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Alain Chabat est l’un des acteurs et réalisateurs les plus appréciés en France et au Québec. S’il a su nous faire rire avec Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre et RRRrrrr!!!, il vous aura peut-être charmé dans Prête-moi ta main, Le goût des autres ou Didier. Plus discret ces dernières années, il est la tête d’affiche de #jesuislà, le nouveau film d’Éric Lartigau (La famille Bélier), son premier film en cinq ans. Si le film n’est malheureusement pas à la hauteur des attentes, il s’avère un regard intéressant sur la technologie auprès des personnes plus âgées qui sied très bien cette continuelle quête de l’amour.

L’histoire suit Stéphane (Chabat), qui mène une vie paisible au Pays Basque entre ses deux fils (Ilian Bergala et Jules Sagot), son ex-femme (Delphine Gleize) et son métier de chef cuisinier. Il échange également au quotidien sur Instagram avec Soo (Doona Bae, qu’on a connu pour Cloud Atlas et Sense8), une jeune sud-coréenne. À distance, elle l’inspirera à créer des étincelles dans sa vie. Sur un coup de tête, il décide de s’envoler pour la Corée dans l’espoir de la rencontrer. Dès son arrivée à l’aéroport Incheon de Séoul, il constate que cette fameuse rencontre n’aura peut-être pas lieu.

Le récit est construit en trois section sassez distinctes. La première est centrée sur le restaurant et la relation distante entre Stéphane et ses fils. La deuxième, un peu à l’image de The Terminal, est un huis clos à l’aéroport. Puis, la troisième partie, la meilleure à mon avis, est celle où Stéphane plonge au cœur de Séoul. Ce qu’il y trouvera, il ne le sait pas, mais il en ressortira grandi, beaucoup plus que d’une illusoire relation à distance à l’heure des réseaux sociaux.

De l’illusion, il y en a beaucoup dans ce film. Alors qu’on croit d’entrée de jeu que le film sera la typique comédie romantique interculturelle au goût du jour, on se retrouve bien rapidement dans un récit initiatique avorté, puisqu’il n’atteint pas à proprement dit l’objectif qu’il se fixe au départ. Stéphane ressortira grandi de cette aventure, mais d’une façon que les péripéties ne nous laissent pas présager. C’est une histoire classique du personnage qui espère quelque chose, mais qui en ressort avec quelque chose de totalement différent.

Cette quête, c’est celle de l’amour, puisque Stéphane s’est en quelque sorte perdu au fil du rythme effréné de la vie. Vivant sa « crise de la cinquantaine », il est désespérément à la recherche d’amour. Et c’est à ce niveau qu’entrent en ligne de compte les médias sociaux, qui sont ici représentés de façon presque positive, chose très rare dans le cinéma des dernières années. En fait, #jesuislà est l’illustration de ce que ces médias font de mieux : nous rapprocher les uns des autres. Si cela peut avoir des conséquences négatives, il va sans dire qu’ici Instagram permet vraiment à Stéphane de pleinement s’épanouir, à un stade que lui-même n’aurait jamais été en mesure d’espérer. Il se forgera autour de lui et de son mot-clic une communauté d’abonnés sans précédent, qui espéreront que Stéphane et Soo soient finalement réunis.

À ce stade, parlons un peu de la représentation des médias sociaux dans le film. Il est souvent malaisant au cinéma de voir quel traitement, quelle utilisation on fait de ces médias, puisqu’on constate souvent un choc des générations concernant leurs pratiques d’usages, leurs non-dits. #jesuislà n’est pas un long visionnement pénible de nos parents ou grands-parents qui tentent en vain d’apprendre les rouages d’Instagram, mais on n’en est pas loin. En fait, il me semble assez improbable de voir grandir une communauté aussi rapidement et aussi grande autour de Stéphane que celle représentée dans le film. En ce sens, une bonne partie de la prémisse du film tombe un peu à l’eau. De même, Chabat, qui livre une fois de plus une très bonne performance, incarne cet individu un peu étrange qui cherche constamment à prendre des photos et à les publier sur Facebook ou, dans ce cas-ci, sur Instagram. C’est un trait caractéristique qui devient de plus en plus présent avec la démocratisation des médias sociaux, mais qui m’agace au plus haut point, auprès d’une jeune personne comme chez une plus âgée. Il m’a donc été très difficile de m’attacher au personnage de Stéphane qui, hormis ce point, est somme toute assez attachant.

Outre ces quelques soucis d’ordre virtuel, le principal problème du film réside dans le fait qu’il nous laisse indifférent. Sa construction anti-climatique, pourtant plus près de la réalité, nous laisse sur notre faim. J’aurais presque souhaité que le film se termine comme tous les autres films du genre, qu’ils se marient et aient beaucoup d’enfants (j’exagère un peu quand même). S’il y a tout de même une finalité, on se questionne un peu sur ce qu’on aura appris du film, ce qu’on en retiendra, et surtout qui en retiendra quelque chose. Je me demande vraiment qui est le public cible de ce film. Les jeunes n’y trouveront assurément pas leur compte, ni les plus âgés, surtout ceux qui boudent les médias sociaux. Je crois en fait qu’il s’adresse à un auditoire particulier d’hommes et de femmes dans la cinquantaine, divorcés, et dont les enfants ont quitté la maison. C’est beaucoup se restreindre que de ne viser que ce public, mais peut-être est-il plus large que je ne le crois. Qu’importe, #jesuislà est un film malheureusement un peu trop oubliable, qui donne toutefois la chance à Chabat de briller.

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