Eternal Spring

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Sélection du Canada à la prochaine cérémonie des Oscars, le documentaire Eternal Spring aborde une histoire récente de répression chinoise, méconnue du grand public. Face aux calomnies du gouvernement et aux violations des droits de la personne ciblant leur pratique spirituelle, un groupe d’activistes chinois met en œuvre un plan aussi audacieux que périlleux visant à détourner les ondes de la télévision d’État dans le but de sensibiliser les habitants de Changchun à la désinformation étatique.

Ce mouvement spirituel, c’est le Falun Gong, qui combine la pratique de la méditation et de la philosophie. Similaire au Tai chi, cette « religion » – bien que ses adeptes ne la catégorisent pas comme telle – n’a pas l’air très menaçante de prime abord. Pourquoi alors le gouvernement chinois a voulu juguler sa présence? La réponse n’est pas claire, mais c’est possiblement en raison de sa croissance fulgurante (créée en 1992, le Falun Gong compte dix ans plus tard des millions d’adeptes) et sa nature organisée (on faisait des séances de méditation publiques qui rassemblaient des centaines de milliers de personnes). N’oublions pas que la Chine se targue d’être l’un des États les plus laïques du monde.

Ce qu’il y a d’intéressant avec Eternal Spring, c’est qu’on allie animation et captation en temps réel. Ce n’est peut-être pas si singulier que cela considérant que deux autres documentaires mondialement reconnus (Flee et Josep) ont eux aussi opté pour cette approche, mais c’est tout de même intéressant, puisqu’il n’y a pas vraiment façon de reconstituer les événements. La plupart des activistes sont morts ou sont emprisonnés, ce qui fait que cette reconstitution animée s’est avérée presque essentielle pour bien raconter l’histoire. Et franchement, c’est assez bien fichu, surtout parce que c’est le bédéiste de renom Daxiong (établi au Canada mais qui vient de Changchun) y signe les dessins inspirés des comics de super-héros.

Lorsqu’on fait le choix de briser un peu les codes du documentaire comme on le fait ici, il faut conserver un point d’ancrage, et c’est là que le bât blesse. Car si les segments animés sont très dynamiques, la chronologie des événements est déconstruite, ce qui fait que l’on peine par moments à suivre ce qui se déroule. Je suis d’avis que le réalisateur aurait dû opter pour une forme un peu plus classique de trame narrative – explication du mouvement Falun Gong, répression chinoise, exécution du plan et contrecoups de celui-ci – plutôt que d’alterner de l’un à l’autre comme on le fait ici. On en vient à se perdre dans la multitude de personnages et de retours en arrière, et cela nous fait perdre de vue l’enjeu au cœur du récit.

En fait, tant qu’à parler d’enjeu, j’ai trouvé qu’on étirait la sauce par moments, comme s’il n’y avait pas suffisamment à raconter pour un long métrage. On prend un temps fou à arriver à l’exécution du plan, moment fort du film, et celui-ci, un peu anticlimatique, nous fait nous demander si le court métrage n’aurait pas été un format plus adapté au récit. Que de concentrer l’essence de l’enjeu et tisser des parallèles avec d’autres types de répressions chinoises aurait profité à conserver l’attention du public, plutôt que de créer une attente un peu décevante envers sa finale.

De même, la plupart des documentaires ont comme mission de nous informer d’un sujet souvent méconnu, de le décortiquer, et de nous sensibiliser. Je n’ai malheureusement pas appris ni même retenu beaucoup dans Eternal Spring. Si une chose ressort, c’est l’absurdité du gouvernement, qui veut tellement tout contrôler que ça en devient ridicule. Je ne crois pas que c’était l’objectif du documentaire, qui veut plutôt parler de la répression chinoise et ses conséquences sur la population, mais c’est un élément qui, il me semble, est connu d’un grand nombre de gens. Beaucoup connaissent la manifestation sur la Place Tian’anmen, ou même, plus récemment, ont été mis au fait de l’intolérance du gouvernement envers les Ouïghours. Cette répression du Falun Gong contribue à la piètre réputation des autorités chinoises, mais ne frappe pas avec autant d’impact qu’elle le devrait.

C’est donc un documentaire stylistiquement intéressant, mais pas assez substantiel à quoi on a affaire dans Eternal Spring. Un format plus court et allant droit au but aurait pu contribuer à le rendre mémorable, mais il se perd dans une trame narrative trop complexe pour son sujet. Au mieux il vous en apprendra sur un mouvement spirituel – ou religieux – peu connu, au pire il confortera la vision du gouvernement totalitaire chinois.

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