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THE TRANSLATORS (2020) - Official HD Trailer - In Cinemas 17 Sep - YouTube

Ceux qui me connaissent savent que les films qui m’amènent dans le vaste monde de l’édition ont toujours été parmi mes favoris. Des récits comme ceux de How to Lose a Guy in 10 Days, 13 Going on 30That Awkward Moment ou Friends With Benefits m’ont fait énormément plaisir en conjuguant les métiers de fou, les appartements de rêve et les bureaux tout aussi incroyables. En 2013, je vivais une des plus belles expériences de travail de ma vie en stage en édition jeunesse dans une maison qui avait marqué ma propre enfance et j’ai continué à entretenir un intérêt envers cet univers, espérant me rendre un jour à la foire de Francfort. Quand un film me propose donc de présenter un autre aspect du travail littéraire, en le faisant en whodunnit de surcroît (un autre de mes genres fétiches), avec une construction empruntée aux films de braquage (heist movies) je plonge aussitôt dans le projet avec un regard avide. J’ai ainsi attendu Les traducteurs avec beaucoup de fébrilité, et je n’ai pas été déçue une seule minute.

Dans ce thriller français, on nous emmène rapidement loger à un impressionnant château où des traducteurs de plusieurs pays se retrouvent pour quelques mois afin de traduire le tome 3 d’une série à succès, Dedalus, d’un auteur dont personne ne connaît l’identité, si ce n’est de son éditeur Eric Angstrom (Lambert Wilson). Isolés dans un coffre-fort reconverti en bibliothèque, les neuf traducteurs seront soumis à un mode de vie très strict afin qu’aucune information concernant le roman ne puisse quitter les murs de la forteresse. Après deux mois, Eric reçoit un message contenant quelques pages du récit, et les suspicions commencent.

THE TRANSLATORS | Wild Bunch

L’une des premières choses qui frappent dans cette histoire est que tous les personnages, de nationalités différentes évidemment, se parleront pour l’essentiel du film en français. Un peu à la façon des films de braquage, on assiste à de courtes scènes d’entrée de jeu qui nous présentent les personnages et leur rencontre. On retrouve donc un jeune Anglais (Alex Lawter, que l’on a vu dans Black Mirror), une Russe fanatique de l’auteur (Olga Kurylenko, l’une des récentes bond girl), un Italien qui ne peut vivre sans son cellulaire (Riccardo Scamarcio), un Espagnol (Eduardo Noriega), une Danoise qui aurait voulu écrire des livres (Sidse Babett Knudsen, de Westworld), un Chinois (Frédéric Chau), une Portugaise (Maria Leite), une Allemande (Anna Maria Sturm) et un Grec (Manolis Mavromatakis). Pour les accompagner dans l’aventure, ils seront surveillés par des gardes de sécurité, et l’assistante d’Angstrom, Rose-Marie (Sara Giraudeau) les joindra parfois pendant leurs rares moments de pause. Ce n’est pas vraiment une surprise que la langue principale du film soit le français puisque les traducteurs ont été réunis pour traduire le roman dans leurs langues respectives, mais pour avoir voyagé un peu, je suis nettement plus habituée de converser en anglais lorsque plusieurs nationalités se rencontrent. Le français, ici, fera du bien, même si on peut se demander si les acteurs comprenaient les lignes qu’ils récitaient ou s’ils ne faisaient que rendre un texte. On aura parfois de la difficulté à comprendre, surtout quand c’est l’Anglais qui parle, alors il faudra porter attention!

Vient ensuite l’environnement, véritable bunker hautement protégé. Les traducteurs se font d’entrée de jeu confisquer leurs appareils mobiles, l’internet est inaccessible, sortir est interdit, les repas seront pris à une heure stricte, les employés pourront jouer au bowling, se baigner, s’entraîner et boire du vin, mais devront travailler tous les jours de 9h à 20h tous ensemble dans une bibliothèque, chacun à son bureau. Les ordinateurs qu’ils utilisent seront pourvus de clés sécurisées, et ils recevront quelques pages par jour, jamais le roman en entier. Ce scénario à la limite de l’horreur peut rappeler la traduction d’Inferno de Dan Brown. En fait, le film ne se cache pas avoir été inspiré de l’histoire de Carole Delporte, une traductrice française qui avait passé à travers les mêmes étapes en Italie en 2013. Je me souviens très bien des nouvelles à cette époque puisque je baignais dans l’édition moi-même. C’était du jamais vu de vouloir traduire un imposant projet en plusieurs langues simultanément, et c’est aussi comment le tout est présenté dans le film. Pour les amoureux du monde littéraire, la prémisse est à la fois excitante et effrayante.

Photo de Olga Kurylenko - Les Traducteurs : Photo Olga Kurylenko - AlloCiné

Là où le film surprend, c’est lorsqu’il sort dudit bunker. Quand les pages commencent à paraître en ligne, les téléchargements se multiplient et les traducteurs sont fouillés, menacés, mis à nus presque, afin de découvrir qui est derrière le coup, mais surtout comment le coupable s’y est pris. Il ne faudra pas longtemps avant que l’on se rende en prison pour voir Angstrom parler avec la personne qui a orchestré le tout. Cependant, évidemment, on n’entendra jamais l’autre parler, et on ne verra pas non plus son visage. Dès lors, le montage est alterné entre le temps présent, le passé des membres de l’équipe et l’avenir, au moyen d’un interrogatoire mené par Angstrom.

La construction du film en whodunnit (littéralement « qui l’a fait ») nous fera bien évidemment nous poser plusieurs questions. À cet égard, Les traducteurs pourra rappeler Murder on the Orient Express ou Knives Outvoire même le jeu Clue à certains moments. Au milieu des révélations qui s’enchaînent dès la moitié du film, on souhaite qu’il y ait plusieurs couches à cet épais mystère, car tout semble survenir trop tôt. Et comme dans Knives Out, on pourra être déçu à ce moment. Cependant, si on s’accroche à son siège, on nous promet tout une aventure à partir de là.

C’est là où j’ose dire que le film m’a fait vivre sensiblement les mêmes émotions que Les diaboliquesRévélations par-dessus coups de théâtre, les frissons sur mes bras n’ont cessé de s’amplifier, jusqu’à cette jouissive scène finale. S’il est vrai qu’on peut deviner facilement un ou deux éléments de réponse, et que d’autres nous laisseront avec encore plus de questions, la conclusion de ce film enlevant sera parfaite, et chaque petit détail aura sa justification et son utilité.

The Translators (2019) directed by Régis Roinsard • Reviews, film + cast • Letterboxd

Je suis tout à fait consciente que ce qui m’a menée à ce film a grandement influencé ce que j’en ai pensé. Je ne crois pas que tous auront les mêmes sentiments que les miens en le visionnant. Cependant, sans un intérêt pour le monde de l’édition littéraire, ou même un fanatisme envers les films de braquage, Les traducteurs s’appréciera au moins comme un thriller classique empruntant de façon totalement convaincante plusieurs des codes du genre, mais les utilisant tous de façon efficace et réfléchie.

Les images sont une courtoisie de TVA Films.

Fait partie du top 100 de Jade (#61).

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