13 going on 30

Les films où le personnage principal se réveille dans un autre corps que le sien ne datent pas d’hier (ni même de l’iconique Big).  Le genre trouverait plutôt ses origines dans les années 1940 avec Turnabout, dans lequel mari et femme se retrouvent dans le corps de l’autre après s’être fâchés devant une statuette de Bouddha. Viennent ensuite Vice Versa qui nous présente un homme d’affaires et son fils dont les corps s’échangent, Freaky Friday en 1976, en 1995 (et encore une fois en 2003…), et une multitude d’autres. Lorsqu’on s’inscrit dans une longue liste de films comparables, il devient difficile de se démarquer, malgré les bons coups que l’on peut y faire.

13 going on 30 nous amène d’abord en 1987 où Jenna Rink (Christa B. Allen) célèbre son 13e anniversaire en se maquillant comme les femmes de son magazine préféré au son de Jessie’s Girl. Après s’être fait berner par la clique de filles cool de l’école (les Six Souris), Jenna souhaite avoir 30 ans. Par miracle, de la poudre de souhait lui tombant sur la tête (les scénaristes ont aussi donné à Mel Gibson le pouvoir d’entendre les pensées des femmes après être tombé dans le bain avec un séchoir à cheveux dans What Women Want), elle se réveille en Jennifer Garner, à New York, à 30 ans, dans un appartement trop beau pour être crédible, avec un amant trop adulte pour ses 13 ans.

Jennifer Garner est attachante, drôle et expressive. À première vue, on ne peut pas trouver mieux pour jouer une adolescente prise dans un corps d’adulte. Toutefois, le film ne pousse pas assez dans cette direction et on se retrouve plutôt dans une guerre de collègues très adulte pour assurer la survie du magazine où Jenna et son ennemie de jeunesse travaillent. Il nous manquera alors de situations comiques, Jenna sachant presque immédiatement à son réveil comment être éditrice. Pour l’adolescente faible qu’elle était face à la cheffe des Six Souris Tom-Tom (Alexandra Kyle), devenue son homologue éditrice Lucy (Judy Greer), il semble impossible qu’elle soit même capable de s’affirmer comme elle le fait dès son « arrivée » à New York.

Avoir 30 ans semblait beaucoup plus beau lorsqu’elle en avait 13. Jenna est aujourd’hui une horrible personne qui a une aventure avec un homme marié, vend les sujets des articles de son magazine à un compétiteur, ne parle plus à ses parents ni à son meilleur ami d’enfance (Sean Marquette, interprété à l’âge adulte par Mark Ruffalo). De 13 à 30, cependant, elle a été reine du bal, a fréquenté son amour de jeunesse et est devenue la leader de la bande à laquelle elle désespérait d’appartenir. Si le film n’explique jamais comment elle a réussi à obtenir tout ce qu’elle voulait (se faire flouer à répétition par Tom-Tom aurait-il miraculeusement porté ses fruits?), il semblerait que cette visite dans son futur soit tout ce qu’il lui fallait pour comprendre que les choses les plus importantes sont celles auxquelles elle a déjà accès à 13 ans.

La triste différence entre Freaky Friday, sorti un an auparavant, et 13 going on 30, est que le premier nous permet de voir tout le talent de Jamie Lee Curtis, qui ne prétend jamais être adulte et joue à merveille le rôle de l’adolescente. Le fait d’avoir deux actrices principales vient aussi dynamiser le tout, ce que Jennifer Garner doit tenter de faire seule ici. La venue de Chad Michael Murray, dont la carrière était à son plus haut dans ces années-là, aide également, celui-ci étant peut-être plus accessible pour le public cible qu’un adulte Mark Ruffalo. En regardant cette nouvelle façon de rendre un scénario vu des dizaines de fois, on peut sourire quand Jenna croît qu’elle va jouer à Battleship avec son amant, lorsqu’elle se fait inviter à sortir par un garçon de « son âge » au restaurant, ou encore quand elle organise une soirée pyjama avec la fille de 13 ans de son bloc appartement. Mais on pense au reste et on se demande comment une fille de cet âge peut assurer la survie d’un magazine de mode, une industrie pour le moins dure, en voulant tout à coup effectuer un virage à 180° en l’humanisant?

Il n’est pas difficile de passer un bon moment en regardant ce film, mais il faut alors garder une distance face à tout ce qu’il nous présente, ses incohérences étant nombreuses, quelque part entre 13 et 30.

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