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Avec le succès sans précédent qu’ont connu la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan et le Marvel Cinematic Universe (MCU) toujours en expansion, Warner Bros. entend profiter de l’engouement envers les films de superhéros pour amorcer le DCEU, son propre univers cinématographique composé des personnages de DC Comics. À la barre du projet on retrouve Zack Snyder, qui a surpris le public et la critique avec les films 300 et Watchmen quelques années plus tôt, et dont la signature visuelle est caractéristique. On délègue à Superman la tâche d’amorcer cet univers, à la fois pour jeter les bases des films à venir et rendre justice une fois pour toutes à ce superhéros, chose que les précédents films ne sont jamais véritablement parvenus à faire, du moins au niveau des effets spéciaux. Le résultat est un film qui brise les normes, dans le bon comme le mauvais sens du terme.

Dans l’intention de ne pas répéter l’information déjà présentée dans les Superman des années 1970, la série Smallville ou Superman Returns sorti moins de dix ans auparavant, Man of Steel prend soin de nous livrer le strict nécessaire sur les origines de Kal-El, alias Clark Kent (Henry Cavill) tout en tenant pour acquis que son auditoire en connait déjà une partie. Tout débute avec la chute de Krypton, alors que Jor-El (Russell Crowe) tente de prévenir les autorités que la planète est sur le point de disparaître en raison de l’exploitation abusive faite par ses habitants. Sa femme Faora-Ul (Antje Traue) vient de mettre au monde le premier enfant naturel depuis des siècles, Kal, et le couple souhaite l’envoyer sur la Terre dans le but de préserver l’existence des Kryptoniens. Jor essaie également de prévenir un coup d’État fomenté par le général Zod (Michael Shannon), qui sera ultimement envoyé vers la « Phantom Zone », ce lieu d’exil réservé aux prisonniers. Ce qui devait arriver arriva, Krypton est détruite, et Kal s’échoue sur une ferme du Kansas, où il est recueilli par Jonathan (Kevin Costner) et Martha (Diane Lane) Kent.

On retrouve ensuite Clark à l’âge adulte, en plein questionnement existentiel. Il enchaîne les emplois divers, de pêcheur dans l’Atlantique à serveur dans un pub miteux. Lorsqu’il a vent d’une étrange trouvaille dans l’Arctique, il décide d’investiguer à ce sujet, pour constater que des chercheurs ont découvert un vaisseau extraterrestre piégé dans les glaces éternelles. En activant ses fonctionnalités à l’aide d’une clé que lui ont laissée ses parents, Clark en apprend un peu plus sur sa présence sur Terre à travers un programme d’intelligence artificielle qui lui permet de discuter avec son père. Ce dernier lui lègue l’uniforme kryptonien et lui indique que son but est de protéger les Terriens avec ses habiletés surhumaines. Comme par un jeu du hasard, Zod, qui a été libéré de son exil lorsque Krypton a explosé, approche de la Terre et entend bien en faire la nouvelle mère patrie de sa civilisation au bord de l’extinction.

Dès les premières minutes du film, on sent un effort conscient de se détacher de l’aspect enfantin des autres films de superhéros et de proposer un univers beaucoup plus réaliste (pour autant que ce soit possible quand les principaux personnages sont extraterrestres). C’est un processus amorcé par la trilogie de Christopher Nolan quelques années plus tôt, qui produit ici le film en plus d’avoir participé au développement de l’histoire. Le costume de Superman ressemble davantage à une cotte de maille moderne qu’un habit en lycra, le personnage principal est tourmenté et ressent tout le poids des responsabilités qui lui sont octroyées, on ne prononce que peu ou pas son nom, bref on veut briser l’image traditionnelle des films de superhéros pour faire évoluer le genre au contexte particulier du 21e siècle, et ainsi tirer profit des avancées technologiques.

Oubliez l’humour des Marvel ou les couleurs éclatantes des costumes que propose le principal rival de DC Comics. Man of Steel nous impose une palette de couleur terne, passant du gris pâle au gris foncé, nous indiquant d’entrée de jeu une franchise plus mature, pour un public averti. L’objectif est clair et avoué, et on salue les intentions de la Warner d’amener quelque chose de différent de Disney et sa recette certes efficace, mais aseptisée. Plusieurs ont condamné la lourdeur du film à sa sortie, mais je ne crois pas qu’on ait besoin à tout prix d’ajouter de l’humour à un scénario qui n’en demande pas. Si en effet cela peut en décourager certains, je crois que la production a fait le bon choix en se distinguant de la sorte plutôt que d’avoir pris le risque d’être accusé d’avoir copié la formule gagnante des Marvel.

