Les 4 soldats

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Le réalisateur vétéran Robert Morin revient en force en 2013 avec Les 4 soldats, un drame post-apocalyptique très théâtral. Genre très peu exploité dans le cinéma québécois, ce film audacieux fait contraste avec les productions cinématographiques de son temps. Sacré meilleur film québécois au festival Fantasia, Les 4 soldats se veut moins un film de guerre traditionnel et plus une étude de personnage. Pari réussi?

Un jeu brechtien très réussi

Rappelons brièvement les prémisses du récit. Dans un Québec (?) ravagé par la guerre civile, deux clans se sont formés. L’armée, qui soutient les plus riches, et les forces paramilitaires, formées principalement des laissés-pour-contre. C’est au sein de l’une de ces forces que quatre soldats se lient d’amitié au cours d’une période d’accalmie des conflits. Dominique (Camille Mongeau), son mentor Matéo (Christian de la Cortina), Big Max (Antoine Bertrand) et Kevin (Aliocha Schneider) partagent le secret de l’emplacement d’un étang, où ils prennent plaisir à se baigner à chaque jour. Leur dynamique est chamboulée quand Gabriel (Antoine L’Écuyer), un adolescent muni d’un calepin dans lequel il jette ses pensées, se joint à eux. D’abord réticents, les quatre protagonistes parviendront à l’inclure au groupe, avant que les conflits ne reprennent de plus belle.

Les interprètes jouent parfaitement sur un ton brechtien, c’est-à-dire sur en distanciant l’acteur ou l’actrice de son personnage. Dominique, narratrice du récit, expose ses sentiments aux spectateurs et spectatrices tout au long du récit, à la façon des apartés théâtraux. On explore les réflexions internes des personnages plutôt qu’observer extérieurement les émotions des soldats, à la façon d’un film de guerre traditionnel. Cela ajoute au sentiment angoissant de la situation. Si Mongeau joue très bien son rôle, Bertrand personnifie à merveille Big Max, un colosse simple d’esprit. Sa performance ne verse pas dans le ridicule et il s’efforce à rendre son personnage attachant.

On se désole toutefois que les autres personnages, principalement celui de Gabriel, ne soient pas à la hauteur du talent des acteurs. On peine à comprendre en quoi il vient perturber la routine des quatre soldats, et L’Écuyer est sous-utilisé par Morin. Matéo a quelques passages émotifs, mais trop peu pour assumer pleinement le rôle de leader du groupe. Le personnage de Kevin est le plus délaissé, bien que son importance ne prenne sens que vers la fin du film.

Un film de guerre pas comme les autres

Le récit, inspiré du roman de Hubert Mingarelli, se construit surtout autour des non-vus. On n’obtient jamais vraiment de contexte sur la situation qui règne. En avons-nous vraiment besoin? Pas vraiment, puisque l’on croit en la plausibilité de la situation, et l’accent est surtout mis sur une semi-psychanalyse du personnage de Dominique. Elle livre ses impressions à la manière d’une narratrice participative, décrivant au passé les actions que l’on observe à l’écran. Pari audacieux, mais tenu par Morin.

Le ton de la narration est assez neutre, cependant, ce qui rend le récit peu dynamique. Il faut s’armer de patience, puisque peu de péripéties viennent activer le récit. En ayant le bon état d’esprit, toutefois, on se laisse guider par les protagonistes. Le film nous amène quelques pistes de réflexions, laissant par contre les réponses libres d’interprétation. Les 4 soldats vire en effet en récit contemplatif et réflectif, qui en laissera cependant plus d’un sur leur faim. C’est tout de même une expérience intéressante pour qui veut s’y aventurer.

Au final, le film est assez immersif, grâce aux prouesses de Morin et de son équipe, qui parviennent à recréer une ambiance à la fois sinistre et réconfortante, en des temps où la quiétude est une denrée rare. L’univers est assez convaincant, et on prend un certain plaisir à voir croître l’amitié de la troupe, qui sont maintenant plus une famille que des amis. « J’me suis dit qu’il fallait écrire notre histoire, avant qu’elle existe pu », de dire une Camille en larmes à la fin du film. Cette histoire singulière, mais à laquelle on peut s’identifier, est un témoignage poignant d’ordre et de raison dans une contrée qui inspire tout le contraire.

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