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Comme c’était le cas pour Two Arabian Knights, lui aussi réalisé par Lewis Milestone, The Racket a longtemps été considéré perdu, jusqu’à ce qu’on en retrouve les bobines dans les archives personnelles de Howard Hughes à sa mort. Sorte d’intrus parmi les nommés dans la catégorie « Meilleur film » à la première cérémonie des Oscars, cette histoire traditionnelle de gangsters et de policiers n’aura peut-être pas fait sa marque parmi l’impressionnante filmographie de Milestone, mais elle aura contribué au début d’un genre qui fera la force des De Palma, Coppola et Scorsese de ce monde.

Le capitaine James McQuigg (Thomas Meighan) est un policier honnête d’une grande ville américaine (qu’on devine être Chicago). Il tente par tous les moyens d’incarcérer Nick Scarsi (Louis Wolheim), le chef de l’une des plus grosses organisations criminelles. Ce dernier est en guerre ouverte contre son rival (Lee Moran), les deux mettant la ville à feu et à sang avec leurs confrontations dans plusieurs lieux publics. Lorsque McQuigg parvient finalement à inculper Scarsi, celui-ci le fait rétrograder dans un poste de quartier éloigné du centre-ville, où il ne pourra plus interférer dans les histoires du magnat. Heureusement pour le capitaine, il parviendra à mettre la main sur le plus jeune des frères Scarsi, Joe (George E. Stone), lors d’une embardée, et McQuigg saisira cette chance inouïe pour prendre sa revanche sur Nick.

On sent rapidement que The Racket est adapté d’une pièce de théâtre à voir ses nombreux dialogues, son peu de scènes d’action (contrairement à ce qu’on attend d’un film de ce genre) et le peu de lieux visités tout au long du récit. Toutefois, cette construction donne l’occasion à la distribution de briller, surtout pour Meighan et Wolheim, qui portent vraiment le film à bout de bras. Wolheim, surtout, est excellent dans son rôle de « parrain » de la mafia. Il démontre qu’il peut jouer autant des rôles dramatiques que comiques (il est l’une des deux têtes d’affiche de Two Arabian Knights, une comédie, et il jouera d’ailleurs dans un autre film de Milestone deux ans plus tard, le brillant All Quiet on the Western Front, qui remportera l’Oscar du meilleur film). Sa prestance en fait un candidat de choix pour jouer le charismatique Scarsi, qui semble toujours en contrôle de la situation même lorsqu’il est acculé par McQuigg. Sans lui, The Racket serait complètement passé inaperçu, mais sa présence rend le film somme toute mémorable.

Sans être dans un film noir, nous sommes ici dans une enquête policière des plus conventionnelles. McQuigg tente d’accumuler les preuves contre Scarsi, qui lui met de nombreux bâtons dans les roues, offrant des pots-de-vin à toutes les autorités locales grâce à son avocat (Sam De Grasse). Toutefois, lorsque McQuigg tient enfin le cadet Scarsi, le film devient vraiment intéressant, d’autant plus que la présence d’Helen Hayes (Marie Prevost), une femme de caractère, vient dynamiser le tout. Les dialogues sont typiques des films de gangsters, mais sont tout de même efficaces. Nous mentionnions plus tôt que la plupart de l’action du film est assez statique, mais nous avons tout de même droit à une belle et crédible fusillade au début du film, très bien dirigée par Milestone. Sans être exceptionnel, The Racket est tout de même un film intéressant, quoique banal, qui nous tiendra investi par ses excellentes interprétations. Le film sera reporté à l’écran en 1951 avec Robert Mitchum, probablement pour amener cette histoire dans l’univers du cinéma parlant, mais la version originale a suffisamment bien vieilli pour que vous puissiez tout de même outrepasser son mutisme.

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