Tinker Tailor Soldier Spy

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Adaptation du célèbre roman d’espionnage de John le Carré, Tinker Tailer Soldier Spy suit l’enquête de Smiley (Gary Oldman), agent du MI6 que le gouvernement britannique mandate de trouver une taupe parmi les hauts dirigeants des services secrets. Control (John Hurt), ancien leader de l’organisation, avait eu vent d’un agent double à l’interne, mais, après une opération ratée à Budapest dont le but était de récupérer le nom du traître et ayant mené à la mort de l’agent Jim Prideaux (Mark Strong), il a été écarté de ses fonctions et s’est éteint d’une crise cardiaque peu de temps après.

Il en revient donc à Smiley, que l’on sort de sa retraite, d’enquêter sur Percy Alleline (Toby Jones), Toby Esterhase (David Dencik), Roy Bland (Ciarán Hinds) et Bill Haydon (Colin Firth), les quatre suspects de l’affaire. Smiley fait ainsi équipe avec Peter Guillam (Benedict Cumberbatch) et Mendel (Roger Lloyd Pack) pour mener à bien sa mission, et s’ensuit une série d’interrogations et de fausses pistes au sein d’un climat paranoïaque typique de la guerre froide des années 1970.

Peut-être moins connu en Amérique que son plus extravagant et glamour compatriote James Bond, l’agent Smiley fait véritablement partie de la culture littéraire et cinématographique britannique. Ce récit ayant déjà été adapté en minisérie par la BBC en 1979 (avec le légendaire Alec Guinness dans la peau du personnage principal), Tinker Tailor Soldier Spy, du réalisateur suédois Tomas Alfredson (Let the Right One In) est la quatrième adaptation cinématographique des aventures de l’agent, dont la plus connue est probablement The Spy Who Came in from the Cold. Il est donc évident que le public britannique possède avant même d’entamer le visionnement certains codes de l’univers établi par le Carré.

Mais telle chose ne sera pas le cas de tout public, et c’est là où le bât blesse avec cette nouvelle adaptation. En fait, c’est dans sa structure qu’il accrochera ou perdra ses spectateurs. Le scénario signé Bridget O’Connor (décédée avant la sortie du film) et Peter Straughan est truffé de non-dits et de subtilités qui seront souvent déroutants pour l’auditoire n’ayant pas lu le roman. J’avoue que je ne sais pas trop où me situer sur ce point, qui est à la fois une force et une faiblesse du film. D’une part, j’apprécie vraiment quand un film ne nous gave pas de dialogues explicites et essaie de nous montrer plutôt que de nous dire ce qui se passe à l’écran. Le cinéma est un médium visuel, après tout!

D’autre part, pour reprendre une expression familière : « trop c’est comme pas assez ». Adopter cette méthode à quelques moments dans le film rend le tout original ; l’utiliser pour chacune des transitions entre les scènes ou pour chaque nouvel élément incriminant est déboussolant et parfois incompréhensible. Même le dénouement final, où l’on se serait attendu à une scène plus explicite, question que le public comprenne la conclusion de l’enquête, demeure assez nébuleux sur certains points. Il faudrait probablement à l’auditoire plus d’un visionnement pour saisir toutes les subtilités du récit, mais on peut se questionner à savoir qui voudrait réellement persévérer à ce point si l’on a décroché dès les premières minutes du film.

Heureusement, la distribution toute étoile pourra en garder certains investis. Chacun joue son rôle à perfection, à commencer par Oldman qui fait justice à la personnalité silencieuse et méditative de Smiley. Comme on le mentionnait plus haut, on est loin d’un James Bond, niveau charisme, mais évidemment beaucoup plus près d’un véritable agent du MI6 tout droit sorti du cinéma noir des années 1940. La subtilité du jeu d’Oldman – qui lui a valu une nomination aux Oscars – rend bien l’incertitude constante qui plane autour de l’enquête et le sentiment qu’on ne doit jamais avoir confiance en rien ni personne. Menant son enquête de loin, il n’interagit que peu avec le reste de la distribution, bien que chacun ait l’occasion de faire état de leur talent. Du lot susmentionné, on doit ajouter Tom Hardy qui, dans un petit, mais essentiel rôle, réussit à tirer son épingle du jeu. Tous sont sur la même note, et on ressent vraiment le respect qu’ils portent à l’œuvre de le Carré et à l’objectif du réalisateur d’en proposer une adaptation efficace et somme toute fidèle.

Outre que dans la structure du récit, on ressent véritablement un hommage aux années 1970 dans plusieurs éléments de la photographie, des décors, de la musique (du compositeur Alberto Iglesias, fidèle collaborateur de Pedro Almodóvar) et de l’ambiance générale du film. Cette paranoïa qui affligeait le monde à l’époque en raison de l’incertitude constante causée par la guerre froide est bien rendue, ce qui complémente un film qui n’aurait pu reposer que sur son scénario.

Alors, quoi penser de ce Tinker Tailor Soldier Spy? Pour certains, il ne sera absolument pas digeste, alors que pour d’autres il relèvera du tour de force. La plupart se situeront quelque part entre les deux, toutefois. Je fais confiance à le Carré et aux scénaristes, au sens où même si je n’ai pas compris pas toutes les ramifications de l’enquête, je suis sûr que les éléments de réponse sont là, mais que je ne suis tout simplement pas parvenu à tous les capter. Un second visionnement pourrait confirmer le tout, pour autant qu’on ait envie de retourner vers ce film particulièrement demandant. Il pourra néanmoins, pour certains, être très récompensant : lorsqu’on parvient à voir clair parmi la subtilité de ces éléments, on a un réel sentiment de satisfaction. Ceci dit, il manquera peut-être un peu d’attachement émotionnel envers à la fois l’enquête et ses protagonistes pour qu’on y trouve pleinement son compte. À écouter en format DVD ou sur demande, en faisant « pause » à plusieurs reprises!

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