50/50

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Il y a de ces expériences qui bouleversent complètement nos vies. Elles nous invitent à reconsidérer l’ensemble de nos choix, et nous incitent à vouloir changer notre vie pour le mieux. C’est probablement ce qui s’est produit chez Will Reiser lorsqu’il a été atteint du cancer à un très jeune âge. Ses amis de longue date Seth Rogen et Evan Goldberg lui proposant de raconter son histoire, Reiser suit leur conseil et écrit 50/50, librement inspiré de son expérience. Le résultat est un film touchant sur l’apprentissage et l’acceptation de la mort, piloté d’une main de maître par Jonathan Levine et Joseph Gordon-Levitt.

L’histoire suit le jeune Adam (Gordon-Levitt), auteur pour une station de radio avec son ami Kyle (Rogen). Il mène somme toute une vie normale, si ce n’est de la relation étrange avec son amoureuse Rachael (Bryce Dallas Howard) et sa peur inconditionnelle de conduire (« It’s incredibly dangerous. It’s like the fifth leading cause of death« ). Sa vie est chamboulée lorsqu’il apprend être atteint d’une rare forme de cancer qui s’attaque à sa colonne vertébrale. Il doit commencer le plus rapidement possible un traitement de chimiothérapie et espérer pour le mieux. Ses proches, tout comme lui, sont sous le choc : Rachael promet de demeurer à son chevet malgré les difficultés qu’ils vivent, sa mère (Anjelica Huston) tente d’être à ses côtés et de se montrer réconfortante, elle qui doit également prendre soin du père d’Adam (Serge Houde) atteint d’Alzheimer, et Kyle ne sait tout simplement pas comment réagir face à la nouvelle.

Quoi qu’il en soit, Adam se montre déterminé et, somme toute, résigné à accepter l’issue de sa maladie. Il entreprend, d’après les conseils de son médecin, une thérapie, menée par Katherine (Anna Kendrick), une psychologue tout juste sortie de l’université. L’histoire se déroule ainsi, entre séances de thérapie, de chimiothérapie et de sorties avec Kyle, qui tente de lui faire découvrir la vie, lui qui méprise au plus haut point Rachael.

Le film fonctionne puisqu’on sent toute l’équipe investie à fond dans le projet. Gordon-Levitt est comme toujours très juste, alors que les premiers rôles de films indépendants (surtout des comédies romantiques) semblent lui coller à la peau. Sa dynamique avec Rogen est très organique, d’autant plus que ce dernier a en quelque sorte vécu des situations similaires avec Reiser. Il se montre très touchant, tout en affichant son humour caractéristique d’adolescent dans l’âme. L’authenticité qui se dégage de leur relation nous indique qu’il y a une bonne part d’improvisation dans certaines scènes, et l’auditoire ne peut que s’en réjouir.

Howard, dont le personnage n’est pas le plus reluisant, joue également à perfection la copine déchirée entre vouloir quitter Adam ou le soutenir. Si on n’a pas vraiment la chance d’approfondir son personnage, elle est tout de même convaincante. L’est tout autant Anna Kendrick, qui joue comme à son habitude le rôle d’une jeune femme insécure et parfois malaisante. En fait, plus l’histoire avance, plus elle se fait importante dans l’histoire, pour notre plus grand bonheur. La relation croissante entre son personnage et Adam est très agréable à suivre.

En fait, si 50/50 se présente d’abord comme un film sur la mort, on constate que c’en est plutôt un sur l’apprentissage. La maladie n’est ici qu’un prétexte pour se découvrir, et une opportunité de faire de nous une meilleure personne, ou du moins une personne qui nous ressemble plus. Adam, qui vivait auparavant une vie blasée, coincé entre sa copine qui le contraint et son travail qui ne le reconnait pas à sa juste valeur, décide peu à peu de s’émanciper. Kyle y est évidemment pour quelque chose, mais Alan (Philip Baker Hall) et Mitch (Matt Frewer), ses deux compagnons de chimiothérapie, aussi. Ces derniers, plus âgés, font réaliser à Adam tout le potentiel que la vie offre, et lui suggèrent de vivre sa vie au maximum.

Cet apprentissage passe également par le personnage de Katherine, de qui Adam est l’un des premiers patients. Elle expérimentera la difficile transition entre la théorie et la pratique dans le soutien qu’elle lui offrira. Le tout culmine dans une conversation téléphonique en pleine nuit, alors qu’Adam est en crise :

Adam : « I want this to be over. I’m so fucking tired of being sick… if this surgery doesn’t work, that’s it. »
Katherine: « I was totally unprepared for you. This job is really hard. If I fuck up, I could ruin someone’s whole life. »
Adam : « I guess we’re both beginners at this.« 

Cet apprentissage se fait à la dure, mais il se fait tout de même. Katherine est beaucoup trop investie émotionnellement dans la situation, et s’attachera bien évidemment à Adam, mais l’évolution de leur relation est plus subtile et touchante que clichée. On ne peut que saluer le travail de Reiser qui, pour son premier scénario en carrière, fait un excellent travail de construction de personnages, tout en proposant un film rythmé et accessible.

50/50 présente tous les codes du genre, sans verser dans le mélodrame. Une trame sonore stylée, saupoudrée de chansons indie et plus grand public (Radiohead, Pearl Jam), vient enrober l’ambiance légère et sympathique de ce film pourtant lourdement chargé. Il s’agit tout de même d’un feel-good movie, et de parvenir à garder le cap tout du long relève du génie. Ce qui m’avait attiré lors d’une première écoute du film est cette simple comédie romantique, classique mais bien exécutée, s’apparentant à It’s Kind of a Funny Story. Toutefois, au second visionnement, on en ressort avec des réflexions intéressantes sur la vie et la mort. Ce n’est pas le genre de film qui nous fait pleurer, mais il est touchant à sa façon. Son humour désamorce sa tension et sa lourdeur, et il nous réconforte de la plus étrange des manières. C’est tout simplement l’une de mes comédies dramatiques préférées.

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