Sur la corde raide

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L'ONF donne l'accès gratuit au film Sur la corde raide, sur l ...

Cette critique a été rédigée dans le cadre de l’édition 2020 du Festival cinéma du monde de Sherbrooke.

Avec un peu de recul, il est facile de constater le fiasco de la guerre en Irak instiguée par l’administration W. Bush suite aux attentats du 11 septembre 2001. Si tous ont pu prédire que les États-Unis allaient tenter de répliquer à ces attaques, très peu de pays ont voulu soutenir cette vengeance auprès des pays arabes. Dans cette dynamique particulière, le Canada occupait une position difficile : participer à une guerre que l’administration Chrétien jugeait non-motivée (au risque de contredire les conditions de l’OTAN), ou refuser, et possiblement exposer le pays à des sanctions économiques de la part des États-Unis. Sur la corde raide veut explorer ce récent épisode de diplomatie américaine, et faire comprendre à son auditoire ce qui a poussé le Canada à finalement refuser de participer à cette guerre. S’il parvient à bien contextualiser la situation, force est d’admettre que ses conclusions sont pour le moins décevantes.

Le documentaire est une succession d’entrevues avec différents acteurs de l’administration Chrétien (dont le Premier Ministre lui-même), des chroniqueurs politiques et des universitaires. Pas de narration ici, si ce n’est d’une touche visuelle intéressante du réalisateur qui projette sur plusieurs écrans des images d’archives ou des infographies. Le succès ou l’échec du film dépend donc de ses intervenants, et heureusement ils sont tous pertinents, ou presque. La force du film réside dans l’absence de filtre des intervenants. Il est intéressant de voir un ancien représentant de l’ONU ou l’équipe de Jean Chrétien parler assez ouvertement de cette situation pourtant pas si lointaine. Une certaine uniformité se dégage de leurs témoignages, mais leurs points de vue ne sont pas les mêmes, évitant ainsi les doublons.

Le documentaire «Sur la corde raide», chronique d'un Canada ...

En fait, Sur la corde raide se veut plus une leçon de géopolitique du 20e siècle qu’un approfondissement de notions diplomatiques, malheureusement. S’il pourra instruire une population plus néophyte aux enjeux de la Guerre froide jusqu’au nouveau millénaire, ceux et celles qui portent une attention à la politique des dernières années trouveront peu d’informations à se mettre sous la dent, du moins pendant les 40 premières minutes du film. Il pourra servir de rafraîchissement, tout au plus. J’aurais vraiment souhaité qu’on approfondisse plus la notion de diplomatie et ses implications. J’ai l’impression que les acteurs ne font que commenter la situation plutôt que de l’analyser. Bien que le sujet soit effleuré tout au long du film, on n’en parle véritablement que dans la seconde moitié, voire qu’à la fin du documentaire.

La structure est là où le bât blesse. On passe beaucoup de temps sur la période qui précède l’intervention militaire, mais très peu sur ce qui a suivi. Nous savons tous environ comment s’est soldé la guerre, mais si on nous l’avait expliqué avec autant de rigueur que des événements précédant le conflit, cela aurait donné un meilleur documentaire.

Le principal apport du film est de nous faire comprendre la place, la réputation qu’a le Canada à l’international. Malgré le peu de poids démographique, nous nous trouvons un peu entre l’arbre et l’écorce : trop petit pour faire une différence, mais assez près de la première puissance mondiale pour avoir de l’influence. Que l’on tienne tête aux États-Unis dans ce contexte est assez exceptionnel, mais cela nous rappelle que même si on le fait, les sanctions tant craintes par le milieu des affaires n’arrivent que très rarement. On peut tisser des parallèles intéressants avec la situation actuelle et la fermeture exceptionnelle des frontières.

Sur la corde raide - Festival cinéma du monde de Sherbrooke

Les documentaires tentent de faire naître auprès de leur auditoire quelques questionnements qui le poussera à vouloir se renseigner davantage sur la situation. Ici, j’avoue qu’il y a peu à se mettre sous la dent, si ce n’est que l’on souhaiterait avoir le point de vue des États-Unis, ce qui serait assez difficile à obtenir considérant le peu de temps qui s’est déroulé depuis la fin de l’intervention en Irak. Nous vous conseillons tout de même l’écoute de Vice, cette biographie humoristique sur Dick Cheney, vice-président américain sous George W. Bush. Quoi qu’il en soit, Sur la corde raide est un bon documentaire instructif, qui gagnerait probablement à être diffusé dans les cours d’histoire au secondaire ou au Cégep. Il parvient à suffisamment capter notre attention pour demeurer divertissant, que l’on soit familier avec cet événement ou non.

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