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Tout premier récipiendaire de l’Oscar du meilleur film, Wings est, comme plusieurs films nommés cette année-là, campé dans la Première Guerre mondiale. Il raconte l’histoire de Jack Powell (Charles ‘Buddy’ Rogers) et de son ami (et rival) David Armstrong (Richard Arlen), deux pilotes de l’armée de l’air américaine. Rival, puisque les deux tentent de séduire Sylvia Lewis (Jobyna Ralston), une jeune femme de leur ville d’origine. Lors de leur départ vers le front, Jack croit à tort que Sylvia l’a préféré à David, alors que c’est plutôt le contraire. Sylvia ne sait toutefois pas comment l’annoncer à Jack sans le dévaster.

Parallèlement, Mary Preston (Clara Bow) est follement amoureuse de Jack, mais ce dernier n’a d’yeux que pour Sylvia. Lorsque les deux hommes quittent vers l’Europe, Mary joint elle aussi l’effort de guerre et devient une ambulancière. Apprenant que Jack est aux commandes de l’avion ‘The Shooting Star’, devenu légendaire, Mary tente de retrouver l’homme de sa vie.

Avec du recul, il est facile d’observer que les productions qui ont remporté l’Oscar du meilleur film ne sont pas toujours les meilleures, mais plutôt les plus rassembleuses. Wings entre définitivement dans la catégorie des films grand public que les critiques apprécient également. Est-ce que cela en fait un film moins louable pour autant? Pas du tout! En fait, j’ai été agréablement surpris du fait que le film nous garde investi du long de ses 140 minutes, un exploit considérant son format muet qui peut en décourager certains. Le film est bien dosé entre des scènes dramatiques et d’action, bien que la seconde moitié du film soit presque exclusivement axée sur le combat. Et à ce registre, Wings ne déçoit aucunement.

Le film peut en effet se targuer d’être l’un des premiers à montrer des combats aériens, et ils sont tous exceptionnels. Plusieurs vrais pilotes de l’armée américaine ont été requis pour tourner ces scènes, et le réalisateur William A. Wellman a tenu à présenter la plupart de celles-ci près des nuages pour créer un sentiment de vélocité et de danger. Le rendu est très impressionnant, même si quelques effets visuels (notamment du feu en couleur) ont été ajoutés lors de la restauration du film dans les années 1990. Je ne suis pas un amateur des films de guerre, mais Wings a vraiment su me garder intéressé par son ingéniosité et ses scènes de haute voltige. De nos jours, il est très facile de tourner ce genre de plans (ou de les créer par ordinateur), mais à l’époque cela constituait un véritable exploit. On a d’ailleurs remis au film l’équivalent de l’Oscar pour les meilleurs effets spéciaux, à l’époque appelé « Meilleurs effets d’ingénierie », à Roy Pomeroy, qui a grandement travaillé avec Wellman pour coordonner le tout.

 

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Le style visuel novateur de Wings ne s’arrête pas qu’aux scènes d’action. On y retrouve un plan devenu iconique dans l’histoire du cinéma, où la caméra, en travelling avant, traverse de nombreuses tables dans un cabaret pour s’arrêter sur Jack. Puis, pour montrer son état d’ébriété avancé, de nombreuses bulles parsèment l’écran dans les scènes qui se déroulent à Paris. Ce sont de petits détails qui ajoutent beaucoup de valeur au film et qui lui confèrent une signature visuelle mémorable. Ces caractéristiques sont essentielles pour rendre dynamique un film muet, qui peut certes être porté par de bonnes performances, mais qui doit, à mon avis, miser davantage sur de belles images que sur une bonne histoire.

N’empêche que les performances de la distribution sont tout de même efficaces, sans être mémorables. Du lot, c’est Clara Bow qui impressionne le plus. Son interprétation est véritablement touchante, et elle est la première actrice à présenter de la nudité à l’écran (dans un film à grande distribution). C’est toutefois le duo Rogers-Arlen qui est davantage mis de l’avant, et leur dualité entre fraternité et rivalité est très crédible. Les derniers moments du film sont déchirants, et, autre moment progressiste, on peut voir le premier baiser entre hommes de l’histoire du cinéma. La distribution secondaire est sous-utilisée, mais on peut tout de même y observer un jeune Gary Cooper dans l’un de ses premiers rôles.

Wings est un succès sur toute la ligne. Impressionnant encore aujourd’hui, le film est peut-être davantage tombé dans l’oubli que d’autres de sa cohorte (notamment The Crowd ou Sunrise: A Song of Two Humans, ce dernier ayant remporté également l’équivalent de l’Oscar du meilleur film dans une catégorie alternative). Toutefois, avec la nouvelle restauration effectuée par Paramount, Wings risque de pouvoir éventuellement rejoindre un public contemporain qui, comme moi, décidera de visionner le film ne serait-ce que parce qu’il a été immortalisé dans les annales de la prestigieuse cérémonie hollywoodienne.

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