Après que leur père (Marcel Sabourin) décède en effectuant un « Ice Bucket Challenge », trois fils tentent de recoller les pots cassés en l’honneur du patriarche. Alain (François Pérusse, dans un premier rôle au cinéma) est un instructeur de tae kwon do récemment licencié, et dont la malchance ne cesse de l’affliger. Vivant une petite crise identitaire, il s’embarque avec son frère Léo-Louis (Éric Bernier), récemment cinquantenaire, vers le vignoble familial, situé près de Niagara Falls. Leur voyage en voiture, véritable chemin de croix nostalgique à travers l’Ontario francophone, leur fait se remémorer des scènes de leur jeunesse et rencontrer une serveuse (Véronic DiCaire) et sa fille Penelope (Katherine Levac).

Le second projet de Guillaume Lambert (Les scènes fortuites) regorge de bonnes intentions, mais échoue dans son exécution. La prémisse susmentionnée n’aura rien de novateur pour les amateurs de cinéma québécois des dernières années, mais alors qu’on serait en droit de s’attendre à un film tragicomique, le récit, séparé en chapitres, peine à trouver son ton. Ou plutôt, il choisit le mauvais.

Les trois premières sections, plus comiques, essaient désespérément d’être drôles, sans jamais nous arracher ne serait-ce qu’un sourire. Les scènes s’enchainent de façon aléatoire et anecdotique, et plusieurs d’entre elles ne servent qu’à pousser un gag à l’extrême. Du lot, on grincera des dents lors du passage des frères à un service à l’auto, à leur arrêt dans un verger franco-ontarien, ou encore lorsque le klaxon entonne La Cucaracha à de trop nombreuses reprises. Cet humour vieux jeu a possiblement son public, mais je n’en fais pas partie. Lorsqu’en plus, on force une saugrenue et soudaine « romance » entre Alain et Penelope, on perd toute crédibilité envers le film.

La faute revient en grande partie au scénario déficient qui dépeint ses personnages caricaturalement. L’ainé, blasé, contraste fortement avec l’excentrique Léo-Louis, joué très gros par Bernier. Pour une première expérience au grand écran, Pérusse paraît des fois à l’aise, d’autres fois moins, alors que son air nonchalant détonne d’avec l’énergie du film. Rarement, cependant, l’un et l’autre sont drôles, ce qui est surprenant considérant que ce sont des interprètes qui ont basé leur carrière sur la comédie.

Le film prend toutefois son envol à partir du quatrième chapitre, mais c’est trop peu trop tard. Niagara trouve alors le juste milieu entre la comédie et le drame, un ton qu’il aurait dû adopter dès le départ. Porté par l’excellent tandem formé de Guy Jodoin et Marcel Sabourin, qui interprètent respectivement Victor-Hugo (pourquoi pas?) et Léopold, le père de la famille, ce second souffle nous montre le potentiel, pour l’instant inassouvi, de Lambert comme scénariste et réalisateur. Ce retour en arrière où l’on voit l’entreprise familiale quelques moments avant la mort de Léopold est véritablement touchant, et même si par moments, on essaie encore de pousser la farce trop loin, les acteurs parviennent ici à nuancer suffisamment leur jeu pour paraître davantage charmants que malaisants.

Soit cette seconde moitié est mieux fignolée, soit Jodoin et Sabourin ont su élever la qualité générale du long métrage. Quoi qu’il en soit, l’attendue rencontre entre les trois frères et leur tentative de réconciliation d’avec leur mère (Muriel Dutil) devient soudainement un peu plus intéressante, bien que réchauffée. Il y a certes une amorce d’exploration de thèmes comme la famille, le deuil, la nostalgie et la colère, mais tous sont minés par une première moitié brouillonne. Si vous n’avez pas perdu espoir en Niagara à mi-parcours, vous y trouverez peut-être finalement votre compte, moyennant un passage, comme Alain, chez le dentiste.

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