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Au cinéma, une tradition veut que l’on ne refasse pas un bon film, mais plutôt un mauvais film qu’il est possible d’améliorer. C’est pourquoi très peu de gagnants de l’Oscar du meilleur film ont eu droit à leur remake, si ce n’est de quelques vieux films (CimarronAround the World in 80 Days et le prochain West Side Story). Cette année, Netflix a cru bon de réadapter le grand classique d’Hitchcock (pourtant oublié dans son impressionnante filmographie) Rebecca, son seul film à avoir remporté les grands honneurs. Était-ce nécessaire? Les opinions peuvent diverger, mais quoi qu’il en soit, il permettra de faire connaître à une plus jeune génération le drame psychologique qui aura lancé la carrière du maître de l’horreur aux États-Unis.

Il n’y a que très peu de transgressions au matériel original (du film de 1940, mais également du roman de Daphne Du Maurier). L’histoire est campée à la fin des années 1930. Une jeune femme dont le prénom n’est jamais connu (Lily James) est l’assistante de Mrs. Van Hopper (Ann Dowd). Toutes deux sont en résidence temporaire à Monte Carlo, où elles font la connaissance de Maxim de Winter (Armie Hammer), un gentleman propriétaire de Manderley, la maison la plus réputée d’Angleterre. Lorsque Mrs. Van Hopper tombe malade, l’assistante et de Winter se rapprochent, enchaînant les balades en voiture et les sorties à la plage. Ayant repris du mieux, Mrs. Van Hopper doit quitter pour les États-Unis, ce qui pousse de Winter à demander l’assistante en marriage (malgré qu’ils soient issus de classes sociales différentes), et ainsi, elle devient Mrs. de Winter.

À son arrivée à Manderley, elle constate toutefois que la présence de la précédente femme de de Winter, Rebecca, pèse lourd. C’est qu’elle est tristement décédée l’année précédente d’un accident de bateau, au large de la côte de Manderley. Personnifiant la parfaite lady anglaise, elle manque à tous et à toutes, particulièrement à M. de Winter et à Mrs. Danvers (Kristin Scott Thomas), la gouvernante. Mrs. de Winter doit donc essayer de se forger sa propre identitée à Manderley, tout en tentant de se rapprocher un tant soit peu de ce qu’était autrefois Rebecca.

On ne peut s’empêcher de comparer un remake à son matériel d’origine. Ici, je ne le ferai que dans ce paragraphe, car je crois qu’il faut donner à ce nouveau projet sa propre identité. Alors, quelle pertinence pour cette réadaptation? Aux vues du peu de différences entre les deux films, force est d’admettre que le film sert en grande partie à faire connaître le matériel d’origine aux gens qui l’ont probablement oublié. On ajoute un peu de chair autour de l’os, certes, mais tout ce qui se trouve dans la version de Ben Wheatley (qui fait ici son film le plus accessible à ce jour) se retrouve d’une façon ou d’une autre dans celle d’Hitchcock. Même la fin, relativement différente ici, n’ajoute rien de nouveau. Les cinéphiles qui auront vu l’excellente version de 1940 n’auront aucune surprise dans cette réadaptation, si ce n’est de l’ajout de la couleur, qui donne tout de même un certain cachet au film. Quoi qu’il en soit, Rebecca (2020) est assurément pour ceux et celles qui ne connaissent rien du matériel original.

Parlons de ce visuel, qui pourrait probablement faire décrocher une ou deux nominations au film lors de la prochaine cérémonie des Oscars (une édition probablement plus faible que les autres années, il va sans dire). Le film est splendide, que ce soit au niveau des décors, des paysages ou des costumes. La vie à Monte Carlo et Manderley semble tout droit sortie d’une story Instagram, avec ses nombreux crépuscules à flanc de montagne, ses averses ensoleillées et sa palette de couleurs chaudes. Chaque plan est soigné pour notre plus grand plaisir. L’aristocratie des années 1930 est bien représentée, glorifiée par moment, car même si on peut dénoncer tous les excès de la bourgeoisie, on souhaiterait tous secrètement vivre à Manderley un jour. Le film est donc très séduisant visuellement.

Cette séduction peut également se transposer dans la relation entre M. et Mrs. de Winter. Sans tomber dans l’érotisme, un accent particulier est mis sur leur couple à la dynamique particulière, sur lequel plane l’ombre de Rebecca. Hammer est fidèle à lui-même dans le rôle d’un homme imposant et stoïc, et James joue assez bien cette femme dépaysée dans son nouvel environnement. On fait un effort pour développer sa personnalité forte mais insécure, contrastant avec le fait qu’elle n’ait aucun prénom dans l’histoire. Les deux sont joints par une bonne distribution incluant la très efficace Kristin Scott Thomas, l’austère Sam Riley et Tom Goodman-Hill. Rien à redire de leurs performances, bien qu’elle ne soient pas exceptionnelles non plus.

Rebecca est loin d’être un mauvais film. Toutefois, il est quelque peu banal, surtout que la finale du roman de Du Maurier, probablement novatrice à sa sortie, a des airs de déjà-vu de nos jours. On propose toutefois des réflexions intéressantes sur l’aristocratie et sa chute imminente en les agençant à un thriller romantique léger. Sans véritable défaut, le film n’a que très peu d’éléments qui permettent de le distinguer d’autres films du genre. La version d’Hitchcock n’a pas été égalée ici, mais on est en présence d’une belle entrée en la matière, qui pourrait peut-être inciter un plus jeune public à y plonger un jour.

Rebecca est disponible sur Netflix depuis le 21 octobre 2020.

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