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Ce qui devait arriver arriva : après les grands succès des deux premiers American Pie, on peut retrouver la bande deux ans après le second dans American Wedding, dont le titre laisse déjà présager un projet différent. Maintenant qu’on a vu sensiblement deux fois la même histoire se dérouler devant nos yeux, est-ce que le troisième film sera à la hauteur de nos attentes? Il semble cette fois plutôt risqué de reprendre les mêmes idées et de les adapter encore une fois à un environnement différent. American Wedding entrera-t-il dans la catégorie de ces derniers de trilogie qui ne sont pas à la hauteur des deux premiers? Malgré quelques essais honnêtes, force est de constater que l’énergie et le public semblent ne pas se rejoindre dans ce cas-ci.

Trois ans ont passé depuis la fin du deuxième film. L’université étant maintenant derrière les héros, on retrouve Michelle (Alyson Hannigan) et Jim (Jason Biggs) au restaurant, alors que celui-ci se prépare à faire la grande demande. Ayant oublié la bague à la maison, c’est son père (toujours le charismatique Eugene Levy) qui viendra sauver la situation, non sans nous donner, encore une fois, une scène d’introduction embarrassante pour Jim. Michelle dit oui, et dès lors, les préparatifs commencent. On rencontre alors les parents de la mariée, interprétés par Fred Willard et Deborah Rush, et sa jeune sœur Cadence (une jeune January Jones), qui deviendra le centre d’attention de Finch (Eddie Kaye Thomas) et Stifler (Seann William Scott) tout au long du film, et renforcera leur rivalité. Afin que sa fiancée ait le mariage de ses rêves, Jim et la bande vont donc se rendre à Chicago pour convaincre un couturier de confectionner la robe de Michelle, en s’adonnant au détour à un combat de danse dans un bar gai (pourquoi pas). Ne sachant pas danser, Jim demandera aussi des leçons à nul autre que Stifler. Robe, fleurs, gâteau, hôtel, vœux ; toutes les étapes de la planification seront présentées, en n’oubliant évidemment pas le très attendu enterrement de vie de garçon, organisé de façon presque orgasmique par Stifler.

Dans ce troisième film, les choses sont bel et bien différentes, pour le meilleur… et pour le pire. On sait depuis le début de la trilogie que Stifler et Finch sont pratiquement à l’opposé l’un de l’autre. Alors que le premier boit de la bière et est présenté comme un sportif insensible voulant coucher avec le plus de filles possible, le second est nettement plus raffiné, préférant le scotch, la philosophie, la méditation et les femmes mûres. L’aventure entre la mère de Stifler (la toujours plantureuse Jennifer Coolidge) et Finch ajoutera aussi à la rivalité entre les deux. Dans Wedding, la venue de Cadence poussera Stifler à se présenter sous un nouveau jour afin d’être choisi par la mère de la mariée comme garçon d’honneur. On le voit alors comme on ne l’a jamais connu : il porte des cardigans et des pantalons beiges, ses cheveux sont peignés, son langage s’est raffiné et son rire est devenu poli. Constatant cette transformation pour le moins feinte, Finch a l’idée de devenir une sorte de Stifler à son tour, ce qui pour sa part se résume à blasphémer plus souvent, et prendre le surnom que son opposant s’était donné, le Finchmeister (par opposition au Steifmeister). Pour nous amener ailleurs, c’est bien réussi, et ce sera intéressant de voir quelle personnalité réussira à charmer Cadence.

Cependant, même si cette idée est intéressante et nous occupera l’esprit pendant le film, on ne peut s’empêcher de remarquer que la bande originale n’est pas complète cette fois-ci. En effet, Wedding a jugé que les personnages d’Oz, Heather, Jessica, Vicky et Nadia n’étaient pas nécessaires. Il est vrai que de voir l’exe de Kevin et sa meilleure amie ne se prête peut-être pas totalement au contexte du mariage. Mais le fait de ne pas voir Oz (Chris Klein) pendant l’enterrement de vie de garçon ou même aux côtés du marié à la cérémonie ne plaira certainement pas aux fans de la série. L’acteur avait d’ailleurs dit en entrevue qu’il n’avait jamais refusé d’apparaître dans le film, seulement que son personnage en avait été écarté. J’aimerais pouvoir dire qu’ils auraient pu le substituer à Kevin (Thomas Ian Nicholas) à la place, mais ce serait encore une fois bien triste de ne pas le retrouver lui non plus. Honnêtement, à quoi ont-ils pensé de ne pas présenter le quatuor au complet? Évidemment, Nadia (Shannon Elizabeth) n’avait pas sa place là non plus, surtout considérant son passé avec les autres personnages, mais lorsqu’on présente le film comme le dernier d’une série (American Reunion n’arrivant que huit ans plus tard), il me semble que l’on doit offrir une conclusion satisfaisante à toutes ces trames narratives alternatives. Quand même les deux amis qui ont popularisé le terme MILF sont de la cérémonie, on a un problème. Et des problèmes, il y en a d’autres.

Je n’ai jamais compris pourquoi l’enterrement de vie de garçon se faisait sans Jim, et je ne le comprends toujours pas aujourd’hui. En effet, Stifler, Kevin et Finch s’invitent chez les parents du marié pour une soirée de débauche avec deux danseuses qui incarneront une policière et une femme de ménage pour les besoins de la cause. Cette scène, par ailleurs, est vraiment longue (surtout dans la version non-censurée) et semble n’être qu’un patchwork pas vraiment efficace de plusieurs moments de quelques secondes qui répondent tous à l’un ou l’autre des fantasmes masculins habituels. Le tout en est donc un amalgame plutôt décousu, duquel on ne retire pas vraiment de plaisir, et dont l’humour ne réussit pas non plus.

Avoir invité Stifler à la cérémonie et à la préparation de celle-ci peut rendre anxieuse une mariée. Alors qu’il voulait aller retrouver Cadence, Steve éteint les ventilateurs d’une pièce où les bouquets sont entreposés, causant alors la mort des fleurs à quelques heures du mariage. Lorsqu’il veut se rattraper, il se rend au milieu de la nuit à la maison de la fleuriste pour la convaincre de recommencer le travail. Il lui sert alors un pitch de vente peu convaincant qui, pour une raison qui échappera un spectateur adulte, fonctionne. Contrairement à tous les autres moments du genre dans les comédies pour adolescents, le discours en question ne se veut même pas inspirant, et je ne comprends encore pas pourquoi on n’a pas versé là-dedans, afin de rendre le tout au moins un peu plus crédible que ce que l’on nous sert finalement.

Cet humour, caractéristique aux deux premiers volets, fonctionne plus ou moins cette fois. En effet, on apprécie d’un côté le fait que le film ne retombe pas dans la même formule que les précédents, mais on se désole de l’autre que les situations n’aient pas évolué au même titre que les personnages. Si l’on a pu rire dans les précédents, on ne retrouvera pas autant d’éléments efficaces ici.

Quand on considère American Wedding comme le dernier (avant qu’arrive Reunion en 2012, et sans compter les quatre films de la série alternative), on se retrouve à demi satisfaits. On aime le principe du mariage, on aime moins les essais humoristiques. Si on peut pardonner l’humour, on ne pardonnera toutefois pas l’absence de certains personnages clés. C’est, tristement, le moins réussi de la trilogie originale, mais on a jugé pertinent de bâtir les quatre prochains scénarios sur des éléments vaguement abordés dans les trois films, sans aucun des personnages principaux, si ce n’est de la présence toujours réconfortante d’Eugene Levy. Ça promet…

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