante, tant pour les Afro-Américains en général que pour les protagonistes du récit. Malcolm X est aux prises avec plusieurs questionnements sur sa foi et les impacts de son mouvement, Brown songe à la retraite et au fait que malgré tous ses records, il n’aura jamais véritablement droit au même respect donné envers un homme blanc moyen, Cooke (qui sera assassiné en décembre de la même année), malgré ses succès financiers, peine à établir sa réputation en dehors de la communauté noire, et Clay (que l’on connaitra sous peu sous le nom de Mohammad Ali) tente de prouver contre toute attente qu’il peut s’établir comme l’un mes meilleurs boxeurs de sa génération.

J’ai particulièrement apprécié la dynamique de groupe et la composition de King, qui ne perd jamais de vue l’importance de donner suffisamment de place à chacun des protagonistes. L’usage de miroirs et son utilisation habile de l’espace restreint qui lui est offert permet à la réalisatrice d’atteindre ses objectifs, bien que plus souvent qu’autrement on assiste à des discussions (ou des confrontations) entre deux personnages en particulier, non pas à une discussion de groupe.

Ce quatuor d’acteurs, dont le plus connu est probablement Obom Jr. (Hamilton), a de grandes chaussures à porter, et il le fait avec brio. Sans surprise, ce sont les personnages de Clay et de Malcolm X qui occupent le plus de place dans le récit, et si certains ont encore à l’esprit les interprétations mémorables de Will Smith et Denzel Washington respectivement, Goree et Ben-Adir font un excellent travail pour livrer leur propre version de ces personnalités mythiques. Obom Jr. est très efficace également et a l’opportunité de démontrer ses talents de chanteur, l’acteur qui signe également la chanson ‘Speak Now’ du générique. Parions que nous les reverrons tous dans de nombreux projets d’envergure à l’avenir.

One Night in Miami est une vitrine privilégiée, surtout pour un auditoire plus néophyte, qui permet d’en apprendre plus non pas sur l’histoire entourant ces personnages, mais bien sur leur psyché. Les quelques problèmes de rythme sont compensés par des interprétations sans faille de la distribution et par une réalisation soignée et efficace de la part de King qui, rappelons-le, dirige son premier film en carrière. Sa forme théâtrale pourrait en décourager certains, mais le tout est compensé par un visuel suffisamment soigné et des décors assez différents qu’on oublie par moments cette construction caractéristique. On aurait toutefois souhaité qu’il y ait davantage de moments mémorables, ce qui aurait permis d’élever le film parmi les meilleurs de l’année.

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