Ocean’s Eleven

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J’ai vu la trilogie Ocean’s pour la première fois environ quinze ans après sa sortie. À la base, j’avais peu d’attentes de ces trois films. Je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais en fait, mais certainement pas à découvrir un genre qui allait devenir assurément un de mes favoris. Faisant aujourd’hui partie de plusieurs palmarès des meilleurs films de braquage (heist movies), les aventures de Danny Ocean vues par Steven Soderbergh ont commencé en 2001 et, dès le premier film, ont conquis autant les critiques que le grand public, avec un box office d’environ cinq fois son budget et 82% sur Rotten Tomatoes. Mais qu’est-ce qui fait le succès de ce film élégant? Son environnement, sa distribution ou son idée générale? Un agréable mélange de tout ça, en fait!

Danny Ocean (George Clooney) vient tout juste de sortir de prison. Il retrouve rapidement son grand ami Rusty (Brad Pitt), partenaire dans ses plans de crimes qui l’ont mené en prison la dernière fois. À peine remis en liberté, Danny présente à Rusty un nouveau plan qui consiste à dérober trois casinos le soir d’un combat de boxe organisé au MGM Grand à Vegas. Pour obtenir du financement, les complices iront retrouver Rueben (Elliott Gould), hommes d’affaires du milieu du jeu s’étant fait avoir par le propriétaire des casinos que Danny avait dans sa mire : Terry Benedict (Andy Garcia). Afin de rencontrer leur objectif ambitieux, le trio devra recruter plusieurs alliés aux talents variés pour accomplir diverses tâches tout au long du déroulement du plan. Se joindront donc à eux l’expert en coffres-forts Basher Tarr (Don Cheadle), les frères mécaniciens Virgil et Turk Malloy (Casey Affleck et Scott Caan), le pro de la surveillance et du matériel électronique Livingston Dell (Eddie Jemison), l’acrobate Yen (Shaobo Qin), le voleur Linus (Matt Damon) et un homme plus âgé habitué à ce genre de coups, Saul (Carl Reiner).

Ocean’s Eleven est avant toute chose un remake du film du même nom de 1960 mettant en vedette Frank Sinatra et Dean Martin. Dans l’original, on regroupe plusieurs compatriotes d’une même unité de la force américaine lors de la Deuxième Guerre mondiale pour dérober cinq casinos le soir du nouvel an. On retrouve à la barre de l’élégant remake George Clooney et Brad Pitt, tous deux ayant été nommés sexiest man alive par le magazine People en 1997 (et 2006) et 1995 (et 2000) respectivement. S’il y a une chose dont on se souvient de Sinatra, c’est bien sa voix envoûtante de crooner et l’image de séducteur qui venait avec. Dean Martin, pour sa part, était surnommé « The King of Cool », pour son charisme sans effort et son assurance. Sur ce point, la version de 2001 du film de braquage a mis l’énergie à dénicher une distribution faisant honneur à l’originale, en attribuant au duo Clooney-Pitt les mêmes rôles que ceux de leurs prédécesseurs. Danny est en effet le charmant voleur qui a tout planifié et qui demeure un peu en retrait de l’action, trop occupé à reconquérir son ex-femme Tess (Julia Roberts) et Rusty est son homme de main, sorte de coordonnateur du plan, que rien ne stresse et qui a réponse à tous les problèmes.

Le reste de la distribution est tout aussi pertinent. Affleck et Cann sont tout à fait crédibles en frères qui s’obstinent tout le temps, ce qui sera par ailleurs bien utile à la mise en oeuvre de plusieurs aspects du plan. Eliott Gould joue pour sa part un excellent Rueben baignant dans le luxe de la ville du vice, avec ses cigares, ses bijoux et ses costumes éclatés. Eddie Jemison rend à merveille le technicien nerveux, les mouvements rapides de Matt Damon donnent envie de regarder les Bourne et, finalement, les contorsions de Shaobo Qin en impressionneront plus d’un! Bref, les « onze » sont tout à fait bien choisis, et la dynamique du groupe est à point pour ce vol qui requiert, avouons-le, beaucoup de préparation.

En effet, si les films de braquage ne seraient pas grand-chose sans une équipe aux multiples talents qui semble toujours sortir de nulle part (et dont on ne comprend jamais totalement comment les héros connaissent ceux qui deviendront leurs alliés), l’autre élément important dans ce genre d’histoire est « le plan ». Bien souvent, il comporte de nombreuses étapes compliquées étant toutes importantes même si ce n’est que pour quelques secondes à l’écran. Dans Ocean’s Eleven, notons par exemple qu’on doit faire sauter l’alimentation électrique de la strip, convaincre le patron du casino d’être un gros joueur pour aller porter une valise pleine de faux diamants (qu’on a fait faire, évidemment!) dans le coffre-fort, et changer de costumes environ dix fois pour endosser plusieurs rôles différents les jours avant le match de boxe et pendant celui-ci. Le plan, ici, est riche, mais on parvient à en saisir toute l’importance, contrairement à d’autres films de ce genre (Logan Lucky, par exemple, du même réalisateur). C’est donc avec beaucoup d’excitation qu’on regardera les étapes se dévoiler l’une après l’autre, tout en ayant aussi plusieurs belles surprises vers la fin, une autre caractéristique des films de braquage.

Quand on a réuni tout ça, que nous reste-t-il? Un homme à batte tout aussi charismatique et intelligent que les héros, que l’on retrouvera sans effort dans le personnage de Terry Benedict joué brillamment par Andy Garcia, un environnement où il est permis de rêver de luxe dans les casinos de la strip, de la musique cool et provocante qui cadre parfaitement avec l’attitude de la bande, et un montage d’images parfois alternées, parfois superposées des moments décisifs du film.

Si certains n’aimeront pas l’attitude du film de Soderbergh, qu’on pourra facilement juger trop assuré, trop cliché ou mettant en avant des répliques cinglantes pleines de répartie, c’est justement le genre d’éléments qui marchent à 100% dans une histoire de ce type. Il serait, avouons-le, plutôt dommage que les héros ne soient pas en complet, que le plan ne soit pas époustouflant ou que l’environnement soit plus sobre. Ocean’s Eleven n’est pas un film duquel on peut tirer avantage de multiples visionnements, car tous les éléments sont présentés facilement au spectateur et on n’a pas besoin d’aller chercher plus d’informations la deuxième fois. Mais le plaisir qu’on a lorsqu’on le regarde est toujours présent peu importe combien de fois on l’a vu.

Fait partie du top 100 de Jade (#25).

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