Joel

Cette critique a été rédigée dans le cadre de l’édition 2020 du Festival cinéma du monde de Sherbrooke.

Le cinéma néo-réaliste semble redevenir populaire depuis quelques années. Ces drames sociaux intimes et sobres ont la cote dernièrement, et offrent un contrepoids louable aux grosses productions hollywoodiennes du moment. Le plus récent film de Carlos Sorin, Joel, s’inscrit dans ce courant. Cette histoire d’adoption campée dans le sud de l’Argentine parvient à aborder des thématiques difficiles avec une relative douceur, ce qui en fait un film très réaliste qui évite les pièges du sensationnalisme.

Le film raconte l’histoire de Cecilia et Diego, récemment déménagés dans un village isolé de Patagonie. Incapables de concevoir des enfants, leur rêve d’adoption se concrétise enfin lorsqu’on les informe de l’arrivée soudaine de Joel, 9 ans. Ils devront apprendre rapidement à devenir parents et à faire face à l’opposition des autres parents de la communauté à l’inscription de Joel à la seule école du village.

Ceux qui ne sont pas familiers avec le néo-réalisme (ou qui n’en sont pas friands) pourront trouver qu’il ne s’y passe pas grand-chose. Le film a une structure assez traditionnelle – on rencontre l’enfant après 20 minutes et l’élément déclencheur arrive environ à mi-chemin – et le film met surtout l’accent sur une seule situation, plutôt que d’en aborder une multitude. Pour ma part, c’est le genre d’histoire que j’adore. Une situation humaine et difficile, qui nous fait détester les injustices et saluer le courage des protagonistes. C’est un courant qui peut être lourd pour certains, mais qui s’avère criant de vérité.

L’une des forces du film est de nous faire beaucoup réfléchir sur les défis d’être parents, d’autant plus d’un enfant adopté et assez âgé. Il raconte moins la réalité de l’adoption et plus celle d’une famille d’accueil, par ailleurs. Il propose ici une famille de classe moyenne aisée qui fait face à une certaine réticence d’autres parents envers ce fils considéré comme une menace pour leurs enfants. Il nous amène à nous mettre dans la peau des parents : que ferions-mous si nous étions dans leur situation? Chaque personne aura sa propre interprétation, et il n’existe pas de solution universelle.

Le film est élevé par les performances de ses deux acteurs principaux Diego Gentile et Victoria Almeida. S’ils sont très bons ensemble, cette dernière brille un peu plus. Elle est véritablement au cœur du récit, peut-être même plus que ne l’est Joel (Joel Noguera), qui donne pourtant son nom au titre du film. C’est peut-être un défaut du film de ne pas placer l’enfant suffisamment au centre de l’histoire, à mon avis. D’autant plus que le jeune Noguera qui l’interprète est assez charismatique. Il semble toutefois évident que Sorin ait voulu présenter l’adoption du point de vue des parents et non de l’enfant. On ne peut pas lui en vouloir, mais cette seconde perspective aurait ajouté un peu plus de profondeur au récit.

Le film a un certain potentiel de banalité. Il y a peu d’action, mais j’ai pourtant été investi tout du long. C’est un film qui selon moi s’apprécie mieux au cinéma, alors que toute notre attention est dirigée vers l’écran. Autrement, il a le potentiel de nous faire décrocher, et ce serait perdre ce qui fait la force du film : la sensibilité. Car c’est un film très humain que veut faire Sorin. Il prend son temps et ne cherche pas à faire dans le sensationnalisme. La vie quotidienne est déjà assez dramatique, nul besoin d’en rajouter. Les personnages sont crédibles, nuancés et touchants, et ces qualificatifs s’appliquent tous au film également. Une belle découverte du cinéma argentin!

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