Charade

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Peter Joshua : Do we know each other?
Reggie Lampert : Why, do you think we’re going to?
Joshua : How would I know?
Lampert : Because I already know an awful lot of people, so until one of them dies I couldn’t possibly meet anyone else.
Joshua : Well, if anyone goes on the critical list, let me know.

Lorsque je regarde des films d’avant les années 1970, j’adore tomber sur ces perles rares dont personne ne parle ou presque, et qui me frappent parce qu’elles vieillissent comme un bon vin. Charade est exactement ce type de films, bien que je ne saisisse toujours pas pourquoi il n’est pas davantage connu. Tout semble pourtant pouvoir le faire rayonner : un duo Audrey Hepburn-Cary Grant électrisant, un réalisateur chevronné (Stanley Donen, bien connu pour Singin’ in the Rain), un scénario alliant à merveille comédie et mystère (on dira d’ailleurs du film qu’il est le meilleur Hitchcock qu’Hitchcock n’ait jamais fait) et une nomination aux Oscars (pour meilleure chanson originale, mais quand même). La Collection Criterion a heureusement acquis les droits de distribution du film (qui par un détail technique était tombé dans le domaine public) et a permis à une nouvelle génération de faire connaître ce petit bijou. Charade n’est pas à proprement parler un chef-d’oeuvre, mais rares sont les comédies qui résistent au temps, et même si on ne possède pas toutes les clés pour saisir la totalité des référents (ou même l’humour en sous-texte) on passe un sacré bon moment au cœur de cette enquête aussi déjantée qu’exitente!

Le film débute en force alors qu’on voit un homme assassiné et lancé hors d’un train en mouvement. Cet homme, c’est Charles Lampert, un mystérieux homme d’affaires. Sa femme Reggie (Hepburn) est pendant ce temps en vacances dans les Alpes avec une amie (Dominique Minot) et son fils (Thomas Chelimsky), où elle fait la rencontre de Peter Joshua (Grant), un homme tout aussi mystérieux que son mari. On sait dès le début que cette rencontre n’est pas fortuite, mais nous n’apprendrons les ramifications de cette histoire que lorsque Reggie sera de retour à Paris. Là, elle apprend finalement le décès de Charles, mais surtout on lui demande de se présenter à l’ambassade américaine, où un agent de la CIA, Hamilton Bartholomew (Walter Matthau), l’informe que Charles et trois comparses ont subtilisé, durant la Deuxième Guerre mondiale, un montant de 250 000$ en or qui appartenait aux États-Unis. Bartholomew la prévient donc que les anciens collègues de Charles croient qu’elle a l’argent en sa possession, et donc qu’elle doit demeurer sur ses gardes si elle veut s’en sortir vivante. Tout est donc en place pour une enquête prenante pour à la fois retrouver l’argent et comprendre qui est véritablement Peter Joshua.

Malgré ce résumé somme toute sérieux, Charade met beaucoup l’accent sur la comédie, comme le démontre notamment la première rencontre entre Joshua et Reggie dont une citation est en exergue, mais également les nombreux dialogues emplis de répartie polie, ou encore les quelques situations abracadabrantes. Sans brûler l’effet de surprise, une scène représente parfaitement le ton du film. Aux funérailles de Charles, ses anciens comparses, des hommes dont elle n’avait jamais entendu parler auparavant, viennent payer leur dernier hommage, du moins le croit-elle, jusqu’à ce que chacun d’eux, à tour de rôle, vient s’assurer que son mari est bel et bien mort. Tex (James Coburn) vient placer un miroir sous son nez pour s’assurer qu’il ne respire plus et Herman (George Kennedy) entre avec fracas dans la chapelle pour venir piquer le mort avec une aiguille pour voir s’il bouge encore. Cette scène, complètement muette, allie à merveille le ton sérieux de l’affaire sur fond de ridicule. Combinée aux one-liners aussi clichés qu’hilarants (Reggie dit à Joshua : I can think of a dozen men who are just longing to use my shower, suivi de Cary Grant, complètement vêtu, qui prend sa douche), Charade est vraiment un film unique et mémorable.

Je parlais plus tôt d’humour en sous-texte qui peut s’apprécier avec certaines connaissances supplémentaires. Charade joue en effet beaucoup sur l’aura de Grant et d’Hepburn, deux acteurs iconiques de leur génération. Grant, que l’on connait pour ses nombreux rôles comiques, avait joué dans certains films d’Hitchcock auparavant (dont le célèbre North by Northwest), ce qui peut expliquer en partie l’association qu’on a fait du maître du suspense avec ce film. Ici, Donen pousse le ridicule à l’extrême, alors qu’un jeune enfant arrose Grant avec un fusil à eau en plein visage, et rappelons-nous que son personnage prend une douche complètement vêtu ou change son identité aux dix minutes. J’ai toujours trouvé drôle de jouer au cinéma avec la réputation d’un acteur, intentionnellement choisi dans un rôle plus atypique. Dans Série noire, par exemple, la narration est assurée par le célèbre présentateur de nouvelles Bernard Derome, qu’on utilise à toutes les sauces, notamment en le faisant décrire des ébats sexuels dans une Prius. J’ai eu le même sentiment en visionnant Charade et la performance de Grant. Si l’humour « méta » vous rejoint et que vous avez une certaine connaissance du cinéma des années 1950 et 1960, le film vous plaira assurément.

Hepburn, qui joue un rôle sensiblement similaire à ses précédents, incarne à merveille la femme stylée (ses vêtements sont conçus par Givenchy quand même!), un peu naïve, guidée comme l’auditoire à travers cette histoire sans queue ni tête. Elle joue néanmoins une femme forte et affirmée, qui n’a pas peur de foncer. Sa performance joue bien évidemment sur son aura de petite fille (alors qu’elle avait 34 ans), mais s’en détache également pour nous donner un premier rôle assuré. En fait, Grant et elle représentent les idéaux des années 1950, dans un film toutefois à mi-chemin entre cette décennie et la suivante, beaucoup plus libérée. Charade possède beaucoup d’aspects glamour, tout en étant plus graphique, par exemple, dans sa représentation de la violence, ou avec son humour relativement osé pour l’époque.

Étonnamment, l’enquête est elle aussi intéressante à suivre. Elle est très bien construite et récompense un second visionnement. Charade est vraiment un excellent film bien dosé et sans défaut. Ce n’est peut-être pas la meilleure comédie du genre, mais il est extrêmement efficace et peu resteront de glace. C’est un ovni qu’il faut voir pour le croire!

Fait partie de la Collection Criterion (#57).

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