Girl

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Il y a de ces films qui, dès les premières minutes, marquent les esprits. Ils sont beaux, sensibles, purs ; durs aussi. Girl se taille aisément une place parmi ceux-ci. Avant même d’atteindre la barre des dix minutes, on sent qu’on se lance dans une aventure difficile et poétique, et on apprend alors à conjuguer avec plaisir, crainte et fascination ce long-métrage qui raconte une histoire simple certes, mais qui le fait avec une main de maître.

Vivre avec un père célibataire

Lara (Victor Polster), danseuse de ballet de bientôt 16 ans, va commencer à recevoir ses hormones pour enfin « devenir » physiquement une femme. Dans les premières scènes, on rencontre alors son père (Arieh Worthalter) et son jeune frère (Oliver Bodart), desquels elle s’occupe en assumant le rôle de femme du foyer, faute d’avoir une mère présente. La relation père-fille dépeinte dans Girl ne ressemble pas à celles qu’on a vues mille fois avant. Ici, le parent est compréhensif, sensible, et supporte son adolescente, que ce soit dans ses objectifs professionnels ou personnels, allant même jusqu’à changer de ville pour qu’elle étudie au sein d’une prestigieuse école de ballet. On aurait pu s’attendre à une crise du père ou le voir tenter de dissuader son enfant. À la place, on s’assoit à ses côtés dans le bureau du médecin et on partage ses inquiétudes, on s’intéresse à la suite du processus et on le fait sobrement. On appréciera notamment le fait que son père l’appelle « elle », la rassure au milieu de la nuit lorsqu’elle redoute les changements à venir, ou encore, au moment le plus intense du film, ne dira tout simplement rien, surclassant alors plusieurs autres pères au cinéma.

Ballet et discipline

Avoir fait du ballet un thème central est une excellente façon d’exprimer toutes les étapes du cheminement difficile de Lara. On ressentira alors rapidement son mal-être et son envie de faire partie d’une bande de filles, au terme d’un énième plié qui la fera pleurer. Tout comme le ballet, le film est discipliné et calculé. Au rythme des enchaînements qui s’accélèrent, on peut sentir la détresse de plus en plus grande de Lara. On se surprend alors à apprécier les petits riens, que l’on voit comme des victoires ; que Lara se fasse appeler « la sœur » de son frère lorsqu’elle va le mener à l’école ou qu’elle regarde ses seins naissants avec un sourire satisfait.

Bien que l’on soit toujours sur le qui-vive, craignant l’éclatement de son monde, la réaction des autres ou encore la chute de Lara, on n’aura pas la satisfaction d’assister à tout ça. Girl est un film d’introspection particulièrement lent et qui fait parfaitement ce qu’il veut faire.

Au terme d’un cheminement ardu, on n’aura finalement pas appris grand-chose dans ce film, mais on aura ressenti la peine, la frustration, le malaise et la pression à travers les plans de caméra insistants, les miroirs et les répétitions de ballet. Par des regards inquiets et des conversations calmes, on aura aussi vu beaucoup d’amour et de support dans ce film, et c’est peut-être finalement la plus grande leçon qu’il tente de nous apprendre.

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