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Il est facile, voire naturel, de dresser des parallèles entre La marina et Flashwood, sorti il y a quelques mois. Ce sont deux récits initiatiques faits par de jeunes acteurs ayant fait le saut à la réalisation, construits comme de longues tranches de vie qui tentent de représenter le mal-être dont semble affligée la génération Alpha (celle qui suit les « Milléniaux »). Est-ce qu’on assiste au début d’une nouvelle vague de films québécois qui met de l’avant cette crise identitaire qui touche la jeunesse d’aujourd’hui? Une chose est certaine, il faudra faire mieux si ce genre aspire à s’élever au même niveau que les Slacker et Boyhood de ce monde, tant dans le fond que dans la forme.

On y suit Charlie (Rémi Goulet), un champion de planche nautique qui, écarté de la compétition en raison d’une blessure, se trouve un emploi dans une marina pour l’été, quittant ses Laurentides natales. Il noue alors une relation amoureuse compliquée et éphémère avec Juliette (Rose-Marie Perreault) et entretient une rivalité avec l’un de ses compétiteurs sportifs.

La marina est le genre de film dont les dialogues se veulent authentiques, mais dont le rendu paraît à l’occasion trop scripté. La ligne est mince entre des situations immersives et celles qui sonnent faux, et ici malheureusement on ne parvient jamais véritablement à nous plonger au coeur des préoccupations des protagonistes. Le tout est peut-être plus flagrant en raison du fait que les scènes traînent en longueur, ce qui est commun dans ce genre de récit, mais qui ici ne fonctionne pas. Certes, on émule bien le type de conversations vides qu’on peut avoir entre amis, mais c’est assez peu stimulant lorsque transposé au grand écran.

La faute ne revient pas totalement à la distribution, qui fait du mieux qu’elle peut avec le scénario qu’elle a. La chimie ne passe pas toujours entre eux, mais tous font quand même un bon travail pour créer un microcosme relativement crédible. Le résultat n’est pas du même calibre qu’un film de Xavier Dolan, mais fonctionne mieux ici que dans Flashwood, par exemple. Toutefois, on sent que la relation entre Charlie et Juliette est forcée à certains moments, et que tous les personnages sombrent un peu dans la caricature, à défaut d’être authentiques.

Avec une réalisation des plus rigides, il y a donc bien peu à se mettre sous la dent avec La marina. On semble assister à un mouvement de récits initiatiques davantage contemplatifs, un genre qui à mon avis trouvera difficilement sa niche au Québec. On ressent néanmoins le besoin criant de la jeunesse artistique à vouloir s’exprimer et sortir du moule cinématographique québécois, et plutôt que de les lancer dans le vide sans accompagnement adéquat, on devrait mieux les encadrer pour qu’ils puissent s’épanouir pleinement dans des films aux budgets respectables et aux ambitions réalistes. Espérons que cette opportunité se présentera un jour, mais on se demande si un film comme La marina les aidera à cet égard.

La marina est disponible sur Crave dès le 12 mars 2021.

Les images sont une gracieuseté de Films Opale.

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