Summertime

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Lawrence of Arabia. The Bridge on the River Kwai. Doctor Zhivago. A Passage to India. On associe bien évidemment ces films au grand réalisateur britannique David Lean. Pourtant, ce serait laisser de côté une très grande partie de sa filmographie, au sein de laquelle, parmi les films épiques précédemment mentionnés, se trouvent divers drames plus intimistes, sobres et surtout tournés au Royaume-Uni. Ce sont par exemple les deux adaptations des romans de Charles Dickens (Great Expectations, Oliver Twist) ou encore le drame romantique Brief Encounter. Bref, quand on parle à David Lean, Summertime n’est donc pas le premier film qui nous vient à l’esprit. Toutefois, il revêt une importance capitale pour le réalisateur qui, avec ce projet, fait la transition entre ses récits plus intimes et ses grosses productions hollywoodiennes. Lean considère d’ailleurs Summertime comme son préféré parmi ceux qu’il a réalisés.

Jane Hudson (la toujours surprenante Katharine Hepburn), une secrétaire retraitée d’Akron, Ohio, est en voyage en Europe. Après un générique d’ouverture coloré qui dépeint son périple jusqu’à présent, on la retrouve alors qu’elle arrive, seule, à Venise, la ville des amoureux. En se rendant à la Pensione Fiorini, une auberge dirigée par la signora Fiorini (Isa Miranda), elle fait la connaissance des McIlhenny (Jane Rose et MacDonald Parke), des touristes américains en plein Eurotrip. Les Yaeger (Darren McGavin et Mari Aldon) logent également à la pension. Bref, il n’y a que des couples, ce qui renforce évidemment le sentiment de solitude qui habite Jane. En partant explorer la ville, elle fait brièvement la rencontre de Renato de Rossi (Rossano Brazzi) sur la Place Saint-Marc, avant de le croiser à nouveau le lendemain, alors qu’elle entre dans le commerce qu’il possède pour acheter un souvenir. Décidément, le hasard fait bien les choses…

En fait, toute l’histoire est construite autour de cette rencontre fortuite, qui évoluera bien évidemment en relation amoureuse avec son lot de rebondissements. Que serait un voyage à Venise sans histoire d’amour? On suit ainsi Jane et Renato alors qu’ils vivent des moments inoubliables, et ce malgré le fait qu’il soit marié. Il assure tout de même que lui et sa femme ont une relation « particulière » qui lui permet de vivre à l’occasion des aventures du genre. Jane vit cependant mal cette situation, du moins au début.

Si le scénario vous semble assez simple, vous ne rêvez pas. Il y a très peu de péripéties dans Summertime. Certes, on suit également la relation particulière entre Jane et Mauro (Gaetano Autiero), un jeune garçon de la rue qui piège les touristes, qui amène un peu de texture à la trame narrative. On a d’ailleurs droit à une scène marquante où l’enfant de 8 ans se met à fumer une cigarette offerte par Jane, ce n’est pas rien! Le récit principal, quant à lui, est assez oubliable, malheureusement. C’est une histoire que plusieurs célibataires en voyage auront peut-être vécue et qui pourra remémorer des souvenirs de voyages marquants. Pour les autres, vous n’éprouverez probablement pas un grand attachement à la relation entre Jane et Renato.

Pourtant, la force de Summertime ne réside pas dans l’histoire, mais bien dans le visuel global du film, qui est sublime. Premier film en couleur de David Lean, on remarque tout de suite l’ambition du réalisateur à représenter Venise sous tous ses angles. C’est le genre de film où de très longs plans fixes mettent en images les lieux importants de la ville, de la Place Saint-Marc au Grand Canal en passant par le Pont Rialto. Si cela pourrait en rebuter quelques-uns, j’admets avoir été charmé par les couleurs éclatantes et la beauté des plans mis en scène par Lean. L’importance du film tient plus à sa valeur archivistique, historique, qu’à ce qui fait d’un film un bon produit. Oui, on a droit encore une fois à une excellente performance d’Hepburn en femme forte et indépendante (ce qu’elle était dans la vraie vie, d’ailleurs). Très vite, cependant, on se met à vouloir voir de plus en plus d’images de la ville, et l’histoire devient rapidement secondaire. En ce sens, Summertime semble plus sorti de l’office de tourisme vénitien que d’un studio d’Hollywood. Il s’élève donc aux côtés des excellents films de voyage que sont The Motorcycle Diaries, Wild, The Darjeeling Limited et Into the Wild, entre autres.

N’enlevons pas tout au scénario, quand même. Il y a en effet quelques messages qui résonnent encore aujourd’hui, notamment concernant le tourisme. Si Venise a toujours été une destination prisée, on remarque déjà en 1955 un certain cynisme face à cette industrie, que ce soit au niveau des prix élevés, des produits « attrape-touristes » ou des compagnies de voyages organisés. Les McIlhenny, couple âgé parcourant le monde pendant quelques mois, sont le stéréotype du touriste américain déconnecté et émerveillé au moindre petit élément « exotique ». Il y a aussi quelques messages féministes véhiculés par Hepburn concernant la notion de « vieille fille », plus taboue à l’époque qu’aujourd’hui. « In America, every female under fifty calls herself a girl. After fifty, who cares? »

En contexte de confinement, force est d’admettre que le film a décidément suscité des envies de voyager. En ce sens, il a atteint, je crois, son objectif principal. Sa romance ne m’a pas fait vivre les émotions voulues, sauf peut-être à la fin qui, même si elle est prévisible, est intéressante. En replaçant le film dans son contexte, on remarque que c’est une vision assez romantique de l’Europe et des Européens qui est présentée. Elle fait un peu contraste avec les films italiens de l’époque, ou tout simplement des films européens qui viendront dans les années 1960 (avec la Nouvelle Vague entre autres), où l’on a une vision très grise et pessimiste d’une Europe d’après-guerre aux prises avec plusieurs maux sociaux. Cette vision assez romantique, voire même touristique de Venise n’est enfin pas très loin de celle que les étrangers peuvent s’en faire en observant brièvement le temps de quelques jours ou semaines la « façade » d’un pays.

Fait partie de la Collection Criterion (#22).

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