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Christmas in Connecticut est l’un des premiers films à être produits durant l’euphorie de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Plutôt qu’un film patriotique ou de guerre, Warner Bros. opte pour un film léger où les mentions à la guerre sont très légères, voire inexistantes, si ce n’est de sa scène d’ouverture qui présente le passé de l’un des protagonistes. Si le film sort avant la fin de la guerre (en plein mois d’août, atypique pour un film de Noël, vous en conviendrez), on sent un désir de mettre le conflit mondial derrière soi et enfin de passer à autre chose. Le résultat est une comédie romantique sympathique qui joue sur le concept de fausse identité, avec en son centre l’excellente Barbara Stanwyck.

Cette dernière interprète Elizabeth Lane, chroniqueuse au New Yorker, qui publie des articles culinaires aliant recettes et vie quotidienne de ménagère. Elle y raconte ses déboires avec son mari et son nouveau-né, campés dans une fermette du Connecticut. Toutefois, le tout n’est qu’une fausse identité (fake news!), puisqu’elle n’est en fait qu’une jeune éditorialiste célibataire vivant dans un minuscule appartement de New York. Plus littéraire que culinaire, Lane tient ses recettes de Felix (S.Z. Sakall), un immigrant hongrois qui possède un restaurant dans son quartier. De lui, elle soutire les principales inspirations de sa ménagère fictive.

Son alibi se gâte lorsqu’une infirmière (Joyce Compton) qui soigne Jefferson Jones (Dennis Morgan), un militaire blessé durant la guerre, décide de contacter l’éditeur en chef du journal, Alexander Yardley (Sydney Greenstreet), pour rencontrer Elizabeth Lane à Noël. Yardley accepte la demande, et s’invite lui aussi chez Lane au réveillon, question de goûter à la fine cuisine de l’éditorialiste. Le temps est donc compté pour Lane, qui doit trouver un mai, une ferme et un enfant, tout en convaincant Felix de cuisiner pour tous ces gens.

Sans être un film complexe, Christmas in Connecticut regorge néanmoins de subtilités scénaristiques qui font du récit une histoire bien imbriquée, un peu à la manière d’une pièce de théâtre. Si on pardonnera quelques concours de circonstance fortuits et une prévisibilité inhérente, on prendra plaisir à voir Lane, qui deviendra bientôt Sloan (eh oui, elle devra se marier au propriétaire d’une ferme (Reginald Gardiner) pour conserver l’alibi parfait), se sortir de chaque situation par la peau des fesses. Le concept n’est pas sans rappeler Mr. Deeds ou d’autres films du genre, qui même en 1945 était fréquents. On prend un malin plaisir à observer comment Lane parvient, mensonge après mensonge, à conserver l’image de la femme parfaite qu’entretiennent Yardley et Jones.

Est-ce que Christmas in Connecticut est le film familial de Noël idéal? Pas tout à fait, non. On ne peut pas dire qu’il fait la promotion des valeurs du temps des fêtes (surtout pas l’honnêteté!) Toutefois, il possède des qualités indéniables, notamment un personnage féminin fort, interprété avec brio par Stanwyck. Elle joue ici une femme qui a su mériter son indépendance avec le départ des hommes pour la guerre, et qui compte bien la conserver à leur retour. Elle est certes forcée (par elle-même) de marier un homme qu’elle n’aime pas, mais parvient par toute sorte de moyens à éviter cette fatidique union. De plus, son personnage est en quelque sorte l’antithèse de la ménagère moyenne : vivant seule dans son appartement new-yorkais, elle fume, elle ne sait pas (ni ne souhaite) s’occuper d’un enfant, ne connaît rien à la cuisine et ne tient pas vraiment à se marier. Atypique pour l’époque? Tout à fait, même si la fin de la guerre et le renforcement du conservatisme aux États-Unis dans les années 1950 nous fait oublier de nombreux films aux personnages féminins progressistes des années 1920 et 1930.

Qui dit film des années 1940 dit une distribution qui surjoue. On dirait tout de même qu’on l’accepte mieux quand c’est un film de Noël, alors en ce sens on ne tiendra pas rigueur de la performance nerveuse de Sakall, qui joue un Felix très stéréotypé, ou encore de celle de la femme de ménage irlandaise austère (Una O’Connor). Celà dit, on s’attache quand même beaucoup aux personnages, que ce soit en raison de leur naïveté typique pour ce genre de films, ou tout simplement du charisme de leurs interprètes.

Christmas in Connecticut est une comédie romantique efficace qui a surprenamment bien vieilli. Très théâtrale, la construction narrative est habile, les situations sont intéressantes (quoique redondantes et prévisibles), et l’ensemble donne une production de bonne qualité. Il faut évidemment apprécier les films de Noël, plus légers dans leur nature, mais on ne s’ennuie pas lors du visionnement. Le rythme est bon et l’histoire est suffisamment prenante pour s’élever parmi les classiques du temps des Fêtes.

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  1. […] Christmas in Connecticut (1945) de Peter Godfrey […]

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