Si le scénario n’est pas le maillon faible du film (et de la franchise à venir), c’est assurément son visuel qui, lui, laisse à désirer. Ses effets spéciaux sont de très haut niveau, et on voit que le studio a beaucoup investi. Les combats entre Superman et les sbires de Zod sont plus grands que nature, les vaisseaux spatiaux sont imposants, et la destruction de Metropolis a des airs de 11 septembre 2001. Par contre, j’ai eu de la difficulté à être investi dans les scènes d’action qui vont dans tous les sens. On a l’impression qu’elles ont été ajoutées parce que tout film de superhéros qui se respecte doit avoir ce type de scènes (surtout pour Superman, en l’apparence indestructible), mais je n’ai pas senti qu’elles étaient véritablement utiles à l’histoire. Je dirais même qu’elles sont endormantes, tout simplement parce qu’on ne parvient pas à suivre tout ce qui s’y déroule. C’est de l’action qui démontre toutes les prouesses d’une carte graphique, mais aucunement l’ingéniosité des chorégraphies. De plus, elle s’éternise à certains moments sur plus de 30 minutes à la fois, ce qui nous plonge dans une léthargie dont on espère se sortir pour finalement passer à autre chose.

Une partie du désintérêt provient également du choix qui a été fait pour personnifier Zod, l’antagoniste principal. J’adore le travail de Michael Shannon, qui a souvent le visage de l’emploi quand vient le temps de jouer ce type de rôle. Par contre, je l’ai trouvé très peu menaçant en raison de son physique chétif, alors qu’il semble littéralement flotter dans son costume trop grand (voir la photo ci-haut). C’est peut-être superficiel de ma part de soulever ce point, mais je crois que le choix d’un vilain est tellement important dans un film de ce genre qu’on aurait dû trouver quelqu’un de plus costaud, de plus effrayant. Par contre, on fait un bel effort pour donner des motivations crédibles à son personnage pour agir comme il le fait. Le plus grand reproche que j’ai à faire au MCU est de sélectionner des vilains archétypaux qu’on ne peut s’empêcher de haïr. Ici, la cause de Zod est presque autant valable que celle de Superman, bien que ses méthodes soient radicales. On le prend pour antagoniste puisqu’on nous présente l’extinction de la race humaine en contrepartie, mais si les Terriens se cherchaient une nouvelle planète habitable pour assurer leur survie et qu’ils proposaient d’envahir Krypton, certains seraient d’avis que c’est la bonne chose à faire, et donc ils seraient catégorisés comme antagonistes. Sans posséder le charisme du Joker, Zod est néanmoins ainsi un vilain nuancé. Classique, mais nuancé.

Le dernier reproche que j’aurais à adresser à Man of Steel est son manque d’humanité, qui se ressent oui dans l’action générique, mais également dans le jeu des acteurs, somme toute peu inspiré. Cavill a le physique de l’emploi, mais ne nous démontre pas suffisamment dans ce premier opus la naïveté typique de Clark Kent. Chaque scène où on le voit (dans le présent comme dans le passé) sert à informer le public sur l’un de ses pouvoirs, sur ses motivations ou sur ce qui l’a mené où il est. C’est compréhensible puisqu’on a voulu établir beaucoup d’éléments dans ce premier film, mais on souhaite qu’une attention particulière soit portée à son évolution, qu’on lui donne une personnalité propre. Il en va de même pour Lois Lane (Amy Adams), une femme en l’apparence forte, mais dont tous les agissements se font en fonction d’aider Clark à accomplir sa mission, ce qui, avouons-le, n’est pas très habilitant. La chimie entre les deux ne passe pas totalement, et on espère une fois de plus qu’on leur insufflera un peu d’humanité dans le futur. Costner est crédible dans son bref rôle de mentor, mais Crowe est quant à lui réduit au rôle d’encyclopédie vivante. Les seuls qui ont un peu de personnalité sont Diane Lane (la mère de Clark) et Lawrence Fishburne (qui interpète Perry White, l’éditeur du Daily Planet), mais ils sont trop peu présents pour vraiment faire une différence. Une part de responsabilité est attribuable à un scénario trop dense, pour une histoire qui est somme toute assez simple.

Man of Steel est une bonne première tentative de rendre hommage à l’importance de Superman dans l’univers de DC Comics. S’il est en quelque sorte condamné à être comparé négativement à la trilogie de Batman qui le précède ou au MCU, le film rend bien l’ampleur cataclysmique que doit avoir un film de superhéros, même si du travail reste à faire pour créer un sentiment d’appartenance du public envers la franchise. La force de Disney a été de proposer des films qui plaisent aux amateurs des bandes dessinées, tout en sachant attirer un public plus néophyte en la matière. Les fans de Superman vont assurément apprécier les qualités de Man of Steel, mais j’imagine très mal un simple cinéphile friand de films d’action y trouver son compte. C’est peut-être, au final, ce qui dictera le succès que connaîtra (ou non) le DCEU.

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