Pinocchio (2019)

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Près de vingt ans après que Roberto Benigni a réalisé et joué le rôle titre dans Pinocchio, le voilà de retour dans l’univers mythique créé par Carlo Collodi en 1883. Sous la direction du chevroné réalisateur italien Matteo Garrone (GomorrahDogman), Benigni y interprète cette fois Geppetto, le créateur de la fameuse marionnette. Le résultat est un film pour enfant assez mature, fidèle à l’esprit du roman d’origine et s’éloignant considérablement du ton enfantin de l’adaptation de Disney.

Le film s’ouvre sur les difficultés financières de l’ébéniste Geppetto (Benigni), qui peine à se trouver un travail auprès des habitants du village. Lorsqu’un cirque ambulant qui offre des spectacles de marionnettes passe par sa commune, il lui vient l’idée de sculpter sa propre poupée de bois. Sans le savoir, il emprunte une bûche enchantée à l’un de ses collègues et crée Pinocchio (Federico Ielapi), qui s’anime devant ses yeux. Du jour au lendemain, il se retrouve « parent » de la marionnette et essaie de l’élever comme son propre fils. Cependant, Pinocchio, curieux de nature, sèche ses cours et est kidnappé par le propriétaire du cirque. Il devra donc tenter de retrouver son chemin jusqu’à Geppetto en évitant les nombreux pièges qui lui seront tendus tout au long de son aventure.

Pinocchio impressionnera d’entrée de jeu par ses maquillages et costumes très élaborés et étonnamment fort crédibles. Plutôt que d’opter pour des images de synthèse (ce qui aurait été l’option la plus logique et la moins dispendieuse), Garrone propose plutôt un rendu réaliste de ses nombreux protagonistes. Ainsi, plusieurs acteurs, sous une couche de maquillage considérable, incarnent tour à tour des marionnettes, un escargot, des chiens de garde, un rat, un singe et j’en passe. Cela prend beaucoup d’audace pour oser faire confiance aux maquillages dans un cinéma qui devient de plus en plus digital, et le rendu est tout simplement magique. Entre des mains moins expertes, le film aurait rapidement pu devenir risible, mais l’équipe derrière Pinocchio (notamment le double oscarisé Mark Coulier) fait de l’excellent travail pour donner vie à ces personnages à moitié humains et à moitié animaux. Cette expertise se fait sentir d’entrée de jeu lorsque Pinocchio s’anime, mais ne cesse de nous surprendre à chaque nouveau personnage.

Une seconde chose qui marquera l’auditoire est le ton qui est donné au récit. Très enfantin dans ses interprétations, son visuel sombre et certaines de ses situations assez épeurantes font contraste avec la version romancée, aseptisée même, du conte d’origine proposée par Disney. On se croit par moments dans un film de Terry Gilliam ou de Tim Burton, qui allient bien souvent les récits enfantins à l’esthétisme gothique ou expressionniste. Comme ce fut le cas pour ces réalisateurs, les adultes auront l’impression que Pinocchio est trop mature pour des enfants, alors que ceux-ci éprouveront néanmoins beaucoup de plaisir à visionner le film. J’ai toujours davantage apprécié les cinéastes qui ne prennent pas les enfants pour des personnes à protéger, mais bien à éduquer. Tout n’est pas toujours à l’eau de rose et il ne faut pas avoir peur d’aborder des facettes plus difficiles de la vie, chose que des studios comme Pixar ont compris il y a plusieurs années.

Malgré ses nombreuses qualités, Pinocchio souffre de quelques problèmes de rythme qui ralentissent l’histoire et qui nous font décrocher à un certain moment. Quelques péripéties sont répétitives, notamment celles avec le rat et le renard qui, à la longue, deviennent lassantes, même si on fait un effort de diversifier les protagonistes et les environnements tout du long. De même, son humour enfantin pourrait faire décrocher certains parents, bien qu’il y ait malgré tout suffisamment d’éléments pour intéresser les petits comme les grands. J’aurais souhaité quelques moments mémorables qui auraient permis au film de s’élever parmi les meilleurs du genre, mais ils ne viennent jamais. Pinocchio demeure tout de même une histoire originale et efficace d’une élégance exemplaire, à voir au grand écran si possible.

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