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Plusieurs inventeurs se sont questionnés à leur époque sur les impacts potentiels de leurs créations sur l’avenir. Alfred Nobel, à qui l’on doit la poudre à canon, peut facilement entrer dans cette catégorie. Tel est le cas de la découverte de Pierre et, surtout, de Marie Curie, qui ont effectué les premières recherches sur la radioactivité à la fin du 19e siècle. C’est le sujet central du nouveau film de Marjane Satrapi (Persepolis), qui tente de faire une biographie réinventée, un peu à la Tesla, sorti il y a quelques semaines. Le résultat est un film tristement banal qui paie hommage à une pionnière de la science moderne.

Dès les premiers instants de Radioactive, on a l’impression de se retrouver devant une biographie typique. Le film s’ouvre bien évidemment sur les derniers instants de la vie de Curie (alors Skłodowska), à Paris. On sait instantanément qu’on aura droit à un long retour en arrière expliquant la vie de la célèbre scientifique. Si on ne nous ramène pas (tout de suite) à son enfance, c’est dans la France de la fin du 19e siècle qu’on nous transpose. À travers les grands moments de sa vie (sa rencontre avec Pierre, sa découverte, ses prix Nobel, etc.), on en apprend un peu plus sur l’invention qui l’a fait connaître, mais également sur les impacts de la radioactivité sur l’histoire récente de l’humanité. C’est dans ce volet de l’histoire que le récit prend son originalité, en bien comme en mal.

On ne peut reprocher à Rosamund Pike sa performance plus qu’efficace dans le rôle de la scientifique franco-polonaise. De toute la distribution, c’est assurément elle qui a le plus de fougue, le plus de personnalité. Elle interpète Curie comme une femme directe et passionnée, déterminée plus que jamais à ne pas demeurer dans l’ombre d’un homme (dans un milieu qui est à peu près exclusivement masculin). On salue son travail, mais on ne peut en dire autant de Sam Riley (Pierre Curie), particulièrement fade, un peu comme le reste de la distribution, par ailleurs. Celle-ci est constituée d’acteurs et d’actrices plus oubliables les uns que les autres, malgré l’apparition vers la fin d’Anya Taylor-Joy, dont la performance est intéressante, mais c’est trop peu trop tard.

La faute pourrait être attribuable à un scénario des plus inintéressants, ou du moins des plus conventionnels. On relate l’histoire de Marie Curie comme le ferait une page Wikipédia, sans faire l’effort de doter les personnages d’une quelconque personnalité au passage. On est plus intéressé ici  à relater chaque moment de sa vie, un peu comme si on voulait faire découvrir au public un personnage oublié de l’histoire. Le problème, c’est que même si on ne connait pas chaque détail de la vie de Curie, nous savons tous grosso modo ce pour quoi elle est connue, ou du moins qu’elle est connue, tout simplement. Certes, Satrapi essaie de pousser un peu plus loin la réflexion en s’intéressant à l’impact d’une découverte scientifique (ou plutôt de son utilisation lorsque mise entre de mauvaises mains), mais c’est dans ce deuxième objectif avoué que le film verse dans le risible.

En effet, on a opté pour quelques cut-scenes qui font un bond dans le temps pour nous montrer l’usage de la radioactivité dans l’histoire de l’humanité. Quels événements vous viennent en tête rapidement lorsqu’on parle d’un mauvais usage de la radiation? La bombe atomique et le désastre de Tchernobyl? Pour les scénaristes aussi, sans surprise! On a donc droit à de courtes reconstitutions toutes plus insignifiantes les unes que les autres, qui nous montrent les ravages de la radioactivité. Cependant, ces segments s’insèrent avec difficulté dans la trame principal du film, rendant Radioactive moins bon que n’importe quel film biographique qui s’assure tout simplement de cocher les cases nécessaires pour cadrer dans le genre.

Certains pourraient aimer le visuel du film, mais je l’ai trouvé plus dérangeant qu’autre chose. L’image, parfois trop sombre, parfois trop saturée, rappelle n’importe quel film de série B. On dirait que depuis un temps, alors que les caméras de qualité sont devenues abordables, de nombreuses productions peuvent sembler professionnelles sans toutefois l’être réellement. Je ne doute pas que le film ait eu droit à un budget plus que respectable, mais il m’a donné la même impression visuelle qu’une série à moyen budget qui n’est belle qu’à la hauteur du filtre qu’on lui applique.

Combien de temps faut-il pour lire la page Wikipédia de Marie Curie? Si la réponse est moins de deux heures, je vous conseille d’opter pour cette alternative. Vous en apprendrez assurément au moins autant, sinon plus, et peut-être même cliquerez-vous sur un hyperlien qui vous poussera à approfondir vos recherches sur la radioactivité. Radioactive, en effet, ne vous incitera pas à pousser plus loin la réflexion. Rempli de bonnes intentions, on s’assure de nous mettre les éléments en plein visage, résultant en un récit endormant et aucunement stimulant. C’est le genre de films qu’on regarde par erreur ou par dépit sur une plateforme de visionnement sur demande, et dont on oublie tout une fois terminé.

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