It’s a Wonderful Life

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Considéré comme l’un des plus grands classiques du temps des Fêtes, It’s a Wonderful Life a également su s’imposer comme l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma, peut-être en partie en raison de la présence réconfortante de James Stewart, très réputé à l’époque (lui qui revenait à peine de la guerre) et dirigé par le légendaire Frank Capra (Mr. Smith Goes to WashingtonIt Happened One Night). Peut-être encore est-ce en raison de l’intemporalité de ce récit, similaire en quelques points à celui de A Christmas Carol de Dickens, qui porte en lui un message fort d’espoir qui incite le spectateur à avoir foi non pas en la magie de Noël, mais bien en la force, le courage qui nous habite. Il est donc étrange qu’à sa sortie, le film n’ait connu qu’un succès d’estime ($3.3M sur un budget de $3.7M). Toutefois, c’est avec ses nombreuses diffusions à la télévision entre l’Action de Grâce et Noël (surtout dans les années 1970 et 1990, où le film est entré dans le domaine public, le studio n’ayant pas renouvelé les droits de propriété) que le film est devenu un classique du temps des Fêtes. Et c’est pour le mieux, puisque It’s a Wonderful Life mérite tous les éloges qui lui sont donnés.

Le film s’ouvre au sein de la petite ville de Bedford Falls, la veille de Noël en 1945. George Bailey (Stewart) est sur le point de se suicider. Comme ses proches et ses amis prient pour lui, au paradis l’apprenti-ange Clarence (Henry Travers) est chargé de venir à son aide, ce qui lui vaudrait de gagner ses ailes. Question de bien se préparer pour sa mission, il revisite certains moments marquants de la vie de George, dont le sauvetage de son frère Harry (Georgie Nokes, joué à l’âge adulte par Todd Karns) des eaux gelées d’un étang, le moment où il empêche Mr. Gower (H.B. Warner), le propriétaire de la pharmacie, d’empoisonner par erreur l’une de ses clientes, sa rencontre avec Mary (Donna Reed) qui deviendra éventuellement sa femme et la mère de ses enfants, ou encore tous les efforts qu’il a mis pour préserver la Bailey Brothers Building and Loan, l’entreprise de son père. Tous ces éléments seront utiles à Clarence, qui devra faire entendre raison à George, qui fait face à l’adversité plus que jamais en raison de Mr. Potter (Lionel Barrymore), son plus grand rival.

Ce qui frappe peut-être au premier visionnement est la construction très contemporaine du récit. Le film a des airs de biopic sans en être un, alors qu’on visite, tout comme Ebenezer Scrooge et ses fantômes, tous les aspects de la vie de George qui nous seront utiles à l’aboutissement du récit. Le tout est cependant abordé de façon sensible, ni trop sensationnaliste ni trop exagérée, ce qui rend chaque personnage attachant. Après plusieurs visionnements, toutefois, le film vieillit comme un bon vin : on prend goût à replonger année après année dans ce récit de courage et de résilience qui, s’il parvient à nous toucher encore aujourd’hui, avait assurément l’effet d’un baume à sa sortie, un an après la Seconde Guerre mondiale, puisqu’il faut l’avouer, It’s a Wonderful Life est un film très ancré dans son époque. On y fait référence à la grippe espagnole (redevenue d’actualité en 2020), au krach boursier de 1929 et à la guerre. Décidément, George, comme toute une génération, a vécu plusieurs décennies d’adversité, dont le salut en 1945 était grandement mérité.

Classique du temps des Fêtes, oui, mais une grande partie du film ne se déroule toutefois pas à Noël (tout comme plusieurs autres du genre qui ont su s’élever au même rang, tels Holiday InnMeet Me in St. Louis et The Shop Around the Corner, lui aussi avec Stewart). Certes, son dénouement s’y campe, mais c’est surtout en raison des valeurs qu’il met de l’avant qu’on le considère aujourd’hui comme un incontournable de cette période. On y met en opposition le capitalisme et la collectivité, l’individualisme et la famille, le succès et le bonheur (pas toujours compatibles), la réussite et l’échec. Plus encore, on aborde des sujets qui nous semblent avant-gardistes pour l’époque, soit l’alcoolisme et le suicide. Pas votre typique film du temps des Fêtes me direz-vous? Et pourtant…

Pourtant, tout dans ce film est inspirant, que ce soit avec la belle relation entre George et Mary (qui parvient à le sortir du pétrin et à le soutenir lors des plus grands moments d’adversité) ou tout simplement la reconnaissance collective des habitants de Bedford Falls envers George. Celui-ci était promis à un bel avenir : des études en Europe l’auraient amené dans les plus grandes villes américaines pour y faire fortune. Pourtant, contre toute attente, il demeure dans sa ville natale pour sauver l’entreprise familiale, sacrifiant ainsi ses ambitions personnelles pour le bien commun. Il est étrange et contrastant de voir dans le cinéma hollywoodien deux success stories qui semblent pourtant incompatibles : d’une part, on salue le hommes et les femmes qui sacrifient tout pour le bien de la collectivité, d’autre part on s’émerveille devant les self-made-men qui, partis de rien, parviennent à s’élever dans l’échelle sociale pour ainsi atteindre la reconnaissance individuelle. Si It’s a Wonderful Life s’inscrit définitivement dans cette première catégorie de films, la seconde, plus près de l’idée du rêve américain, semble, avec le temps, l’avoir emporté sur la première.

Il y a plusieurs autres bons aspects du film à souligner, à commencer par les impressionnants décors de Bedford Falls et les splendides performances de l’ensemble de la distribution. Le tout donne un rendu crédible au film, tout en nous offrant un visuel rétro charmant vu de nos jours. Il nous rend nostalgique d’une époque où Hollywood était plus que des effets spéciaux. Il témoigne d’un temps où on pouvait s’émerveiller devant le brio des confections humaines, qui aujourd’hui ont été remplacées par des avancées technologiques, pour le meilleur et pour le pire.

It’s a Wonderful Life a l’étoffe des meilleurs films de tous les temps. Encore faut-il apprécier ce genre de récit, crédible mais cliché, où tout ce dont le personnage principal a besoin c’est d’un peu de magie et une épiphanie pour se relever face à l’adversité. Ou c’est peut-être qu’avec les années ce type de récit est devenu tellement commun que quand on le découvre à nouveau il n’y a plus d’éléments de surprise. Quoi qu’il en soit, Capra accomplit tout ce qu’il se doit de faire et réalise un sans faute une fois de plus. Il peut être étonnant de constater que le film n’a remporté aucun des cinq Oscars pour lequel il a été en nomination, mais on se console en se disant qu’ils ont été remportés par un autre grand classique du cinéma : The Best Years of Our Lives de William Wyler.

Fait partie des 1001 films à voir avant de mourir.

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  1. […] It’s A Wonderful Life (1946) de Frank Capra […]

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