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The Lady Vanishes n’est pas le plus populaire ni le plus connu des Hitchcock, loin de là. Lorsqu’on pense au maître du suspense, des films comme Psycho, The Birds, Vertigo ou Rear Window nous viennent naturellement en tête. Toutefois, n’associer Alfred Hitchcock qu’à ses succès hollywoodiens serait oublier une grande partie de sa filmographie consolidée auparavant au Royaume-Uni. Ce serait passer sous silence des petits bijoux comme The Lodger : A Story of the London Fog (muet), The 39 Steps et The Man Who Knew Too Much, qui sera d’ailleurs refait par Hitchcock lui-même 26 ans après l’original. The Lady Vanishes, son dernier film britannique, mérite assurément de se retrouver parmi les meilleurs films britanniques du légendaire réalisateur.

L’histoire est somme toute assez conventionnelle. Alors qu’une avalanche bloque une voie ferrée, les passagers d’un train (qui s’apparente à l’Orient Express, mais qui n’est jamais nommé) doivent s’arrêter dans une auberge de Bandrika (pays fictif situé en Europe centrale) le temps de déblayer le chemin. C’est à cet endroit qu’on fait la connaissance des principaux protagonistes. Iris (Margaret Lockwood), d’abord, une jeune anglaise qui retourne au Royaume-Uni pour se marier. Son turbulant voisin du haut à l’hôtel, Gilbert (Michael Redgrave), est un musicien irrévérencieux. Miss Froy (May Whitty) est une vieille dame aristocratique mais sympathique qui loge dans une chambre adjacente. Deux anglais, Charters et Caldicott (Naunton Wayne et Basil Radford, pendant britannique de Laurel et Hardy, qui reprendront leur rôle dans plus d’une dizaine d’autres films après The Lady Vanishes) désirent à tout prix ne pas manquer leur connexion à Bâle pour assister à une partie particulièrement importante de cricket. Alors que la nuit à l’auberge est plutôt calme – sauf peut-être pour un chansonnier qui se fait étrangler en pleine rue – chaque passager embarque dans le train le lendemain matin.

Miss Froy et Iris, toutes deux seules, feront plus ample connaissance dans la cabine du train, puis dans le wagon restaurant. Toutefois, Iris, qui a accidentellement reçu un coup à la tête avant d’embarquer dans le train, perdra connaissance, pour constater à son réveil que Miss Froy a disparu, et personne ne semble se souvenir d’elle. En fait, on observe une certaine ouverture chez Gilbert que nous retrouverons, mais on voit assez rapidement que tous les protagonistes mentent sur le fait de ne pas se souvenir de Miss Froy, chacun ayant une raison plus ou moins légitime de le faire (un peu comme un Murder on the Orient Express inversé). S’ensuit une enquête assez typique où Iris et Gilbert tenteront de découvrir la vérité, notamment en investiguant un magicien italien (Philip Leaver), M. et Mme Todhunter (Cecil Parker et Linden Travers) et un médecin (Paul Lukas).

L’histoire est vraiment le point fort du film. Cette intrigue, inspirée d’un fait divers durant l’Expo Universelle de 1889 à Paris, est très bien ficelée, mieux même que plusieurs films de ce genre sorti ces dernières années (Unknown, A Simple Favor, Gone Girl, Searching, etc.) On sent un Hitchcock en plein contrôle de ses moyens, mais qui fait preuve de retenue pour mettre le récit au centre de tout. Il n’y a effectivement pas de scènes à grand déploiement comme dans North by Northwest ou de jeu de caméra excentrique à la Psycho. Toutefois, la force de The Lady Vanishes réside dans l’excellente balance entre l’intrigue et l’humour. Mieux que les autres Hitchcock – ou peut-être à égalité avec North by Northwest – ce film allie ces deux genres dans une symbiose plutôt sympathique. Également, on ressent un véritable effort pour construire une relation amoureuse grandissante entre Iris et Gilbert, alors que dans ses films hollywoodiens Hitchcock se préoccupe peu de la crédibilité des relations de ses personnages, ou du moins il la prend pour acquise. The Lady Vanishes est loin d’être un chef d’œuvre, mais pour ses ambitions (beaucoup plus modestes que d’autres films du réalisateur), force est d’admettre que le film est une réussite sur tous les plans.

Redgrave (son premier rôle au grand écran) et Lockwood offrent des performances superbes et crédibles, et mènent habilement leur enquête en affrontant toutes les embûches possibles. La musique, toujours très importante dans les films d’Hitchcock, est ici aussi primordiale, et fait contraste avec sa musique diégèse (les sons présents sont produits dans l’univers même du film). Il n’y a donc pas de trame sonore à proprement dit. Cela fait contraste avec la tendance expressionniste de l’époque à produire, par exemple, un son de flûte coulissante ou un son presque mystique lorsqu’un des personnages perd connaissance. Le fait d’impliquer la musique au cœur même de l’intrigue renforce l’importance de l’univers musical construit par Hitchcock et son équipe.

Malgré plusieurs thématiques similaires, il est très difficile de comparer adéquatement The Lady Vanishes aux autres classiques d’Alfred Hitchcock. Si on peut affirmer que ce film est le meilleur de la période britannique du réalisateur, sa sobriété fait en sorte qu’il soit moins mémorable que ses productions américaines. C’est un film accompli sur tous les plans, mais qui pour une raison ou une autre sera moins marquant auprès du public. Il demeure cependant essentiel dans la filmographie impressionnante d’Hitchcock, ne serait-ce que pour apprécier une histoire simple et traditionnelle exécutée à perfection. Il est capable de créer une tension et une intrigue mieux que personne ne l’a jamais fait. Il porte à juste titre son surnom de maître du suspense!

Fait partie de la Collection Criterion (#3).

Fait partie des 1001 films à voir avant de mourir.

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