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Charles Dickens est l’un des plus grands auteurs de l’histoire. Ses nombreux succès (Oliver TwistGreat ExpectationsDavid Copperfield) sont lus de génération en génération. Tel est également le cas de A Christmas Carol, roman qui a à été porté à l’écran ou au théâtre à d’innombrables reprises. Si la première adaptation cinématographique date de 1901, celle de 1938 réalisée par Edwin L. Marin est probablement la plus ancienne qui ait su s’inscrire durablement dans la mémoire collective. Mettant en vedette Reginald Owen, A Christmas Carol parvient à nous charmer encore aujourd’hui, malgré l’effet du temps qui commence à se faire sentir.

Rappelons brièvement les grandes lignes de ce récit mille fois raconté. C’est la veille de Noël dans le Londres du 19e siècle. On retrouve Fred (Barry MacKay) qui paie une visite à son oncle Ebenezer Scrooge (Owen) pour l’inviter à passer Noël chez lui. On apprend toutefois assez rapidement que Scrooge est un personnage exécrable, qui déteste cette fête (ou toute autre, par ailleurs). Il refuse catégoriquement l’invitation, et, dans une prise de bec qui l’oppose avec son commis Bob Cratchit (Gene Lockhart), Scrooge décide de congédier ce dernier, sans remords. De retour chez lui, il est hanté par Marley (Leo G. Carroll), son ancien partenaire d’affaires décédé quelques années auparavant. Celui-ci l’informe que trois fantômes, représentant trois époques de sa vie (le passé, le présent et l’avenir), vont venir le visiter cette nuit, et qu’il devra confronter les choix qu’il a faits jusqu’ici.

Il y a quelque chose de charmant dans le fait de visionner un vieux film de Noël. De voir comment la célébration de cette fête et ses valeurs ont évolué avec le temps ajoute une plus-value qui n’était évidemment pas l’intention du réalisateur. Ici, on se retrouve devant une production typique de l’époque : des grands décors à l’intérieur des studios, une représentation du Londres victorien nostalgique et romancée, ainsi que du vieil anglais. Un peu à la façon des films familiaux actuels, tous les acteurs surjouent et débordent d’une énergie peu crédible. J’ai toujours eu tendance à davantage pardonner ces éléments dans un film plus âgé, ne serait-ce que parce que l’art du cinéma n’était pas aussi raffiné qu’il l’est aujourd’hui. Dans A Christmas Carol, vous ferez la rencontre d’une famille Cratchit des plus expressives, énervées même, sans toutefois que cela nuise vraiment à votre visionnement. De même, l’épiphanie que vivra Scrooge tout au long du film vous semblera assez rapide (dans un film lui assez court), trop contrastante avec la méchanceté dont il fait preuve au début. Toutefois, je crois qu’il faut faire fi de ces aspects qui ont moins bien vieilli, pour plonger au cœur de ce récit intemporel.

Intemporel, le roman l’est assurément, comme en témoignent les nombreuses et variées adaptations de l’histoire (Scrooged et A Christmas Carol (2009), pour ne nommer que celles-là). Dickens, probablement sans le savoir à l’époque, fait écho aux valeurs traditionnellement associées à la célébration de Noël : la convivialité, la famille, l’amour. Plus encore, il nous amène à nous questionner sur ce qui forge notre identité, et sur la portée de nos gestes sur les autres. Quand Scrooge visite son enfance, on le retrouve aimable et sympathique, à notre grande surprise (et à la sienne). Beaucoup d’adultes ont tendance à oublier comment ils se comportaient plus jeunes, et le récit nous invite à nous questionner à ce sujet. Puis, Scrooge a l’occasion d’observer au temps présent comment Cratchit célèbre Noël, mais surtout comment il parvient à faire passer sa famille avant tout, malgré l’adversité. Le vieil homme peut du même coup voir quelle image il projette sur les personnes qu’il côtoie (une image peu glorieuse, il va sans dire). Enfin, dans sa troisième rencontre avec un fantôme, il se propulse dans l’avenir, ce qui l’amène à se questionner sur les conséquences de ses actes. Tout du long, ce processus l’amène à s’interroger sur les événements qui l’ont fait devenir aussi malicieux, et l’incite à devenir une meilleure personne.

Il est difficile de complètement se détacher des autres versions de cette histoire qu’on aurait pu voir avant de visionner celle de 1938. Ce faisant, on trouvera assurément peu de surprises dans le déroulement du récit. Toutefois, le film s’apprécie tout de même, ne serait-ce que par son rythme soutenu (le film est d’une durée de 69 minutes) ou par le plaisir qu’on aura à regarder l’un des classiques du genre. Les films de Noël s’apprécient bien souvent comme une comédie ou un drame qui veulent faire ressortir des valeurs traditionnelles, et c’est exactement ce qu’accomplit A Christmas Carol. Il ne faut pas s’attendre à un chef-d’œuvre, mais bien à un film familial complet et efficace, qui nous rappelle l’intemporalité du roman de Dickens.

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  1. […] A Christmas Carol (1938) d’Ewin L. Marin […]

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