Oliver Twist (1948)

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Les adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires sont nombreuses. Les aventures de 007 sont avant tout des romans, La belle et la bête est une adaptation d’un conte et les pièces de Shakespeare ont connu leur lot de versions cinématographiques ou télévisées. Il est plutôt excitant aujourd’hui d’apprendre qu’un roman que l’on a aimé lire sera adapté au cinéma ou à la télé. Ayant eu la chance de grandir avec la magie littéraire et cinématographique de Harry Potter, j’ai longtemps rêvé mettre le pied là où prennent place plusieurs grands classiques, qu’il s’agisse des aventures du petit sorcier, Peter Pan, Sherlock Holmes ou encore Oliver Twist. Œuvre-phare de la littérature jeunesse anglaise du XIXe siècle, le roman de Charles Dickens a connu moult adaptations au cinéma et à la télé. Dans le cadre de notre balado sur les films de la Collection Criterion, je m’attarderai pour cette critique à la proposition de David Lean en 1948.

Une femme qui va accoucher court dans un champ. On la trouve et on l’amène à une workhouse (littéralement « maison de travail ») où elle donne naissance à un petit garçon. La mère décédant des suites de l’accouchement, le bébé est transporté dans une pouponnière et grandira presque comme un esclave parmi plusieurs autres enfants. On le nomme Oliver Twist, car l’enfant étant arrivé là juste avant lui avait été nommé avec la lettre S. À la suite d’un jeu de courte paille qui le défavorise, Oliver demande à recevoir une seconde portion de son dîner, dans une scène iconique reprise de nombreuses fois où le personnage dit « Please, sir, I want some more! » Il n’en faut pas plus pour que l’administration décide de s’en débarrasser et de l’envoyer être l’assistant d’un thanatologue. Après un incident avec un autre des employés de cette nouvelle maison, Oliver part au lever du soleil et marche vers Londres, où il fait la rencontre d’Artful Dodger (Anthony Newley), l’un des garçons voleurs au service de Fagin (Alec Guinness, de retour avec Lean après avoir joué Herbert Pocket dans Great Expectations). En échange de ce que la bande rapporte chaque soir, Fagin leur offre hébergement et nourriture. Oliver s’intègre alors à cette petite famille, jusqu’à ce qu’un vol tourne mal et qu’on lui fasse un procès. Le vieil homme qui était la victime des garçons décide de l’amener chez lui au lieu de le condamner. En parallèle, apprenant la véritable identité d’Oliver, Fagin et ses associés se mettent en tête de le retrouver coûte que coûte, et le tout culmine dans une scène digne des meilleurs thrillers d’Alfred Hitchcock (cette scène ressemble à s’y méprendre à la fin de The Man Who Knew Too Much).

Oliver Twist est mon troisième film de David Lean (voir Summertime et Great Expectations) dans le cadre de cette série de découvertes signée Criterion. Si les images du premier étaient sublimes et que le film se voulait davantage un carnet de voyage, j’avais hâte de voir si les deux adaptations de Dickens proposées allaient être aussi satisfaisantes que ma première expérience. Je peux maintenant confirmer que David Lean est un maître de la cinématographie.

En effet, Lean a d’abord su comprendre que l’utilisation du noir et blanc permettait de jouer de façon particulière avec la lumière et les ombres. Plusieurs plans profitent donc de ces contrastes et le résultat est sublime. Étant donné que les personnages que l’on suit dans le film sont des enfants, certains moments adoptent leur point de vue et nous offrent un plan en contre-plongée, technique géniale pour nous placer aux côtés de ceux dont nous regardons l’histoire. Les décors sont aussi grandement inspirés de l’expressionnisme allemand des années 1920. Ne reniant pas ses racines littéraires, certains passages du film utilisent une narration en plus de quelques phrases écrites à l’écran, pour faire office d’ellipses temporelles nous permettant de retrouver Oliver plus loin dans son histoire.

Outre la cinématographie, force est d’admettre que la distribution est elle aussi excellente. On retrouve dans Oliver Twist plusieurs des acteurs ayant participé à Great Expectations. Alec Guinness y brille dans les deux films, malgré les controverses autour du personnage de Fagin dans celui-ci. On a reproché à Lean d’avoir stéréotypé l’image de Fagin (qui est juif dans le roman et pour lequel Lean s’est inspiré des illustrations dans le récit) sans jamais toutefois préciser sa religion. Fagin apparaît donc comme un vieil homme au long nez, et comme son personnage n’est pas le plus honnête et droit dans l’histoire, Lean s’est beaucoup fait critiquer. Francis L. Sullivan, qui jouait le gentil avocat rondelet dans Great Expectations, est ici le redoutable membre du conseil d’administration qui s’indigne devant la demande de l’enfant à recevoir plus de nourriture. Sykes (Robert Newton), l’ami de Fagin, fait réellement peur dans certaines scènes, et le chien acteur qui assiste au meurtre qu’il commet semble vouloir fuir le tournage quand on pointe la caméra sur son visage qui tremble. Du côté des gentils, le riche M. Brownlow apparaît comme une âme pure qui sera le sauveur d’Oliver et on voudrait tous passer du temps à lui parler dans sa grande bibliothèque.

Si Fagin et Sykes ne sont pas gentils, certaines scènes sont particulièrement difficiles, considérant que l’on regarde une adaptation d’un roman pour enfants. Son classement « général » aurait pu être modifié pour un PG, car il vaudrait peut-être mieux être présent avec les plus petits lors des scènes de pendaison et de meurtre. Aucune surprise dans ce cas que le genre ne soit que « drame » sur IMDb. Pourtant, des adaptations du roman sur Broadway ont aussi existé alors il est possible de proposer des versions plus légères de l’œuvre, comme ce semble aussi être le cas dans l’adaptation de Polanski en 2005, dont la bande-annonce suggère plus de plaisir pour l’enfant. Est-ce seulement Lean qui s’est donné ces quelques libertés scénaristiques?

Il est plutôt difficile de discerner si l’ensemble est réussi grâce à Dickens ou Lean. Après tout, les révélations finales viennent du roman et non du film. Cependant, le tout est amené en montage alterné efficace qui fait surtout confiance aux spectateurs afin d’assembler les morceaux (même chose dans Great Expectations). N’ayant pas vu les autres adaptations de ce classique littéraire, il m’est impossible pour le moment de répondre à mes propres questions. Je constate toutefois que Lean dirige le tout de belle façon.  On ressent les scènes comme si on y était, on se fâche, on s’impatiente, on s’insurge, et, finalement, on se calme, on reprend confiance et on retrouve notre cœur d’enfant.

Fait partie de la Collection Criterion (#32).

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