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Près de 10 ans après la fin de la série, la famille Bougon fait maintenant le saut au grand écran. On retrouve donc tous les personnages que l’on avait aimé suivre, à quelques exceptions près (pas de Jérôme, pas de Ninon, pas de proprio ou, du moins, pas le même). Malgré une fin de série particulièrement abrupte, faire un film sur le clan était-il nécessaire? Replonge-t-on dans les mêmes magouilles ou explore-t-on un tout nouveau concept? Un peu des deux, mais on le fait moins bien cette fois.

Dans Votez Bougon, Paul (Rémy Girard) a l’idée de se présenter aux élections provinciales avec un nouveau parti, le Parti de l’Écœurement National, ou, comme Dodo (Hélène Bourgeois-Leclerc) se plaît à le dire, le PEN, dont les membres seront des Pénistes. Flairant une opportunité en or, le clan part en campagne afin de récolter des dons et vendre des cartes de membres. À leur (grande?) surprise, Paul remporte ses élections, et les Bougon se retrouvent à la tête du Québec, car Dodo, Junior (un très absent Antoine Bertrand) et Chabot (Vincent Bilodeau) héritent chacun de leur branche de gouvernement.  Qu’arrive-t-il quand, pour reprendre les paroles de Tita (Louison Danis), on se retrouve « au sommet de la crosse »?

D’emblée, on ne sait pas où se situe le film dans le temps. Si on reprend tout de suite après la fin de la série, on se retrouve face à plusieurs incohérences, notamment l’utilisation d’un téléphone intelligent par Mao et l’existence des médias sociaux (et quelques éléments que nous ne nommerons pas, question de ne pas brûler certains punchs!) Il serait alors plus facile de croire que l’histoire se déroule au moment de la sortie du film, soit au milieu des années 2010, mais ce n’est pas ce qui avait été déclaré par les concepteurs, comme nous laisse également entendre la jeunesse du fils de Dodo.

Alors que la série était plutôt épisodique et que ses thématiques étaient variées, on se désolera ici de ne faire place qu’à un élément central, soit une campagne électorale. Tristement, on a laissé de côté les petites magouilles pour aller plonger jusqu’aux coudes dans les tripes de la politique, et on ressort avec une trop forte envie de se laver les mains. Ne soyez donc pas surpris si vous cherchez désespérément vos rires dans le film. Si on disait dans la critique sur la série que la famille était toujours soudée et en guerre contre « le système », on perd aussi cet élément ici. La famille a explosé (par ailleurs, où est notre Mao originale?), la bonne entente ne règne plus, Rita a une aventure qui n’a aucun sens, mais, surtout, on ne se bat plus vraiment contre les institutions, parce qu’on en fait maintenant partie qu’on le veuille ou non.

En effet, combattre le système de l’intérieur n’est pas chose facile. Malgré les réunions qui commencent à midi et les caisses de bières et boîtes de pizzas qui jonchent le sol du bureau du PM, Paul réalise bien vite qu’il ne peut pas vraiment changer les choses, malgré son écœurement. Après tout, le lobby des routes qui se déconcrissent est plus fort que celui pour les routes fiables, et le Grand Patron derrière la bande du beau-frère de Paul (Gaston Lepage qui revient pour contraster habilement avec Rémy Girard) semble être celui qui décide de tout au final.

Rapidement, on s’ennuie de la série. On aimerait retourner au rythme auquel on était habitué, et on trouve, encore une fois, que tout est dessiné trop gras. Se concentrer sur un seul élément n’aide probablement pas cette impression. En effet, on cherche rapidement les phrases-types de nos personnages préférés, ne trouvant plus de charme aux répliques de Junior, regrettant amèrement l’époque où l’on se faisait mettre plein la gueule les « qu’est-ce que t’entends par ce que tu veux dire? ». Plus d’hommes dans la chambre de Dodo, non plus, et plus de quête pour un travail honnête de la part de Mononc. Et, disons-le, on se lasse rapidement des boules chinoises de Dodo, qui deviennent presque un personnage dans ce film. Vraiment, le film semble avoir pris tout ce qui marchait de la série pour le jeter aux poubelles et offrir une satire (qui ne fonctionne pas) de la politique.

On aurait aimé ressortir de Votez Bougon avec une meilleure impression, mais il sera plutôt difficile de trouver son compte dans ce film. La série, bien différente, offre un meilleur jab au mystérieux « système ».

Lien vers la critique de la série Les Bougon : C’est aussi ça la vie!

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