Mon cirque à moi

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Miryam Bouchard (M’entends-tu), une vétérane du petit écran, présente cette année Mon cirque à moi, son premier long métrage « très très librement inspiré d’une histoire vraie », la sienne. Proposant un récit traitant de relations père-fille, le film est l’une des seules nouveautés québécoises à l’affiche pour le moment (avec Flashwood), et a véritablement le potentiel de conquérir le cœur des spectateurs et spectatrices. Retrouvant un Patrick Huard plus tendre que jamais et une jeune Jasmine Lemée remplie de talent, Mon cirque à moi possède tous les éléments pour perdurer dans le paysage cinématographique québécois.

Le film raconte l’histoire de Bill (Huard), clown professionnel, et de sa fille Laura (Lemée). Alors qu’ils reviennent d’une tournée estivale dans la troupe de son père, elle fait sa rentrée scolaire en première secondaire. Malgré la liberté et l’ouverture d’esprit de son père au comportement non conventionnel, elle rêve en secret à une vie plus traditionnelle, où elle pourrait aller dans une bonne école secondaire, faire des activités parascolaires et avoir un cellulaire. Elle souhaite ardemment rentrer à l’école privée, où étudie son amie Juliette (Mathilde Boucher). Elle va donc tenter en secret de passer les examens de qualification pour joindre cette nouvelle école, avec la collaboration de sa professeure de mathématique Patricia (Sophie Lorain).

La distribution a été judicieusement sélectionnée, spécialement du côté de Patrick Huard qui fait un retour au grand écran depuis le mitigé Bon Cop Bad Cop 2 en 2017. On le connait bien évidemment pour ses rôles plus comiques, mais il a laissé miroiter à quelques occasions ses talents d’acteur dramatique. Ce rôle semble donc parfait pour lui, alors qu’il doit allier ces deux facettes dans le personnage de Bill. Toutefois, la meilleure du lot, selon moi, est Jasmine Lemée, tout simplement exceptionnelle. Elle joue à perfection un personnage très mature qui n’a pas peur de confronter son père et de faire connaitre son opinion. Alors que chez certain.e.s jeunes acteur.trice.s on peut parfois ressentir le scénario derrière leurs répliques, Lemée joue ici avec une fluidité et une authenticité digne de Lilou Roy-Lanouette (Jouliks) ou Irlande Côté (Une colonie) qui, bien qu’elles soient plus jeunes que Lemée, ont su transcender et s’approprier leur personnage. Toutes trois font partie de cette jeune génération d’acteurs et d’actrices talentueux.ses qui feront vivre le cinéma québécois d’ici quelques années. Le reste de la distribution inclut Robin Aubert, Sophie Lorain, Mathilde Boucher, Jean Lapointe, Louise Latraverse et Alain Zouvi qui, s’ils jouent à la hauteur de leur talent, n’ont pas vraiment l’occasion de briller, sauf peut-être Lorain qui interprète un personnage plutôt renfrogné. Sans être totalement convaincante, elle fait tout de même un travail adéquat dans les paramètres qui lui sont fixés.

Mon cirque à moi, c’est d’abord et avant tout un film sur la parentalité. Il s’approche un peu de Captain Fantastic, surtout au niveau des méthodes non-conventionnelles d’éduquer les enfants. Alors que dans ce dernier c’est surtout du point de vue du parent qu’on observe, ici on perçoit environ de façon égale les deux côtés de la médaille. Cela permet, je crois, d’être autant attirant auprès d’un jeune public que d’un plus âgé. Le film amène quelques réflexions intéressantes sur lesquelles nous pouvons tous réfléchir. On a tous souhaité quand on était jeune avoir la même liberté que certains de nos amis, ou avoir le sentiment qu’on a des parents assez peu permissifs ou compréhensifs. Ce film nous démontre que même si c’était le cas, on n’y trouverait probablement pas son compte non plus. Bill ne croit pas que l’école soit la meilleure façon d’apprendre, il ne veut absolument pas que sa fille pratique une religion (qui est l’opposé de la liberté), bref, il prône le bonheur et la liberté avant tout (ou du moins sa version de la chose). Toutefois, on se rend compte qu’il n’est peut-être pas la personne la plus libre, malgré ce qu’il dégage. On remarque qu’il essaie d’inculquer des valeurs à sa fille, mais toujours en les mettant en opposition à celles d’un mode de vie conventionnel. Au final, on remarque que Laura n’est pas plus heureuse dans cette situation, ce qui témoigne que le véritable problème dans la façon de Bill de voir le monde ne tient pas tant dans les valeurs traditionnelles, mais réside plutôt dans le fait de se faire inculquer, gaver même, d’une idée, plutôt que de nous-même déterminer ce que l’on souhaite prioriser. Ce film est une bonne étude de cas sur la parentalité dans son ensemble, et surtout sur les relations père-fille.

Le film n’est toutefois pas exempt de défauts, notamment au niveau du ton qu’il emploie. En fait, il y a une sorte de scission entre la première et la seconde moitié du film. Dans la première, plus joyeuse, on met plutôt l’accent sur le choc de la rencontre entre le mode de vie traditionnel et celui atypique de la famille. Ils vivent dans une roulotte avec un « indien » (Robin Aubert, qui ne fait pas d’appropriation culturelle malgré ce qu’on pourrait croire au premier regard) qui travaille dans la troupe, le tout, assez modestement. Laura n’a qu’un seul habit à se mettre pour aller à l’école, elle ne peut avoir les meilleurs effets scolaires, etc. Puis dans la deuxième moitié, le drame prend plus de place que la comédie, surtout après un spectacle que la troupe donne dans un parc de la ville. Des problèmes judiciaires surviennent, pratiquement au même moment qu’une division claire entre Bill et sa fille. Cette deuxième moitié est intéressante, obligatoire même, mais on sent que les situations sont tirées par les cheveux. Les réactions qu’ont certains personnages ne sont pas totalement crédibles, et on sent que le tout est un peu forcé. La partie comique du film est vraiment ce qui fonctionne le mieux, à mon avis.

Il y a également quelques soucis techniques qui m’ont dérangé, mais je m’embarquerai pas là-dedans, car je crois que ça ne dérangera pas la grande majorité de l’auditoire. Ce n’est peut-être que mon humeur qui a fait que les nombreux fondus au noir ou certains aspects du montage m’ont agacé plus qu’ils n’auraient dû. Au final, c’est un film à l’ambiance sympathique, surtout rehaussée par les colorés décors et costumes ainsi que l’excellente musique de Mathieu Vanasse. C’est un feel-good movie qui a plus à offrir que la moyenne. Même s’il s’inscrit comme un coming-of-age (un genre saturé au Québec depuis quelques années), il est la preuve que si la proposition est originale, on peut y ajouter un nouvel élément. J’ai bien hâte de voir quel sera le prochain projet de Miryam Bouchard, qui nous démontre l’étendue de son talent ici.

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