The Assistant

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Suivant la vague du mouvement #Metoo et des nombreuses histoires d’horreur et accusations visant des géants de l’industrie cinématographique, The Assistant nous emmène dans les coulisses froides, lourdes et fades de cet exécutif qu’on ne nomme pas, qu’on ne voit jamais et qu’on entend très mal à travers les murs de son bureau ou au téléphone. On ne sait pas pour quelle compagnie on travaille, et on ne sait pas non plus exactement ce qui se passe derrière la porte de ce bureau, mais on sent, rapidement, que quelque chose se passe.

Jane (Julia Garner, Ozark) est l’une des assistantes (car ils sont trois et seront bientôt quatre) du patron d’une compagnie de production importante. Le récit, tout simple, nous fait partager son quotidien pendant exactement une journée. On ne fête pas d’anniversaire d’embauche, rien n’indique pourquoi c’est « cette journée » qu’on a choisi de représenter plus qu’une autre. Les tâches sont répétitives, Jane devant surtout organiser et déplacer tous les rendez-vous dans la journée du patron, faisant aller ses nombreux contacts pour ajouter des invités aux voyages d’affaires, réserver de nouvelles chambres d’hôtel ou retarder un vol par exemple. Entre les multiples coups de fil qu’elle passe dans sa journée, elle fait des photocopies de scripts, commande les lunchs et accueille la quatrième assistante, une trop jeune et trop belle nouvelle employée, qui n’a aucune expérience préalable. Elle fait aussi la vaisselle des autres, nettoie les miettes après les réunions d’exécutifs et s’assure que le bureau du patron soit toujours bien en ordre avant son prochain rendez-vous.

Contrairement à Bombshell, qui traite sensiblement du même sujet, The Assistant n’est pas vibrant de couleurs. Les bureaux de la compagnie ne sont pas grandioses. Ils sont même assez tristes et n’inspirent pas la grandeur. Si les cubicules, les tapis et les néons sont présents dans les deux cas, les lumières artificielles de The Assistant se font toujours entendre quand Jane mange, pense et marche; bourdonnant trop fort au même titre que les conversations, le trafic des rues, le four à micro-ondes ou le mélangeur de la cuisine. En fait, tout dans son environnement de travail lui est hostile, du regard des autres (des hommes pour la plupart) aux multiples rencontres qu’elle fait dans l’ascenseur.

Si déballer une boîte pleine d’injections pour contrer les problèmes érectiles ne l’a pas choquée, devoir mentir à la femme de son employeur lui fera subir les représailles de ce dernier, qui en profitera pour lui rappeler qu’elle n’est pas exceptionnelle… deux fois plutôt qu’une. Et, chaque fois, ses collègues assistants lui viendront en aide pour la rédaction de ses courriels d’excuses, suggérant des tournures de phrases qui feraient en sorte qu’elle conserve son emploi, allant rapidement à se dégrader elle-même et mettre la compagnie sur un piédestal, car n’est-ce pas comme ça qu’on la perçoit, de l’extérieur?

Pendant sa journée, Jane garde la tête haute à travers toutes les situations difficiles qui lui sont présentées. Mais quand elle entend ses collègues supposer que le patron se trouve à l’hôtel où elle vient de déposer la nouvelle assistante, et rire entre hommes en se rappelant de « cette fois-là à Cannes », elle décide de se rendre aux ressources humaines, dans un autre établissement. Rapidement, on lui demande ce qu’elle veut faire dans cinq, dix ans. Ayant des aspirations dans le monde du cinéma, on lui rappelle froidement la chance qu’elle a de travailler ici. Est-ce qu’une plainte, qui pourrait passer pour de la jalousie mal placée envers sa nouvelle collègue, vaut vraiment la peine de gâcher son futur dans l’industrie? Pas besoin de s’inquiéter toutefois, Jane se fait aussi informer qu’elle est loin d’être du genre du patron physiquement, et qu’elle ne court aucun « danger ».

Tout dans le film fait en sorte qu’on se place aux côtés de Jane. Les conversations sont entendues de sa position, étant parfois distinctes, mais souvent étouffées. La caméra fait un bon travail pour nous rappeler que l’assistante ne cadre pas totalement dans son environnement, la plaçant plus souvent qu’autrement loin des autres, et son chandail rose, assurément, détonne parmi les complets foncés des autres employés.

Il est certain que The Assistant n’est pas pour tout le monde. On ne nous explique jamais vraiment ce qui se passe dans cette boîte, car tout est dans le sous-texte. Jane trouve une boucle d’oreille dans le bureau du patron, nettoie une tache sur le sofa, émet des chèques à des gens qui ne sont pas nommés sur sa longue liste, mais on lui assure que le patron saura à qui va l’argent. On peut donc se faire l’idée qu’on veut de ce qui nous est présenté, mais à travers le silence oppressant qui règne au bureau, les actes qu’on devine ingrats sont autant de témoins d’un environnement malsain. Et ce qui est le plus dommage ici, c’est cette idée selon laquelle ces événements qui ne sont jamais nommés ou montrés se produisent tous les jours. Les hommes autour de Jane y sont tellement habitués que c’en est devenu des blagues entre eux.

On dit que si l’on veut savoir ce que c’est de travailler quelque part, il faut demander aux assistants, car ils savent tout. En plus de nous présenter un côté peu glorieux de l’industrie du cinéma, The Assistant met en scène un patron horrible, qui n’a aucun respect pour le travail de ses employés. En plus d’être en retard à tous ses entretiens, il défait souvent les plans réglés au quart de tour par Jane, la traîne dans la boue quand elle a parlé à sa femme et lui suggère qu’il est dur avec elle seulement pour l’emmener plus loin dans l’industrie quand il a vent de sa plainte avortée aux ressources humaines. Il est particulièrement facile d’être dégoûté par ce qui nous est présenté, mais surtout suggéré, dans le film.

Jane, malgré toutes ses bonnes volontés, ne changera pas la manière dont les choses fonctionnent dans cette compagnie. Elle n’est pas la première à essayer, certainement pas la dernière à le faire, et puisque des centaines d’autres personnes voudraient avoir son poste, il vaudrait mieux qu’elle se taise et dise merci. Lorsque sonne la fin de son quart de travail, elle n’a pas démissionné, et on sait qu’elle sera fidèle au poste le lendemain. La première arrivée. À préparer du café pour tout le monde, juste pour se faire reprocher quelques minutes plus tard qu’il n’est pas au goût de ses collègues. Aujourd’hui était une journée comme une autre. On ne nous a présenté rien d’exceptionnel. Et c’est probablement ce qui est le plus dérangeant d’un film comme The Assistant. 

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