The Red Shoes

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Boris Lermontov : Why do you want to dance?
Victoria Page : Why do you want to live?
B.L.: Well I don’t know exactly why, er, but I must.
V.P.: That’s my answer too.

Peu de films ont su résumer aussi simplement et efficacement ce qui pousse les artistes à se dédier corps et âme à leur passion. The Red Shoes, c’est justement sur cette passion (dans ce cas-ci le ballet) et sur les sacrifices que nous devons faire pour nous élever à un niveau supérieur. Le duo Powell/Pressburger nous propose une dramatique réflexion sur le sacrifice, mais également en quelque sorte sur l’abus de pouvoir dans le milieu artistique, ce qui n’est pas sans rappeler les thématiques explorées dans Whiplash, notamment. The Red Shoes nous plonge ainsi au cœur d’une sublime histoire d’amour dramatique, rehaussée par un visuel exemplaire.

Le film suit la danseuse Victoria « Vicky » Page (Moira Shearer) qui tente d’obtenir une audition pour joindre la prestigieuse troupe de Boris Lermontov (Anton Walbrook). Elle obtient sa chance lors d’une soirée donnée après l’un des spectacles de la troupe, mais, détestant ces soirées mondaines, Lermontov n’est pas d’humeur à regarder une prestation. Il se réfugie au bar, et fait la connaissance hasardeuse de Vicky. Après avoir échangé quelques mots (dont la citation qui ouvre cet article), il lui propose de venir auditionner le lendemain à son studio. Ce qui devait arriver arriva, et elle parvient finalement à intégrer la troupe.

En parallèle, Julian Craster (Marius Goring), un jeune compositeur ambitieux, durant l’une des représentations du Ballet Lermontov, constate que celui-ci utilise l’une de ses compositions, sans qu’il ait été préalablement consulté. Le lendemain de la prestation, il demande une audience avec Lermontov, qui lui offre de joindre la troupe comme répétiteur. Voyant de toute évidence l’étendue des talents de Craster, Lermontov lui proposera de composer la musique d’un nouveau spectacle qu’il veut mettre sur pieds, « The Red Shoes », basé sur le conte de Hans Christian Andersen. Le ballet, racontant comment une jeune fille qui après avoir enfilé les souliers rouges ne peut s’arrêter de danser, donnera la possibilité à Vicky de se faire révéler au grand jour, et ainsi d’élever la troupe vers de nouveaux sommets.

The Red Shoes (1948) | The Criterion Collection

Si jusqu’ici l’histoire demeure assez simple, elle se complexifiera lorsque Vicky et Craster tomberont amoureux l’un de l’autre. En effet, Lermontov croit fermement que pour être au sommet de son art, il faut refuser une vie amoureuse. Ces deux éléments sont inconciliables, à son avis, car l’amour empêche la danseuse de projeter l’émotion nécessaire une fois sur scène. Lorsqu’il apprendra la nouvelle, il demandera aux deux amoureux de mettre un terme à leur relation ou bien de quitter la troupe.

Comme on pourrait s’y attendre, il y a beaucoup de parallèles entre le scénario du film et le conte d’Andersen. Les deux sont en effet un témoignage de ce qui arrive lorsque l’art consume la vie. Dans l’un, la danseuse enfile des souliers qui la font danser en permanence, sans moyen de s’arrêter outre que se couper les jambes (du moins, dans le conte, puisque le ballet Lermontov favorise une approche moins graphique, mais tout aussi dramatique), dans l’autre Vicky ne peut concilier ses deux amours sans sacrifier l’un ou l’autre.

Parlons de ce ballet, puisque, si c’est bien le titre du film, il n’occupe qu’environ le quart du récit principal. Powell et Pressburger, dans le but de démontrer comment Vicky s’imprègne de son personnage, nous présentent une prestation pour le moins fantaisiste. Dès les premiers instants du spectacle, l’auditoire s’efface (sauf Craster et Lermontov) pour faire place à l’imaginaire. Un homme constitué de papier journal prend vie, les effets spéciaux se succèdent à un rythme effréné et la couleur envahit l’écran. On nous transporte dans un tout autre monde, celui du conte, qui permet d’exprimer l’état mental de la danseuse ainsi que les émotions qu’elle tente de transmettre à travers sa prestation. Ce segment de 17 minutes est véritablement le point fort du film (c’est d’ailleurs sa marque de commerce), et si il traîne parfois en longueur, on ne peut que saluer le travail derrière le tout.

A Few Minutes With Bob Hoffman as we talk about the magic of ...

La direction artistique qui entoure cette pièce, mais également le film en entier, est également à souligner. Les couleurs sont resplendissantes, surtout avec la restauration effectuée sous la supervision de Martin Scorsese, pour qui The Red Shoes est l’un des films préférés (il possède d’ailleurs plusieurs artefacts du film, dont la fameuse paire de souliers). Les décors sont également sublimes, ce qui vaudra à l’équipe un Oscar au passage. Le film nous en fait voir de toutes les couleurs, le rouge à l’avant plan.

C’est aussi les performances de la distribution qui contribuent à rendre exceptionnel The Red Shoes. Moira Shearer, danseuse professionnelle à l’époque, ne laisse aucunement transparaître qu’elle en est à une première expérience devant la caméra. Powell et Pressburger ont fait des pieds et des mains pour la convaincre d’accepter le rôle, car leur actrice principale devait d’abord et avant tout savoir danser! Shearer était réticente à accepter, mais l’a fait par dépit, et après les nombreuses demandes des réalisateurs. Cela aura effectivement nui à sa carrière, mais elle rejouera dans d’autres films des réalisateurs, bien mince consolation. Si la performance de Goring est adéquate, celle de Walbrook est tout simplement exquise. Il joue à perfection ce vieux directeur aigre et mondain de la troupe de ballet, et il a tout simplement le profil de l’emploi. Il ne faudrait pas négliger la distribution de soutien, à débuter par Robert Helpmann, qui a chorégraphié le tout, et Léonide Massine, en danseur français exigeant. Ils amènent une crédibilité au film tout en proposant des numéros de danse très intéressants.

117 (tie) – The Red Shoes (1948), dir. Michael Powell & Emeric ...

On peut observer de nombreuses similitudes entre The Red Shoes et Black Swan. Les deux se déroulent bien évidemment dans le monde du ballet, mais ils proposent cette même réflexion sur l’art et le dévouement. La performance du ballet est également très fantaisiste, et on peut pousser la réflexion jusqu’au choix même des couleurs (Black Swan jouant surtout entre le blanc et le noir, puisque le ballet porte sur la dualité entre les deux cygnes). Ce film étant parmi mes favoris, il est normal que j’aie apprécié The Red Shoes presqu’au même niveau. C’est un peu comme observer le film qui a inspiré l’un de vos films préférés. On vit une expérience incroyable juste à tracer nous-mêmes les parallèles!

The Red Shoes est un film exceptionnel. Il ne plaira peut-être pas à tous et à toutes, mais je l’ai trouvé surprenant à plusieurs niveaux. La seconde moitié du film manque un peu de rythme, et l’histoire est assez télégraphique, mais on ne peut que s’émerveiller devant l’un des meilleurs films sur la danse. Un film à voir assurément.

Fait partie de la Collection Criterion (#44).

Fait partie des 1001 films à voir avant de mourir.

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