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La franchise American Pie, avec ses quatre films officiels (bientôt cinq, le prochain projet n’ayant que peu de détails actuellement sur IMDb) et également cinq officieux de la série alternative American Pie Presents, nous transporte depuis 1999 dans des aventures comiques et sexuelles mettant presque toujours à l’avant plan le fantasme masculin. En 2020, on a plutôt choisi de changer le paradigme de ces films pour présenter le premier de la série se concentrant sur des filles, sans pour autant modifier les thèmes. Quête sexuelle, découverte de soi et fantasme sont toujours au cœur du récit, mais de façon différente cette fois. Critique du petit dernier de la grande franchise, en attendant de voyager vers Las Vegas pour le prochain!

Après une énième tentative infructueuse de perdre sa virginité avec son copain qui est maintenant déménagé pour poursuivre ses études universitaires, Annie (Maddison Pettis) et ses amies Stephanie Stifler (Lizzie Broadway), Michelle (Natasha Benham) et Kayla (Piper Curda) font le pacte qu’elles trouveront enfin un garçon qui correspond à leurs idéaux, et ce avant le « Morp », soit « prom » à l’envers, qui se tiendra dans cinq semaines. Facile, quand, dans la première semaine de leur nouvelle année scolaire, elles font toutes la rencontre de Grant (Darren Barnet, dont la ressemblance avec les frères Franco est troublante). Le fils de la nouvelle directrice (Sara Rue) semble être tombé du ciel quand il accepte de rendre jaloux l’ex de Kayla et qu’ils se partagent des cafés toute la semaine. Encore plus quand Michelle le rencontre dans un corridor et décide de lui faire visiter l’école. Stifler, pour sa part, le frappera d’une balle de crosse avant de venir se présenter et engagera son meilleur ami d’enfance pour avoir des informations à son sujet afin de le charmer. Reste Annie, qui espère toujours que sa relation à distance pourra fonctionner, mais Grant lui fera savoir assez rapidement qu’elle est de son goût. Cette nouvelle viendra donc rapidement changer la dynamique dans le groupe de filles…

Plusieurs choses fonctionnent avec Girls Rules et plusieurs autres sont moins convaincantes. D’entrée de jeu, on pourra aimer – ou non – le fait que le film se concentre sur une bande de filles. J’imagine que c’est plutôt rendu la norme de vouloir féminiser les projets, et, contre toute attente, le film le fait bien. La personne à la tête de l’école est une femme. Les filles du groupe sont toutes très belles et intelligentes. Le personnage de Michelle, même, est une femme qui assume tous ses fantasmes et est totalement à l’aise avec son corps et sa sexualité. Sa collection impressionnante de vibrateurs tous plus saugrenus que les autres (avec une espèce de bubble head de J.F.K) pourra nous faire sourciller, mais il faut avouer que les orgasmes qu’elle atteint en écoutant de vieux discours du Président sont plutôt comiques. Même si la perte de la virginité d’Annie demeure au centre du récit comme dans plusieurs autres American Pie, le moment charnière du film (le typique moment triste où les personnages « apprennent la vérité » avant de se retrouver dans une finale éclatante) n’est pas totalement construit comme tous les autres de films semblables, et on saluera ce répit scénaristique.

Cependant, Girls Rules n’est pas dépourvu de prévisibilité. Il est particulièrement facile de savoir où l’histoire se dirige, scène après scène. Les mises en scène, justement, sont répétitives dans ce vaste univers qu’est le cinéma. Par moment, on prend le spectateur non pas par la main mais par le bras au complet pour l’amener où on veut le conduire. D’une part, les relations à distance fonctionnent rarement. Le spectateur le sait d’emblée, mais les personnages semblent conserver un peu d’espoir. D’autre part, les quatre filles ont au moins un garçon important dans leur vie, et le calcul se fait tout seul à partir de là. Si on accepte que tout soit présenté de manière aussi évidente, on pourra passer un bon moment.

L’une des grandes caractéristiques des films de la franchise est que la nudité y est omniprésente, pour le bonheur des hommes qui les regardent. Cette fois, aucune paire de seins ne sera visible, et les moments en bikini sont plutôt rares. On dit que l’idée de présenter de la nudité masculine avait été discutée, mais il n’y en a pas non plus. Encore une fois, le film se place davantage du côté féministe de la chose. On aimera probablement ce « vent de fraîcheur » mais on regrettera assurément de ne pas pouvoir coller l’étiquette « American Pie » sur le produit final.

En effet, si ce n’est du personnage de Stifler (une des seules qu’on a cru bon affubler d’un nom de famille), et de la présence facile de plusieurs tartes (aux cerises, celles-là, bien joué), plusieurs éléments forcés nous rappellent qu’on est dans un American Pie. L’uniforme de l’équipe de crosse, la ville et l’école, certes, mais où est passé Eugene Levy, et pourquoi ne pas partager un repas de hotdogs au restaurant? Plus près dans sa construction du premier film de la série que tous les autres des American Pie Presents, Girls Rules pourra nous plaire timidement ou nous agacer profondément.

C’est donc une aventure polarisante qui attend les spectateurs avec ce dernier de la grande famille. Plusieurs bons coups et plusieurs ratés sont à prévoir. Au final, Girls Rules s’inscrit davantage dans les films des dernières années avec une volonté de présenter des filles intelligentes et ayant des ambitions (Michelle rappellera assurément les filles de Booksmart), que dans une série où le sexe prime sur tout le reste. On se retrouve ici dans une comédie romantique prévisible pour ados avant tout, et chercher plus loin que ça amènerait son lot de déceptions.

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