La série American Pie compte à ce jour huit films et bientôt neuf (un autre serait actuellement en production qui mettrait à l’avant des femmes pour la première fois). Depuis 1999, ces comédies sexuelles adressées aux adolescents ont marqué l’imaginaire avec des scènes toujours plus embarrassantes, des coups puérils entre gars et des filles à moitié nues. Avant de devenir une sorte de frère spirituel aux National Lampoon, American Pie se concentrait sur quatre amis voulant perdre leur virginité. Critique d’un film qui nous enlèvera l’envie de manger de la tarte aux pommes!

Après une autre soirée arrosée chez Stifler (Seann William Scott), Jim (Jason Biggs), Oz (Chris Klein), Kevin (Thomas Ian Nicholas) et Finch (Eddie Kaye Thomas) font le pacte de perdre leur virginité avant de terminer leur secondaire, pour ne pas entrer à l’université puceaux. Alors que Kevin est avec Vicky (Tara Reid) depuis un moment, il n’a jamais réussi à dépasser le « troisième but ». Oz, pour sa part, fait partie de l’équipe de crosse de l’école et doit travailler sur sa sensibilité. Il décide donc de joindre une chorale où sa réputation est encore vierge et tente de se rapprocher de Heather (Mena Suvari, également bien connue pour son rôle d’aguicheuse dans American Beauty sorti la même année). Finch est du type plus mature que ses comparses et paie la meilleure amie de Vicky, Jessica (Natasha Lyonne), pour répandre des rumeurs à son sujet, notamment qu’il a couché avec la mère de Stifler (Jennifer Coolidge). Il espère que ces fausses histoires feront grimper sa popularité auprès des filles. Reste Jim, le personnage à l’avant-plan de ce film déjanté, qui aimerait beaucoup passer du temps avec Nadia (Shannon Elizabeth), une jolie étudiante étrangère qui se cherche justement un tuteur et qui lui demandera de l’aider. Ce sera toutefois l’innocente flûtiste Michelle (Alyson Hanningan) avec qui Jim ira au bal.  Les quatre amis vivront alors plusieurs aventures, notamment la découverte d’une bible du sexe sous une étagère de la bibliothèque de l’école (qui sera le sujet d’un des films de la série alternative) jusqu’à ce jour fatidique du bal des finissants.

Il ne faut pas chercher dans American Pie des leçons de vie ou une trop grande évolution des personnages. En voulant courtiser des filles pour se trouver une compagne au bal et espérer perdre sa virginité avec elle, Oz raconte à ses amis qu’une étudiante d’université lui a dit que tout ce qu’il avait à faire, c’est de « leur poser des questions et écouter les conneries qu’elles répondent », ce à quoi Stifler répond que ça a l’air de « beaucoup de travail ». À la fin du film, Oz est cette même personne qui se dira en amour, provoquant la surprise dans son groupe, certes, mais les autres n’auront pas vraiment changé. Qu’ils aient atteint ou non leur objectif n’est pas vraiment important. Le fait est qu’ils retombent tous dans leurs habitudes lors de ce dernier repas de hot-dogs au restaurant du coin. Jim retrouve Nadia dans une nouvelle scène de strip-tease en ligne et se fait (encore) surprendre par son père (Eugene Levy). Après avoir passé la majorité du film à insister sur le fait que Kevin ne savait pas dire « je t’aime » à sa copine et que ces quelques mots avaient un sens trop important pour qu’il les lance aussi aisément, on le retrouve dans une situation plutôt triste qu’on n’imaginait pas au départ et il n’est jamais expliqué comment il se sent après avoir enfin réussi à prononcer ces mots. C’est probablement Finch qui connaît la meilleure fin ; quoi qu’elle soit prévisible, la scène se passe sur les airs de Mrs. Robinson, clin d’œil facile à The Graduate qui fera rire quelques spectateurs.

Le choix de cette chanson n’est pas le seul qui soit judicieux dans le film. En effet, si American Pie s’adresse aux adolescents, on sait exactement comment faire pour donner aux spectateurs une trame sonore qui leur fera plaisir. On enchaîne donc les pièces de Blink-182 (le groupe apparaît d’ailleurs brièvement dans la scène de diffusion sur internet), Third Eye Blind et The Barenaked Ladies, qui collent parfaitement avec le genre du film, l’année de sa sortie et son public cible.

Des films de ce genre ne se font plus vraiment aujourd’hui. Il semblerait que l’on soit passé à autre chose en matière de comédies pour adolescents, et le regarder près de vingt ans plus tard peut nous faire grincer des dents à quelques endroits. Pourquoi est-ce vu comme tabou si on entre à l’université encore vierge et pourquoi est-ce que les gars cherchent seulement à régler ce « problème » plutôt que de bâtir une relation avec une personne qu’ils aiment vraiment? De la même manière, je ne comprends pas pourquoi il est si difficile de dire à quelqu’un qu’on l’aime alors qu’on est en couple avec cette personne depuis longtemps. Finalement, pourquoi est-ce que Nadia ne s’est pas changée dans la salle de bain chez Jim au lieu d’aller dans sa chambre et pourquoi est-ce qu’elle a pris autant de temps pour le faire, s’adonnant même à une séance de masturbation qui tombe trop bien pour les héros? S’ils n’ont pas tous aucun sens, certains éléments auxquels on accorde parfois trop d’importance pourront nous agacer.

Que le film ne soit pas parfait n’a cependant pas beaucoup d’impact, car il s’agit d’un projet peu coûteux qui aura finalement réussi à faire environ vingt fois son budget en salles. Un tel succès ne signifie qu’une seule chose : American Pie sera le premier d’une série qui, selon toute vraisemblance, devrait reprendre les mêmes codes en s’adaptant à un public qui vieillira avec elle. Et, avouons-le, on a hâte de voir dans quelles situations impossibles se retrouvera Jim dans les prochains chapitres, tout comme les réactions d’autant plus comiques de son père.

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