Pieces of a Woman

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Au lendemain d’un accouchement à domicile qui s’est mal terminé, Martha (Vanessa Kirby) poursuit sa vie de manière stoïque, reprenant l’air de rien son travail de cadre dans une firme de Boston. Insistant pour que le corps de son bébé mort-né soit légué à la science, la jeune femme se montre insensible à la douleur de son conjoint Sean (Shia LaBoeuf), contremaître sur le chantier d’un pont. La nouvelle manie de Martha exaspère par ailleurs sa mère très contrôlante (Ellen Burstyn), qui s’efforce de la convaincre de poursuivre en justice la sage-femme (Molly Parker) présente lors de l’accouchement.

Deux éléments intimement liés vous marqueront pendant le visionnement de Pieces of a Woman : l’impressionnant plan-séquence de près de 25 minutes en introduction où Martha donne naissance à sa fille et la performance de Kirby, que l’on a découverte dans The Crown il y a quelques années. Cette scène est brillamment construite par le réalisateur hongrois Kornél Mundruczó (White God), pour qui le film est un projet des plus personnels. Basé sur la pièce du même nom écrite par sa femme Kata Wéber, l’histoire s’inspire de l’expérience que le couple a vécue lorsqu’il a perdu leur enfant au terme d’un difficile accouchement. Cette reconstitution de l’accouchement, réaliste mais également tournée un peu comme si elle était sortie d’un rêve (en grande partie en raison de l’utilisation d’une steadycam qui donne une impression de flottement, par opposition à une caméra à épaule qui aurait donné à la scène un aspect quasi documentaire) rend une expérience prenante qui nous immerge rapidement dans le film. C’est une scène puissante qui nous fait retenir notre souffle tout du long et qui nous laisse dans un silence angoissant lorsque le titre du film apparaît 30 minutes plus tard.

Sans surprise, toutefois, le film peine à conserver la même énergie que celle de sa scène initiale. Cela n’est pas foncièrement mauvais. Par contre, on se désole du fait que notre investissement envers le récit soit en constante pente descendante, le tout culminant en une finale des plus typiques. L’objectif du film est d’observer la façon dont Martha vit son deuil, mais on ne l’explore trop souvent qu’en surface, au profit d’un arc narratif qui inclut une poursuite contre la sage-femme à qui reviendrait une part de responsabilité dans la mort de l’enfant, du moins selon la mère de l’endeuillée. Cette trame fait écho au procès d’Ágnes Geréb en Hongrie, qui s’est fait reprocher la mort d’un bambin en raison d’une faute professionnelle. C’est à mon avis là où le film s’égare dans ses objectifs et ajoute une intrigue superflue et inutile.

Pourtant, s’il y a une chose que Kirby nous démontre dès les premiers instants de Pieces of a Woman, c’est qu’elle aurait pu supporter le fardeau d’un film qui ne s’intéresse qu’à elle et à son deuil. Si je ne regrette pas qu’on s’intéresse à la façon (différente) dont Martha et Sean vivent cet événement tragique, on donne à mon avis trop de place à la distribution secondaire pour pleinement plonger au coeur de la psyché de Martha. En fait, tous les autres personnages deviennent rapidement inintéressants puisqu’ils adoptent des discours que l’on a vu maintes fois auparavant. LaBoeuf, qui excelle lorsqu’il est jumelé avec Kirby, interprète un Sean de plus en plus distant d’avec sa femme et qui songe à aller voir ailleurs. Burstyn est somme toute crédible, mais elle est placée dans un rôle archétypal que même l’actrice d’expérience ne peut rendre suffisamment intéressant et nuancé. Et ce n’est même pas la peine de parler de Susan (Sarah Snook), la cousine de Martha et l’avocate de la famille, ni du couple formé de la soeur de Martha, Anita (Iliza Schlesinger), et Chris (Benny Safdie), qui ne sont explorés qu’en surface.

Pieces of a Woman est une étude de personnage intéressante qui élève nos attentes avec sa scène introductive, à un point tel qu’il ne peut que nous décevoir par la suite. On sent les influences théâtrales de son scénario, ce qui pour les uns sera vu comme un avantage et pour d’autres un défaut. Le film aurait grandement gagné à délaisser tout l’aspect judiciaire, ce qui l’aurait du même coup rendu beaucoup plus concis et personnel. Qu’importe, il mérite d’être vu, ne serait-ce que pour vous faire découvrir l’une des actrices les plus prometteuses du moment.

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