Scrooged

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Après une pause de quatre ans où Bill Murray, habitant alors Paris, a songé à quitter le cinéma, il revient aux États-Unis pour y tourner Scrooged, cette réadaptation de l’intemporel classique de Dickens. Le projet est confié au réputé réalisateur Richard Donner (SupermanThe GooniesLethal Weapon), et le scénario est quant à lui porté par Mitch Glazer et Michael O’Donoghue, des scénaristes de Sathurday Night Live et grands amis de Murray. Alors qu’on aurait pu croire en une recette gagnante, les nombreuses tensions entre Donner et Murray lors du tournage feront en sorte de cruellement dénaturer ce que l’acteur comique sait faire de mieux : l’improvisation. Le résultat, certes décevant, a tout de même su s’imposer à travers le temps comme l’un des films du temps des Fêtes les plus connus, probablement en raison de l’indéniable charisme de Murray ainsi que sa grande popularité, toujours bien présents encore aujourd’hui.

Frank Cross (Murray) est le directeur d’une chaîne de télévision à succès. Cynique et égoïste, il est au sommet de sa gloire, ce qui ne l’empêche pas de terroriser ses employés. À quelques jours de Noël, la station décide d’adapter en direct A Christmas Carol de Charles Dickens. Dans un désaccord qui oppose Cross et son assistant Eliot Loudermilk (Bobcat Goldthwait), ce dernier est renvoyé. Comme si c’était la goutte qui fait déborder le vase, Cross est visité le soir même par son ancien patron, Preston Rhinelander (Robert Mitchum), qui lui annonce que, comme dans le roman de Dickens, trois fantômes le visiteront le lendemain pour tenter de lui faire prendre conscience de l’inhumanité dont il fait preuve.

Malgré les proportions somme toutes assez sobres du matériel d’origine, c’est le spécialiste des films à gros déploiement, Richard Donner, à qui l’on donne les commandes du projet. Comme on pourrait s’y attendre, Scrooged prendra des proportions (relativement) épiques. Des explosions de murs et de portes aux cavales extravagantes en taxi fantômatique, en passant par des immolations, Donner insuffle un certain sensationnalisme pour tenter de dynamiser, de singulariser sa version du récit. Il sait en effet mener à bien ses ambitions, mais cela ne suffit pas à offrir un film assez intéressant pour qu’on veuille à nouveau plonger dans l’histoire du vieux Scrooge (ou plutôt Cross). Il en tient donc à l’aspect humoristique du scénario, qui pourrait, lui, justifier la pertinence du film. Malheureusement, c’est en grande partie raté.

On pourrait croire que tout ce qu’il faut pour une bonne comédie est un Murray en grande forme. Sa stature et son charisme font en sorte qu’il est naturellement drôle et, dans la majorité des cas il parvient à créer un personnage attachant, et ce bien qu’il joue très souvent des anti-héros. Ici, toutefois, Murray semble sur le pilote automatique. Son manque de timing est flagrant, et, si on peut blâmer Donner pour avoir coupé de nombreuses scènes improvisées au montage (ou tout simplement imposer à Murray de s’en tenir au scénario), tout l’agacement de Murray transparaît à l’écran, au grand dam de l’auditoire. C’est un Cross fatigué, en manque d’énergie, déconnecté presque de l’histoire, qui nous est offert ici. Puis, il vivra une épiphanie aussi soudaine que rapide (non pas sans rappeler celle de la version de 1938) qui le rendra magiquement attachant. Cette bipolarité est déstabilisante et franchement peu crédible.

Pour un film qui se veut comique, Scrooged manque grandement d’humour. Ou plutôt est-ce les blagues qui ont mal vieilli? Fort probable, à voir la bonne réception du public (et non des critiques) à sa sortie. Je me souviens de mon père qui, quand j’étais jeune, me disait que ce film était l’un des meilleurs de Bill Murray, et pour l’avoir vu à deux reprises en moins d’un an, je ne peux m’empêcher d’être de l’avis contraire. L’entièreté de l’humour dans le scénario repose sur la performance de Murray, et pour les raisons susmentionnées, il n’est jamais véritablement parvenu à s’investir dans le rôle. Le résultat, prévisible alors, donne une comédie sans saveur, sans identité, sans but. Même l’histoire d’amour entre Cross et son ancienne flamme Claire (Karen Allen) ne parvient jamais à nous émouvoir pleinement.

Le cynisme inhérent au récit (critique de la télévision, du marketing, du terrorisme et de la violence) n’aide évidemment en rien à alléger cette version très mature de A Christmas Carol. Peut-être que son héritage tient plus de la réputation de Murray comme légende de la comédie, combinée à un récit somme toute intemporel. Peut-être encore a-t-il été davantage apprécié car ce n’est pas à proprement dit un film de Noël. Quoi qu’il en soit, Donner a manqué de flair en ne comprenant pas que le succès de Scrooged ne passait pas par sa réalisation, mais plutôt exclusivement par son acteur principal. Même les nombreux caméos n’auront pas permis de sauver le film qui, sans un Murray investi, était voué à l’échec. À écouter lorsqu’on est trop blasé des films quétaines du temps des Fêtes, et encore.

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