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Pier-Luc Funk en vedette de Flashwood , le 1 er film de Jean-Carl ...

Jean-Carl Boucher est bien connu pour interpréter l’alter ego de Ricardo Trogi dans la trilogie 1981-1987-1991. Peut-être en s’inspirant de ces films, Boucher prend la décision en 2012 d’amorcer un nouveau projet à la Boyhood, cette fois derrière la caméra. Flashwood, c’est une ode à la jeunesse en banlieue, un regard sur le passage à la vie adulte fait avec douceur et un désir d’authenticité, tourné sur une période de sept ans. Si le Québec regorge d’histoires coming-of-age de qualité (Une colonieJeune JulietteLa disparition des luciolesAvant qu’on explose), Flashwood a suffisamment d’éléments pour se distinguer de tous ces titres, en bien comme en mal.

Le film suit une bande de jeunes issus de la banlieue, qui se retrouve l’été, à quelques années d’intervalles. On les rencontre adolescents, déambulant en forêt et dans la cour arrière d’un typique commerce, en train de boire allègrement. Ces jeunes, ce sont Luc (Pier-Luc Funk), Ti-Max (Maxime Desjardins-Tremblay), Chris (Laurent-Christophe De Ruelle) et Gen (Carla Turcotte). Il y a également Louis (Simon Pigeon), un entrepreneur né, qui tente de se bâtir une clientèle d’une entreprise de tonte de gazon, et Hugo (Antoine DesRochers), le jeune frère de Luc, qui vit une amourette avec Camille (Karelle Tremblay). Puis cinq ans plus tard, ils sont tous devenus adultes. Louis a finalement mis sur pieds sa propre compagnie, où Luc, Chris et Didier (Didier Emmanuel) travaillent. Hugo semble s’enfoncer dans un gouffre alors qu’il vend de la drogue et prévoit un cambriolage. Stéphanie (Rose-Marie Perreault) et Julie (Jeanne Roux-Côté) sont les fréquentations du groupe, bref, jeunesse se vit. Puis, dans un dernier saut temporel, on les retrouve un an plus tard, où le poids des responsabilités se fait sentir. Tout au long de ces segments, ils et elles se questionnent sur leur avenir, leurs ambitions, leurs désirs sexuels et amoureux.

Le film se présente sous la forme de différentes vignettes dont le seul but est de présenter une tranche de vie dynamique des personnages. S’il n’y a pas de véritable fil conducteur dans ces segments (sauf peut-être dans la seconde période du film), l’objectif ici est plutôt de faire état de la vie adolescente. On y retrouve les habituelles relations amoureuses, l’alcool, la drogue, souvent dans une ambiance loufoque et sympathique. Toutefois, c’est là que réside la principale (et majeure) faiblesse de Flashwood. Il n’y a pas de véritable but au film, si ce n’est de recréer une dynamique de groupe, une authenticité, rarement ressentie au cinéma. Chaque segment se veut une tranche de vie décousue et confuse qui nous laisse sur notre faim. Alors qu’on se veut authentique, on se retrouve avec un film qui sonne faux.

Parlons de cette authenticité, rendue en partie par l’improvisation des acteurs et actrices. Nous sommes dans une situation de « ça passe ou ça casse » lorsqu’on choisit de tourner un film de cette façon. Lorsque ça fonctionne bien, on peut se retrouver avec un petit bijou comme Before Sunrise, mais on peut également se retrouver avec Mon ami Walid et créer de l’improvisation qui ne mène à rien. Dans Flashwood, cette technique marche à moitié. Dans certains segments, on sent vraiment la chimie qui opère entre les acteurs et actrices. Les scènes sont banales, mais de la bonne façon, c’est-à-dire qu’elles nous rappellent des moments que nous avons déjà vécus sans s’en rendre compte. Lorsque Luc et Hugo se tiraillent, on a droit à un vrai beau moment authentique. Par contre, on tombe souvent du mauvais côté de cette technique, dans une situation de fausse authenticité. C’est un sentiment très difficile à exprimer, et que je résumerais par la sur-improvisation de la distribution. Un peu comme un acteur qui surjoue, celui qui « surimprovise » tente d’arriver avec des dialogues tout faisant un trop grand effort de vouloir les rendre authentique. Ce sentiment se ressent beaucoup dans la seconde partie du film, surtout concernant le cambriolage. Tout le monde tourne autour du pot, en mentionnant « ce qui va se passer ce soir », comme si tout le monde est au courant de la chose mais qu’on veuille entretenir une fausse aura de mystère qui n’est pas crédible. Ce faisant, on se retrouve avec des dialogues contre-productifs qui nous mettent dans l’attente d’un gros événement, qui ne sera que présenté brièvement et qui n’aura vraisemblablement pas beaucoup d’impact sur la vie des protagonistes.

Une autre de ces scènes consiste en une discussion complètement vide de sens entre Sylvain (Martin Boily) et sa fille (Sophie Nélisse), dont les répliques sont plus futiles les unes que les autres. Des moments comme ceux-là, il y en a beaucoup dans Flashwood. Il y en a trop, en fait. Ce vide continuel a vraiment miné mon visionnement, et m’a profondément frustré. La faute ne revient pas totalement aux acteurs et actrices, qui selon moi font tout de même un bon travail, mais plutôt à Boucher, qui aurait dû, à mon avis, un peu mieux diriger, encadrer sa distribution.

C’est vraiment dommage, car Boucher nous montre qu’il possède véritablement les qualités d’un bon réalisateur. Il possède un talent de la mise en scène, comme le démontrent de nombreux plans contemplatifs d’une grande beauté. L’esthétisme du film rappelle le visuel des vidéoclips d’Arcade Fire et a de quoi redonner du charme aux banlieues fades. Cet aspect, combiné à une certaine intemporalité, donne à Flashwood une signature visuelle non pas unique, mais qui fait contraste avec le réalisme de la plupart des productions québécoises. Nous ne sommes pas en présence d’un film à la Terrence Malick, mais force est d’admettre que la photographie est sublime, surtout combinée à la musique de Pierre-Philippe Côté et aux quelques ralentis contemplatifs.

Toutefois, le visuel seul ne peut sauver Flashwood. Je suis très déçu, frustré même, de ne pas l’avoir apprécié autant que je l’aurais voulu. Avec un scénario classique, j’aurais octroyé une meilleure note au film. Par contre, le récit m’a laissé pantois tout du long, et m’a fait oublier les autres bons aspects du film tellement sa pauvreté m’a atteint. C’est un bon premier essai du jeune Jean-Carl Boucher, qui laisse paraître quelques flash de génie. Toutefois, il devra trouver un fil conducteur à ses prochains films s’il veut espérer poursuivre dans cette branche.

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