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Débutant sa carrière en Allemagne, Alfred Hitchcock a grandement été influencé par le visuel caractéristique de l’expressionnisme allemand, comme en témoignent ses premiers films (The LodgerThe Man Who Knew Too Much). Fort du succès de ce dernier en 1934, Hitchcock réalise l’année suivante The 39 Steps, souvent considéré comme son meilleur film britannique. Basé sur le roman de John Buchan (qui sera Gouverneur général du Canada de 1935 à 1940, instaurant au passage les Prix littéraires du Gouverneur général), il s’ouvre sur le Canadien Richard Hannay (Robert Donat) qui assiste à un spectacle dans un music hall londonien. L’un des segments fait la démonstration du talent de Mr. Memory (Wylie Watson), qui peut répondre à toutes les questions de son auditoire. Après le spectacle, Hannay fait la connaissance fortuite de Miss Smith (Lucie Mannheim), qui, une fois chez lui, l’informe qu’elle est une espionne pourchassée par des assassins, et qu’elle détient des informations sur un vol potentiel d’informations militaires britanniques. Durant la nuit, elle est assassinée, laissant Hannay le seul à posséder les informations du complot. Il décide alors d’aller rencontrer la personne que Miss Smith devait retrouver en Écosse.

Son périple se transformera rapidement en jeu de chat et de la souris alors qu’il apprend avoir été faussement accusé du meurtre de Miss Smith. Il devra donc faire profil bas s’il espère déjouer ce complot et enfin apprendre ce que représente l’expression « The 39 Steps ».

À ce stade-ci de sa carrière, Hitchcock maîtrise toutes les clés qui feront son succès. On retrouve dans ce film plusieurs éléments que l’on retrouvera dans son parcours hollywoodien (notamment dans North by Northwest). Le récit tourne autour d’un homme impliqué contre son gré dans une histoire qui le dépasse, qui est constamment pourchassé par les autorités pendant qu’il tente de trouver le vrai coupable. Il utilise également le procédé MacGuffin, qui consiste en un fil narratif s’intéressant à un élément vital pour les personnages, mais au final peu important à l’histoire. The 39 Steps est l’exemple typique d’un film dont le voyage est plus intéressant que la destination finale. Les nombreuses péripéties dans les landes écossaises, les retournements de situations et même la romance exagérée entre Hannay et Pamela (Madeleine Carroll), une jeune femme qui tente par tous les moyens de le dénoncer aux autorités mais qui se retrouve malencontreusement menottée à lui, sont ce qui nous tient en haleine tout du long, et non pas la révélation, anti-climatique, de la signification des « 39 Steps ».

Donat et Carroll forment l’un des premiers « couples » hitchcockiens dans une seconde moitié marquée par la comédie. Si le ton est très sérieux au départ, il est en effet allégé plus le récit avance, ce qui est particulier considérant le crescendo de la tension. Ce virage s’effectue en partie lorsque Hannay loge chez les Crofter (John Laurie et Peggy Ashcroft, tous deux excellents), mais s’affirme lorsqu’il rencontre pour la seconde fois Pamela. Dès ce moment, on est pleinement dans une comédie de situation, sur fond de poursuite. J’aurais préféré que l’histoire demeure davantage sérieuse puisque c’est dans le suspense qu’Hitchcock excelle véritablement, mais certains apprécieront cette baisse de tension. Toutefois, la chimie entre Donat et Carroll est palpable et la hargne, qui se transformera éventuellement en amour, est sympathique à suivre.

Hitchcock prend toujours des histoires simples, universelles mêmes, et nous les présente sous un jour nouveau, que ce soit avec un plan unique, un jeu d’ombres soigné ou une révélation inédite. The 39 Steps ne fait pas exception à la règle, bien qu’il soit évidemment plus sobre que ses grosses productions hollywoodiennes. Il nous présente une fois de plus que le réalisateur adore tourner dans des lieux iconiques (l’Écosse et son fameux Forth Bridge, moins connu du grand public que le Golden Gate que l’on retrouvera dans Vertigo), toujours en sachant les mettre en valeur. Le vilain de l’histoire est également particulier, non seulement parce qu’il lui manque son petit doigt, mais surtout parce qu’il est pratiquement absent du film, même si on sent sa présence chez les sbires qu’il envoie à la poursuite d’Hannay. J’aurais également aimé qu’on approfondisse l’antagoniste, pour comprendre davantage ses motivations, bien que je comprenne que ce ne soit pas essentiel au film.

Pour certains cinéphiles, The 39 Steps est la quintessence du grand réalisateur, son meilleur film. S’il m’a quelque peu laissé sur ma faim (peut-être que cette histoire de chasse à l’homme est devenue trop commune de nos jours?), j’en apprécie tout de même les qualités, passant d’une excellente photographie à des interprétations hors pair. Si on visionne la filmographie d’Hitchcock chronologiquement, ce film doit en effet apparaître comme singulier, mais quand on a vu ses chefs-d’oeuvre subséquents, celui-ci est définitivement moins impressionnant. Il n’est pas mauvais pour autant, loin de là, mais il manque de moments complètement uniques, qui font qu’on se rappelle du film plutôt que d’un autre à l’histoire similaire.

Fait partie de la Collection Criterion (#56).

Fait partie des 1001 films à voir avant de mourir.

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