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Dans le seul but de breveter le nom avant que l’un de ses rivaux le fasse avant lui, Stan Lee crée en 1978 Spider-Woman, le pendant féminin du bien plus connu Spider-Man. À l’origine, la super-héroïne ne devait faire qu’une apparition dans la bande dessinée Marvel Spotlight #32, mais voyant que les ventes de ce numéro étaient bonnes, il décide de lui accorder plus de place, d’abord dans un serial de 4 numéros, puis dans sa série éponyme qui sera publiée jusqu’en 1983. C’est dans cette même veine que naît la série télévisée Spider-Woman à la fin des années 1970, annulée presque aussi rapidement qu’elle a vu le jour. Et on comprend rapidement pourquoi…

Tous les épisodes adoptent environ la même structure narrative. Après une brève scène introductive qui permet de présenter le vilain de l’épisode et son plan machiavélique de destruction massive, on retrouve Jessica Drew/Spider-Woman (Joan Van Ark), employée au Justice Magazine, qui travaille comme journaliste aux côtés de Jeff (Bruce Miller) et Billy (Bryan Scott), son neveu de 12 ans. Le trio est continuellement en quête d’une histoire croustillante à publier, ce qui les mène bien évidemment toujours au coeur des machinations des antagonistes du récit. Jessica, qui doit garder son identité secrète, disparaît deux à trois fois par épisode pour à la fois sauver ses amis et déjouer les plans des vilains. Enfin, l’épisode se termine quand le trio est enfin réuni pour que Jeff et Billy puissent se moquer du fait que Jessica ait manqué toute l’action.

Jusqu’ici, rien de trop différent des autres séries de super-héros. Toutefois, les choses se gâtent lorsqu’on constate que la série ne se prend aucunement au sérieux. Dès le premier épisode, Spider-Woman se voit confrontée à Khuthu, une momie venue de l’espace pour réveiller ses confrères enterrés dans les pyramides d’Égypte (qui sont également des vaisseaux spatiaux). En fait, au cours des 16 épisodes qui composent la première (et seule) saison de Spider-Woman, la super-héroïne combattra des antagonistes aussi ridicules qu’invraisemblables (si ce n’est de Kingpin, qui fait partie de l’univers de Spider-Man). Au programme, Spider-Woman devra sauver la Terre de Vikings qui voyagent dans le temps, d’un professeur fou qui vit dans le triangle des Bermudes, de nombreux cyborgs, de Dracula, et j’en passe. Au passage, elle sera parfois aidée de Spider-Man (Paul Soles), mais plus souvent qu’autrement elle devra affronter seule ces menaces.

On aurait pu accepter les nombreuses incohérences de la série si Spider-Woman ne se voulait pas un personnage « réaliste », c’est-à-dire plus près de Spider-Man que de Thor, par exemple. Chaque nouvel épisode amène son lot de raccourcis scénaristiques et de lieux improbables (comme la préhistoire, la Lune ou encore l’Europe du 10e siècle), et on ne justifie jamais vraiment ces choix. On tient pour acquis que tout se passe dans un univers parallèle au nôtre, et donc on ne se sent pas le besoin de camper le tout dans un environnement réaliste. Et même quand on outrepasse ces incohérences, Spider-Woman ne devient pas plus intéressant pour autant. Les scènes s’enchaînent sans finesse, on ne comprend jamais pourquoi telle chose se produit, ni même pourquoi. Jessica tire des conclusions sur ce qui se passe comme si c’était une évidence, au grand dam du spectateur qui peine à naviguer à travers les nombreuses incongruités. Dans ‘Invasion of the Black Hole‘, elle fait la découverte d’un bassin de liquide noir et comprend instantanément qu’il s’agit d’énergie noire qui crée des vortex spatiaux-temporels. La routine, quoi!

L’écriture de la série est son principal défaut, mais aussi sa plus grande qualité, parce que rapidement le ridicule des situations nous fait décrocher de l’histoire et transforme le tout en expérience so bad it’s good. En fait, chaque phrase que Jessica prononce est un one-liner, tous plus ridicules les uns que les autres. En plus des multiples expressions qui font référence aux araignées (« I’d better Spider-Split« , « Jumping Spider-Webs, where on earth am I?« , « Trembling tarantulas!« ), tous les dialogues n’ont aucun sens, tant pris en contexte que non. Voici une sélection de quelques succulentes citations qui vous attendent :

Spider-Woman : That’s it! I should have realized before. Dormammu’s weakness is light. If I can just move the moon away from the sun, Dormammu’s finished.

Khuthu : Oh, no! They’ve changed my pyramid into a cube! They’ve discovered our weakness!

Spider-Woman : Nice try, Dr. T., but a Spider-line in time, saves nine. Whatever that means.

Cette dernière citation résume bien l’ensemble de l’écriture de la série. À ce stade, le scénariste Jeffrey Scott semble tout simplement avoir baissé les bras sur la série. Si Spider-Woman a définitivement un aspect so bad it’s good, on perd néanmoins de l’intérêt au fil des épisodes. Certains sont ennuyants, d’autres comiques, mais dans l’ensemble, ils sont tous assez mauvais. On se lasse rapidement que Spider-Woman répète les mêmes phrases, épisode après épisode, surtout quand vient le temps de se transformer en son alter-ego ou quand elle lance son fameux « venom blast« . Son criant besoin de constamment nous dire quel pouvoir elle utilise est redondant, ce qui pénalise à mon avis l’écoute successive de tous les épisodes. À l’époque peut-être pouvions-nous apprécier individuellement un épisode lorsqu’on tombait dessus par hasard à la télévision, mais sur une plateforme comme Disney+, la répétition devient rapidement lourde.

Si j’ai somme toute eu beaucoup de plaisir à visionner Spider-Woman, on comprend rapidement pourquoi il n’y a eu que si peu d’épisodes. Les vilains, lorsqu’ils ne sont pas anonymes, sont très peu charismatiques, et le fait que la série ne se prenne pas au sérieux est bien évidemment drôle, mais témoigne également du peu d’effort qui a été mis dans l’élaboration de la trame narrative. Attendez-vous à une succession de seize petites aventures indépendantes, et non à un fil conducteur bien tissé. Jeff et Billy, dont la naïveté repousse les limites par moments, sont inintéressants, tout comme la plupart des personnages, incluant Jessica, qui ne vit jamais d’évolution et à qui on ne s’intéresse qu’en surface. Accompagné d’un jeu à boire, le visionnement de la série peut rapidement devenir iconique, mais si votre but est d’en apprendre davantage sur cette super-héroïne, nous vous conseillons de passer.

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